Haute Guinée : les femmes de Kodiaran (Mandiana) et Narassoba (Siguiri) confrontées à une pénurie d’eau (Reportage)

En dépit des efforts déployés ces dernières années par le gouvernement guinéen et ses partenaires pour la construction des adductions d’eau (notamment les forages) dans la région de la Haute Guinée, l’accès à l’eau potable reste encore un véritable défi pour les populations de cette région de Guinée. C’est le cas notamment dans les sous-préfectures de Kodiaran (dans la préfecture de Mandiana) et Norassoba (dans la préfecture de Siguiri) où les populations, notamment les femmes, sont actuellement confrontées à une pénurie d’eau. Les quelques forages de la place ne satisfont plus aux besoins en eau des ménages et les puits sont secs en cette période de saison sèche, a appris Guineematin.com à travers un de ses correspondants dans la région de Kankan.

Dans la sous-préfecture de Kodiaran (une localité située à 25 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Mandiana), les femmes font actuellement recours aux marigots pour s’approvisionner en eau. Et, pour celles qui ne veulent pas faire des kilomètres de marche avec un bidon d’eau à la tête, il faut se lever au milieu de la nuit pour aller faire la queue au niveau des forages. C’est notamment le cas dans le district de Kodiaran-Centre où il faut se lever très tôt, à l’aube, pour avoir de l’eau potable. Il n’y a qu’un seul forage pour tout le district.

Fanta Kourouma, citoyenne de Kodiaran

« Nous souffrons beaucoup pour avoir de l’eau potable. Nous sortons la nuit pour aller à la recherche de l’eau. A l’époque où nous n’avions pas de forage, nous partions à des kilomètres pour puiser de l’eau. Donc, les femmes se sont réunies pour aller voir la responsable des femmes de Kodiaran pour lui dire de nous aider à trouver un forage. Maintenant, nous avons un forage ; mais, en période de sécheresse, il est toujours difficile pour nous d’avoir de l’eau. Nous devons sortir très tôt, à l’aube. C’est un véritable calvaire », a dit Fanta Kourouma, citoyenne de la localité.

Face à cette situation, des jeunes détenteurs de moto-tricycles dans cette localité se sont convertis en vendeurs d’eau. Ils partent dans les marigots (qui se trouvent à des kilomètres des habitations) pour remplir des bidons d’eau qu’ils proposent aux ménages. Ils vendent le bidon de 20 litres d’eau entre 1000 et 1500 francs guinéens. Et, cette activité est lucrative au point que des jeunes viennent aujourd’hui d’autres préfectures de la Haute Guinée pour l’exercer. Lancei Kourouma est venu de Kankan pour s’adonner à la vente d’eau à Kodiaran.

Lanceï Kourouma, originaire de Kankan

« Moi je suis venu de Kankan spécialement pour puiser de l’eau et la revendre. Je viens avec un tricycle, et même si j’ai 100 bidons de 20 litres avec moi, je paie juste 5000 francs au propriétaire de la machine à eau pour remplir mes bidons. Après, je rentre en ville pour aller revendre le bidon de 20 litres à 1000 francs ou à 1500 francs », a confié Lancei Kourouma.

Dans la sous-préfecture de Norassoba (une localité située à 58 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Siguiri), la pénurie d’eau pousse certaines femmes à voyager pendant la saison sèche. Car, en cette période de l’année, avoir 20 litres d’eau relève de l’exploit. D’ailleurs, selon Oumou Kouyaté, habitante de Norassoba-Centre, le manque d’eau conduit parfois à des divorces de couples dans cette localité.

Oumou Kouyaté, habitante de Norassoba

« Avec le début de la sécheresse, certaines femmes de la localité sont capables de voyager pour ne pas affronter les difficultés liées au manque d’eau. Ce n’est pas une petite affaire, parce que des couples mariés divorcent ici à cause du manque d’eau. Nos responsables locaux ont fait ce qu’ils pouvaient, nous avons des forages ici, mais jusqu’à présent ça ne va pas. Avec l’explosion démographique, c’est devenu plus compliqué. Ceux qui ont les moyens achètent des motos tricycles pour aller chercher de l’eau dans les marigots. Et, c’est avec l’eau du marigot qu’on prépare nos repas en famille. Le forage ne nous suffit pas ; sinon, qui peut préparer le repas avec l’eau du marigot ? », déplore cette mère de famille.

Karifa Doumbouya, maire de la commune rurale de Norassoba

Abdoulaye N’koya Sylla pour Guineematin.com

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