Monsieur Mamadou Bassirou Sow est le Chef du Secteur 3 du quartier Hamdallaye 1 de la Commune de Ratoma. Hier, jeudi 24 août 2017, ce chef local (qui « gouverne » une partie de la décharge dont l’éboulement a fait neuf morts le mardi dernier du côté de Dar-Es-Salam) a répondu aux questions d’un reporter de Guineematin.com la décharge de la Minière au cœur de la capitale guinéenne, l’historique de ce dépôt d’ordures, les pistes de solution après le drame du mardi dernier…

Décryptage !

Guineematin.com : Bonjour monsieur Sow. Vous venez de nous faire voir plusieurs documents écrits par les populations et adressées aux autorités sur la décharge de la Minière. Est-ce que vous pouvez nous parler des problèmes liés à cette décharge pour les populations riveraines ?

Mamadou Bassirou Sow : Il y a beaucoup de problèmes que nos populations rencontrent à travers cette décharge de la Minière. On ne peut tout dénombrer. Mais, on peut citer entre autres les maladies de tout genre ; du paludisme au choléra en passant aux maladies cardiovasculaires, d’yeux, de peau, de respiration, la tension, le diabète et j’en passe. Tout le monde est malade ici. Partout, c’est la boue ! Vous pouvez le vérifier. A côté, vous avez les odeurs nauséabondes, la fumée, la boue et la poussière selon les saisons. Même l’eau que nous buvons serait contaminée. Nos puits sont inutilisables et il y a de grande crainte que la nappe phréatique soit contaminée. Nos souffrances sont sans limites. Nous sommes morts de souffrance. L’Etat doit nous venir en aide maintenant ; pas après.

Guineematin.com : Vous avez vu le drame survenu le mardi dernier et qui a entraîné des morts, des blessés et des dégâts matériels importants. Qui sont les coupables, selon vous ?

Mamadou Bassirou Sow : Pour nous, c’est le Gouvernement qui est coupable ! Pourquoi ? Parce que si quelqu’un construit là où il ne doit pas, il appartient au Gouvernement de prendre des mesures coercitives pour empêcher ces genres d’occupations. Mais, ils ont vu les gens venir occuper illégalement les lieux et ils ont laissé faire. Ce sont eux qui ont l’armée, la gendarmerie, la police, la douane et tout ce qui est force légale. Nous nous n’avons rien à notre portée dans les quartiers et secteurs. Personne ne nous écoute quand on leur dit que ce n’est pas bon, ne faites pas ceci ou cela. Mais, c’est aberrant d’entendre quand il y a un problème, les gens dire c’est le Chef du secteur, c’est le Chef du quartier. Non ! Ce n’est pas vrai. Nous, nous n’avons que ces certificats de résidence. Nous n’avons aucune autre ressource. S’il y a des gens qui vendent des terrains, ce n’est pas nous. Ici, il n’y a aucune parcelle à vendre, tout est construit de gauche à droite. C’est clair !

Guineematin.com : Mais, comment peut-on expliquer cette occupation au tour de la décharge ?

Mamadou Bassirou Sow : Il y a plusieurs manières que les gens ont utilisées. Il y a des gens qui viennent ramasser le gravier ou ils cassent des blocs, dès qu’ils ont un espace, ils le revendent. D’autres encore viennent semer le maïs ou ils font des potagers pour établir leur propriété. L’autre catégorie, ce sont des personnes qui viennent acheter sans se soucier de quoi que ce soit ni pour eux ni pour la santé de leurs familles.

Guineematin.com : Pendant la vente, est-ce que les Chefs des secteurs ou les responsables du quartier sont informés ?

Mamadou Bassirou Sow : Je ne sais pas ailleurs comme à Dar-Es-Salam ; mais ici, nous, on n’est pas informé d’un achat de terrain. S’il y a des achats, ils le font entre eux. Et, tout le tord vous devez le savoir, c’est le Gouvernement. Puisqu’il pouvait empêcher les gens de venir s’installer là où ils ne doivent pas.

Guineematin.com : Dites-nous, quelle est l’histoire de cette décharge ?

Mamadou Bassirou Sow : Moi, je ne sais pas réellement quand est-ce cette décharge a été implantée ici. Je suis venu à Conakry en 1985, au moment où j’étais en service, sous le règne de Lansana Conté. La décharge était là et les habitations aussi…

Guineematin.com : Depuis plusieurs années, vous interpellez le Gouvernement sur la dangerosité de cette décharge. Quelle a été sa réponse ?

Mamadou Bassirou Sow : Ils nous ont toujours promis ; mais, rien n’a été respecté depuis lors. C’est pourquoi ce drame a eu lieu. C’est ce qui amène parfois les jeunes à barricader la route et lancer des slogans hostiles aux responsables locaux. Souvent, le Gouverneur et le Haut Commandant de la gendarmerie viennent intervenir pour ramener le calme. Nous avons aussi été souvent témoin de l’arrivée de délégations de toutes sortes ici. De nombreux discours ont été tenus et beaucoup de promesses. Même des députés sont venus nous promettre de solutionner ce problème en implantant une unité de transformation du gaz en électricité. Ce qui nous a beaucoup réjouit à l’époque. Mais, nous n’avons rien vu en réalité. Et, on nous promet toujours de régler le problème. Mais, en vain.

Guineematin.com : A présent que cette décharge commence à faire des morts, quel est l’appel que vous lancez aux autorités ?

Mamadou Bassirou Sow : Nous n’avons qu’un seul appel à leur direction. C’est de nous aider à nous défaire de cette décharge, synonyme de maladies, de dégradation de l’environnement, de dégâts matériels et de mort d’hommes. Puisqu’après tout, c’est elle qu’il faut fermer et déménager ailleurs et non les milliers de personnes qui habitent ici. Nous lançons cet appel aux autorités compétentes. C’est d’ailleurs un plaidoyer pour qu’elles nous aident à sauver la vie de nos concitoyens par le transfert de cette décharge sans délai.

Interview réalisée et décryptée par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

Ci-dessous, quelques copies des documents déjà envoyés au Gouvernement sur la décharge

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