La Papouasie appelée aux urnes, sous haute protection

Les élections législatives en Papouasie-Nouvelle-Guinée se déroulent lundi sous très haute protection, dans un pays où des millions de personnes vivent dans la pauvreté malgré de vastes ressources naturelles.

Quelques 10 000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés pour assurer la sécurité du scrutin sur cette île du Pacifique marquée de longue date par la corruption et les homicides liés aux élections.

« Nous voulons la transparence, nous voulons la responsabilité et surtout nous voulons une période de scrutin sûre, juste et sécurisée, a déclaré le Premier ministre James Marape après avoir déposé son bulletin de vote au premier jour du scrutin.

Et l’Australie, ancienne puissance coloniale du pays indépendant depuis près de cinquante ans, a envoyé plus de 130 militaires avec des moyens aériens pour participer à cette opération de sécurisation de ce long processus électoral aux multiples défis.

Lors de la campagne électorale dans ce pays de neuf millions d’habitants, le Premier ministre James Marape a lancé un appel pour que la population soit « libre d’aller voter en sécurité ».

Mais les rivalités électorales peuvent rapidement dégénérer en véritables bains de sang, en particulier dans les régions reculées et montagneuses. L’Université nationale d’Australie a répertorié plus de 200 morts liées aux élections lors du dernier scrutin en 2017 et de « graves irrégularités » à grande échelle.

D’après la police de Papouasie, quinze morts dans ces circonstances ont été enregistrées à ce stade cette année.

Un candidat dans la province montagneuse d’Enga a été inculpé pour la mort par balle d’un partisan d’un adversaire politique le 26 juin, a indiqué la police à un média local.

M. Marape a reconnu dans son ultime message de campagne la persistance d’une « corruption latente dans toutes les strates du service public » et le manque de développement malgré les grandes richesses naturelles de l’île.

« Je reconnais qu’il y a encore beaucoup de choses à faire pour notre pays », a déclaré le Premier ministre et chef du parti Pangu.

Il affronte un adversaire de taille en la personne de son prédécesseur Peter O’Neill, démissionnaire il y a trois ans sous la pression à cause de la corruption endémique et des accusations populaires selon lesquelles il n’était pas parvenu à faire profiter le peuple des retombées des lucratives ressources minières.

« Il y a des signes inquiétants autour de notre nation qui montrent que l’élection a été très mal préparée et que l’ingérence semble répandue », a chargé celui-ci.

« J’espère que les bons officiers de nos forces de sécurité à tous les niveaux pourront garantir que nous aurons des élections libres, justes et sûres. »

M. O’Neill, du Parti du congrès national populaire et qui a été au pouvoir de 2011 à 2019, s’est engagé à attirer des investissements privés et à raviver l’exploitation industrielle des ressources du pays.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée regorge de réserves de gaz, de pétrole, d’or et de cuivre et dispose également de productions forestières et agricoles.

– Résultats en août –

Le scrutin en lui-même peut durer jusqu’à dix-huit jours et le résultat ne devrait pas être clairement défini avant le mois d’août.

Les analystes s’attendent à ce que le nouveau chef de file doive concocter un gouvernement de coalition dans un Parlement de 118 sièges, dont aucun n’est occupé par une femme depuis 2017.

Cette année, il y a 142 femmes parmi les quelque 3.500 candidats. « Les élections sont toujours désordonnées et chaotiques. Elles peuvent devenir très violentes », a noté Jessica Collins, spécialiste du Pacifique au sein de l’Institut Lowy, un groupe de réflexion australien.

Les analystes relèvent également que les électeurs, dans un pays aux moult éthnies parlant plus de 800 dialectes, sont moins intéressés par les sujets nationaux que par les avantages matériels que les candidats peuvent récupérer pour leurs communautés locales.

Pour compliquer un peu plus le processus, les listes électorales ne sont pas actualisées, selon Henry Ivarature, expert Pacifique de l’Université nationale d’Australie. « Par conséquent, toute l’intégrité même de cette élection est d’ores et déjà remise en question ».

Le gouvernement qui va découler de ce scrutin devra en plus affronter des défis importants.

Près de 40% de la population vit en-dessous du seuil international de pauvreté, d’après le rapport 2020 de la Banque mondiale.

Et le pays n’a connu qu’un « regain faible » en 2021 après avoir été laminé par la pandémie de Covid-19, a estimé la Banque asiatique de développement. Seulement 3% des habitants présente un schéma vaccinal complet.

M. Marape, qui a promis de faire de la Papouasie le « plus riche pays noir chrétien », a affirmé aux électeurs que son gouvernement avait commencé à restituer au peuple les richesses de leur nation.

AFP

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