Les citoyens de Conakry se plaignent aujourd’hui des délestages du courant électrique. De nombreuses activités connaissent un ralentissement lié au manque du courant. Pour en savoir davantage les raisons liées aux perturbations dans la desserte du courant électrique, un reporter de Guineematin.com a rencontré ce jeudi 6 avril 2017, Thierno Madiou Diallo, le coordinateur de la cellule de communication d’Electricité De Guinée (EDG).

Décryptage !

Guineematin.com : bonjour monsieur Diallo. Aujourd’hui, nous assistons à une irrégularité dans la desserte du courant électrique. Comment peut-on expliquer cet état de fait ?

Thierno Madiou Diallo : bonjour et merci à vous. Cet état de fait, c’est très simple. Vous devez comprendre que nous sommes actuellement en période d’étiage. Ça veut dire quoi ? La fourniture du courant électrique, c’est à partir des barrages hydroélectriques, notamment Garafiri, les Grandes Chûtes et Kaléta. Donc, à cette période d’étiage, en saison sèche, le niveau de l’eau a beaucoup baissé dans ces barrages. Donc, pour compenser ce déficit de production, nous utilisons les thermiques, notamment la centrale thermique de Kaloum (50 MW) et celle de Kipé (50 MW). Les deux centrales nous donnent 100 mégawatts de puissance installée. Vous n’êtes pas sans savoir que la demande est supérieure à l’offre actuellement, parce qu’avec le déficit des barrages hydrauliques, la capacité de production ne peut pas couvrir tous les besoins de la clientèle. C’est pourquoi nous sommes obligés d’utiliser cette formule pour pouvoir servir les gens en fonction de la disponibilité de production actuelle. C’est ce qui explique ce délestage là.

Guinematin.com : par rapport au barrage de Kaléta, il y avait eu un battage médiatique autour de ça. Les guinéens avaient pensé qu’avec Kaléta, c’en était fini des problèmes. Comment expliquez-vous cela ? Quelle est la puissance de ce barrage ?

Thierno Madiou Diallo : la puissance de ce barrage est de 240 mégawatts. C’est le plus grand barrage actuellement dans la sous-région. Mais, vous savez, la volonté que nous avons, c’est de fournir le courant avec toute la puissance qu’il faut. Mais, nous sommes victimes de la destruction de l’environnement. L’écosystème est entrain d’être détruit. Le couvert végétal qui protégeait nos rivières du système Samou, c’est parti. Et ce sont ces rivières là qui se jettent sur les fleuves. Si ces rivières là n’existent plus, il va s’en dire que les fleuves vont baisser de niveau. Actuellement, la période de la saison sèche s’est étendue. Avant, dans les années 1970, c’était 6 mois de saison sèche et 6 mois de saison pluvieuse. Donc, la pluie était abondante. Sinon, les barrages sont conçus pour fournir le courant électrique 24h /24 ; mais, nous sommes victimes de la saison sèche. Et ça, c’est indépendant de notre volonté. En période de saison sèche, le niveau de l’eau baisse.

Guineematin.com : mais, est-ce que le barrage de Kaléta produit concrètement 240 méga watts ?

Thierno Madiou Diallo : absolument ! Vous l’avez senti puisqu’on a donné 24 h/24. Et quand la pluie va recommencer, nous aurons la même chose avec la puissance maximale du barrage.

Guineematin.com : à quel temps pourrait-on s’attendre à une certaine régularité dans la desserte du courant électrique ?

Thierno Madiou Diallo : vous savez, je ne suis pas de la météo ! Il y a des années ou la pluviométrie est bonne, des moments aussi où ce n’est pas le cas…

Guineematin.com : mais, vous êtes un technicien tout de même ?

Thierno Madiou Diallo : oui, sur le plan technique, nous sommes prêts. Les machines donnent très bien. S’il y a de l’eau, il n’y a aucun problème. C’est ce qu’on peut vous assurer sur le plan technique. Maintenant, sur le plan de la pluviométrie, s’il ne pleut pas, est-ce que c’est notre faute ? Nous avons besoin de l’eau. Et si cette année on a la chance que la pluviométrie est bonne, la période d’alimentation 24h/24 va se prolonger. A partir du mois de mai, si la pluie commence, il n’y a pas de problèmes. En tout cas, nous sommes en fonction des intempéries.

Guineematin.com : un peu plus en amont de Kaléta, il y a le projet du barrage de Souapiti qui est en cours d’exécution. Est-ce que vous pensez que ce ne sera plus qu’un lointain souvenir ces délestages ?

Thierno Madiou Diallo : bon ! En tout cas, il y aura une amélioration très significative. Parce que le barrage de Souapiti, quand il produit, l’eau turbinée viendra vers Kaleta. Donc, même en période d’étiage, Kaléta pourra produire sa capacité maximale. Nous avons grand espoir qu’avec Souapiti, le problème d’électricité sera réglé.

Guineematin.com : il y a aujourd’hui des plaintes liées aux factures de plus en plus élevées. Comment ça s’explique ?

Thierno Madiou Diallo : c’est pour ce problème de facture que nous avons lancé le programme des compteurs prépayés. C’est dans le cadre de la satisfaction de la clientèle, c’est pour éviter toutes ces plaintes. On a début à Kaloum, puis Dixinn, on est au niveau de Ratoma maintenant.

Guineematin.com : pour ces compteurs prépayés, il y en a qui avaient émis des doutes. N’avez-vous pas eu échos de plaintes par rapport à ça ?

Thierno Madiou Diallo : on a reçu beaucoup de plaintes. Si vous avez remarqué, même à Kaloum ici les gens avaient manifesté. Mais, c’est un nouveau produit, qui n’était pas connu et les gens étaient désinformés par certains de nos agents mêmes qui ne voulaient pas qu’on installe ces compteurs parce qu’ils voyaient leurs intérêts menacés. Ensuite, il y a des concessionnaires qui sont à Kaloum ici qui distribuent le courant, chaque mois ils facturent leurs locataires. Ce qui était une source de revenus pour eux. Pour toutes ces raisons, les gens ont cherché à intoxiquer les populations. Donc, il a fallu une vaste campagne de sensibilisation et aujourd’hui les gens ont compris qu’avec le compteur à prépaiement, ils sont beaucoup plus à l’abri, parce qu’ils ne payent que ce qu’ils consomment.

Guineematin.com : ce ne sont pas des compteurs sciemment accélérés ?

Thierno Madiou Diallo : non pas du tout. Pourquoi on va le faire ? Actuellement, on facture au forfait. On peut vous coller n’importe quel kilowatt/heure. Peut-être qu’on vous surfacture. Pour éviter les plaintes liées à la surfacturation, l’arbitre entre vous et nous, c’est le compteur. Avec le compteur à prépayer, c’est comme votre téléphone. Vous achetez vos crédits et tant que ces crédits sont là, personne ne viendra vous emmerder, il n’y aura plus d’abonnement, pas de tracasseries avec les agents, vous êtes libres et vous avez 10 kilowatts/heure gratuitement.

Guinematin.com : avez-vous un appel à lancer ?

Thierno Madiou Diallo : c’est de dire aux consommateurs d’être sereins, de compter sur EDG qui est entrain de faire le maximum pour les satisfaire. Ce nous pouvons leur dire, c’est d’être patient.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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