Trois mois après les élections locales du 04 février dernier, la Guinée peine encore à installer les conseils municipaux élus. Cela, en raison de la crise post-électorale née de l’annulation de plusieurs procès-verbaux de bureaux par les présidents des CACV. L’opposition qui exige la restitution de ces résultats annulés menace de reprendre les manifestations de rue à partir de la semaine prochaine. Interrogé par Guineematin.com, Abdoulaye Diallo, élu du mouvement républicain (MR) à la mairie de Fria, déplore cette situation et appelle au respect de la loi.

Guineematin.com vous propose ci-dessous l’intégralité de notre entretien.

Guineematin.com : Bonjour Abdoulaye Diallo, le mouvement républicain (MR) qui a présenté une liste de candidature indépendante lors des élections locales du 04 février dernier à Fria, a créé la surprise en obtenant quatre sièges à la mairie de cette commune urbaine. C’est vous qui avez conduit cette liste, comment vous avez réussi à obtenir ce score, qu’est-ce qui a joué en votre faveur ?

 Abdoulaye Diallo : Vous savez, être né dans une ville c’est une aubaine, et quand vos parents ont laissé des traces positives dans cette ville c’est aussi une aubaine. Quand vous travaillez dans les médias et que vous dénoncez la malversation économique, et quand vous faites du bien socialement, c’est aussi une aubaine. Donc, le mouvement MR à Conakry a cru en nous, ses responsables sont allés nous voir à Fria, nous, nous voulions nous lancer dans ce processus électoral parce qu’on a compris qu’à Fria la chose publique était gérée de façon irrationnelle, on voulait contribuer à changer les choses.

Donc quand le mouvement MR est allé à Fria, ils ont cru que nous pouvons ensemble changer les choses, ils nous ont aidés. Ils nous ont aidés à payer la caution, et nous avons fait le reste. Nous sommes allés rencontrer les jeunes dans les 13 quartiers de Fria, nous avons fait comprendre aux jeunes que cette fois-ci c’est notre tour, il faut que nous nous donnions la main pour changer les choses, les jeunes ont accepté, et les femmes aussi ont accepté.

Guineematin.com : Quand vous dites que cette fois-ci c’est notre tour, que voulez-vous dire exactement ?

Abdoulaye Diallo : C’est évidemment le tour de la jeunesse. Parce que vous savez que ceux qui gèrent aujourd’hui la chose publique sont pratiquement tous vieux, on ne pense aux jeunes que quand il y a une campagne, on leur distribue des T-Shirts et un peu d’argent pour les utiliser à des fins qui ne leur profitent pas. Mais pourquoi ne pas faire en sorte que les jeunes accèdent eux-aussi aux postes de responsabilité ? C’est le message qu’on a fait passer aux jeunes.

Guineematin.com : Et vous pensez que ce message a été entendu ?

Abdoulaye Diallo : Oui ! N’eût été la campagne de dénigrement dont nous avons fait l’objet de la part de l’UFDG et du RPG Arc-en-ciel à Fria, mais aussi l’annulation de plusieurs résultats qui nous sont favorables, on pouvait avoir plus de quatre sièges. Parce que le magistrat qui a présidé la CACV (commission administrative de centralisation des votes) de Fria, a annulé délibérément les résultats de 15 bureaux de votes. S’il n’avait pas pris une telle décision, on allait avoir plus de 4 sièges.

C’est pourquoi je vous dis que les jeunes ont cru en nous. Avant d’aller à ces élections, nous avons mis en place des comités de base dans chaque quartier et dans chaque district de Fria, et malgré le fait que nous n’avons pas assez de moyens, les jeunes, les femmes et certains intellectuels ont pensé que nous pouvons changé les données, voilà comment nous avons réussi à obtenir les quatre sièges à la mairie.

Guineematin.com : Vous avez eu 4 sièges, l’UFDG qui est arrivée en tête, a 11 sièges et le RPG Arc-en-ciel en a 10, est-ce que malgré tout vous comptez briguer la mairie ?

Abdoulaye Diallo : Pour l’heure, on ne peut pas briguer la mairie parce que nous n’avons eu que 4 sièges. Certes, nous sommes les faiseurs de roi, il y a différentes propositions qui nous sont faites par les l’UFDG et le RPG Arc-en-ciel en vue d’une éventuelle alliance pour la direction de la mairie, mais, pour l’instant nous sommes en train de les étudier avant de prendre une décision. J’ai entendu beaucoup de contre-vérités nous accusant d’avoir rejoint tel ou tel camp parce qu’on aurait reçu de l’argent et un véhicule, je dis que pour l’heure, nous ne sommes allés ni à l’UFDG ni au RPG Arc-en-ciel, nous sommes en train d’étudier les différentes propositions pour voir avec qui aller.

Guineematin.com : Qu’est-ce que vous privilégiez dans ces négociations, qu’est-ce que vous mettez en avant ?

Abdoulaye Diallo : On privilégie Fria, celui qui va nous offrir Fria, nous accepterons d’aller avec lui. Parce comme je vous le disais tantôt, Fria est enfantée par cette unité industrielle, depuis 1958, cette unité industrielle donne de l’argent à la commune urbaine, à la préfecture également. Mais tous ceux qui sont passés à la commune, on a compris qu’ils ont utilisé les fonds publics, l’argent du contribuable guinéen pour d’autres fins. Aujourd’hui ce que nous voulons, certes nous n’allons pas avoir la tête de la mairie, mais, il faut que nous ayons le poste de premier vice maire.

Ensuite, nous souhaitons avoir la direction de certains quartiers dans lesquels nous avons eu un grand électorat, nous voulons aussi présider la commission finances de la mairie qui s’occupe de la gestion des fonds alloués à la commune par l’Etat et ceux versés par l’usine RUSAL Friguia. Entre l’UFDG et le RPG Arc-en-ciel, celui qui va accepter ces conditions-là, on va voir si on peut aller avec ce parti politique.

Guineematin.com : Trois mois après le scrutin du 04 février, vous les élus vous attendez encore d’être installés dans vos fonctions, dans la tête est-ce que vous ne vous dites pas qu’on a trop attendu ?

Abdoulaye Diallo : Oui ! C’est vrai qu’on a trop attendu. Les élections ont eu lieu le 04 février 2018, nous sommes en mai. Les délégations spéciales qui géraient nos communes ne sont plus là, mais il y a des secrétaires généraux qui sont nommés par le gouvernement qui continuent à gérer ces communes. Est-ce qu’on a élu des personnes pour sortir ces collectivités de l’ornière ou alors on veut continuer à les enfoncer ?

Moi je me dis que ceux qui sont là en train de gérer les affaires courantes des communes, ne sont pas habilités à les gérer, alors qu’il y a des gens qui sont élus pour ça. Donc on a trop attendu, on a attendu 7 ans pour organiser ces élections, on a enregistré de nombreux morts avec les manifestations de l’opposition pour que ces élections aient lieu, aujourd’hui on se retrouve à la case départ pratiquement. Alors, je pense qu’il faut faire en sorte que la loi soit respectée, pour que ceux qui sont élus puissent siéger.

Guineematin.com : Respecter la loi en quoi faisant, parce que la mouvance dit qu’il faut respecter la loi en acceptant les résultats publiés parce que les décisions des TPI sont sans recours. L’opposition de son côté dit qu’il faut respecter la loi en remettant les résultats qui ont été illégalement annulés par les présidents des CACV, donc qu’entendez-vous par respecter la loi au niveau du MR ?

Abdoulaye Diallo : Ecoutez, je reviens sur le cas spécifique de Fria où le magistrat qui a présidé la CACV a annulé délibérément les résultats de 15 bureaux de vote, alors que la CENI avait déjà publié un communiqué pour dire qu’aucun magistrat n’a le droit d’annuler un procès-verbal d’un bureau de vote. A Fatala par exemple où le MR est sorti victorieux, tous les bureaux ont été annulés. Alors, nous pensons que pour respecter la loi, il faut restituer les voix des citoyens à ceux pour lesquels ils ont voté. Parce que ce que les magistrats ont fait, ils l’ont sciemment fait en violation de la loi. Donc, si on remet les voix annulées, on aura respecté la loi, si on ne le fait pas, on aura piétiné la loi.

Guineematin.com : Vous pensez alors que l’opposition républicaine qui menace de reprendre les manifestations de rue à partir de la semaine prochaine pour exiger la restitution de ces voix annulées a raison de le faire ?

Abdoulaye Diallo : Je concède ça à l’opposition. Moi je ne suis pas de l’opposition, je suis membre d’un mouvement qui a présenté des listes indépendantes. Mais, je pense que l’opposition a bel et bien raison d’organiser des manifestations de rue parce que c’est quelque chose qui est reconnue par notre constitution, donc c’est un droit pour l’opposition et pour tout autre citoyens guinéen.

Propos recueillis par Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tel. 628124362

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