Abdoulaye Condé  Personne ne pouvait imaginer une pareille humiliation d’un pays africain par un autre en 2014. Au moment où l’Union Africaine déconseille la fermeture des frontières des Etats membres, l’Ouganda se ferme à la Guinée qui n’a pourtant pas demandé à jouer contre l’équipe de ce pays pour les éliminatoires de la CAN 2015.

Ministre, responsables sportifs, encadrement technique, joueurs, journalistes et sportifs sont contraints de désigner 25 indispensables participants au match Guinée-Ouganda prévu à Kampala demain. C’est comme si, dans la tête des gouvernants ougandais, leur pays pourrait subir des menaces au virus Ebolas par le nombre de Guinéens présents… Voici le le papier proposé à Guineematin.com par notre confrère Abdoulaye Condé, fondateur du Journal la Nouvelle Tribune et, entre autres, ancien conseiller à la présidence de la République.

C’est demain, mercredi 10 septembre, que le Syli National et les Crânes devraient s’affronter dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2015, deuxième journée. La délégation guinéenne, décapitée et réduite à 25 personnes, est arrivée dimanche 07 septembre aux environs de 23 heures locales en Ouganda, après un vol de plus de 20 heures sur le trajet aussi contourné que Casablanca-Paris-Amsterdam-Kigali-Kampala, avec de longues escales et changements de compagnies.

Accompagnés d’aucun représentant officiel (fédération guinéenne de football, ministère des sports) ni d’aucun journaliste guinéen, les joueurs et le staff technique sont restés abandonnés plus de trois heures à l’aéroport d’Entebbe sans aucune assistance. Leurs bagages ne sont pas encore retrouvés. Ce n’est qu’après 3 heures du matin que les services d’immigration et sanitaires ougandais ont entamé les procédures de comptage et de consultations des membres de la délégation sportive guinéenne.

Tout étant correct (25 personnes et test à virus Ebola négatif pour tout le monde), les guinéens, sans leurs bagages (sans doute eux aussi interdits de franchir la frontière) ont été entassés dans un petit mini bus de 22 places pour être consignés dans un hôtel situé à près de 100 KM de Kampala et ne répondant pas aux normes exigées par la CAF. Un hôtel insalubre où ils souffrent d’une crise d’eau, le robinet ne s’ouvrant que 3 heures sur 24, d’Internet et de téléphonie. Les guinéens sont isolés comme des pestiférés, presque coupés du monde, interdits du moindre mouvement vers l’extérieur. Les ougandais restent pour le moment sourds a la demande guinéenne de changer, à ses frais, cet hôtel déshumanisant. Heureusement, que certains joueurs évoluant dans les championnats européens sont abonnés chez des opérateurs qui couvrent également l’Ouganda. C’est grâce à ce seul canal que les responsables de la fédération guinéenne de football et la ministre des sports, tous bloqués à Paris, communiquent et s’informent, impuissants, de l’enfer ougandais des joueurs guinéens.

Face à l’ultime injonction de la CAF demandant aux autorités ougandaises de délivrer au moins des visas pour les officiels (président de la fédération, Salifou Camara Super V, le secrétaire général, Ibrahima Barry Blasco, le délégué fédéral, Laye Oumar Koulibaly, membre de la fédération, la ministre des sports, Domani Dore), les autorités ougandaises se réfugient dans un mutisme total.

En désespoir de cause, la ministre des sports, Domani Dore, a finalement préféré jeter l’éponge, et rentre ce mardi 09 septembre à Conakry. Les autres joueurs et certains membres du staff technique, en attente, sont également obligés de retourner en Guinée. Le président de la fédération, indigné par ce calvaire, s’emploie sur tous les fronts pour rejoindre les joueurs. Mais, jusqu’au moment où s’écrivent ces lignes, les autorités ougandaises se murent encore dans le silence face à l’énième demande de la CAF d’accorder au moins un visa pour Salifou Camara Super V.

En attendant d’être situé définitivement sur la réponse réservée au cas unique du président de la fédération, une chose reste certaine : La réunion technique prévue ce mardi 09 avant le match du mercredi 10 septembre se fera sans aucun membre de la fédération guinéenne de football. D’autre part, les deux premiers entraînements de l’équipe se sont déroulés sur un terrain boueux, impraticable.

Aux dernières nouvelles, suite aux protestations réitérées, toute la journée et toute cette nuit, de la fédération guinéenne de football avec des multiples courriers adressés au secrétaire général de la CAF, Hicham Al Amrani par Ibrahima Blasco Barry, un bus plus adapté a été obtenu et la délégation guinéenne a pu changer d’hôtel, elle vient d’être transférée à l’impérial Hôtel de Kampala.

Abdoulaye Condé

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