Au lendemain du vote du 04 février 2018 au compte des élections locales, des scènes de violence ont eu lieu dans la commune rurale de Kalinko, préfecture de Dinguiraye. Des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants ont été enregistrés, créant l’émoi de par la Guinée. Quelques jours après ces événements dramatiques, Guineematin.com a reçu la visite, le lundi 12 février 2018, de Mamadou Saliou Diallo, ressortissant de Kalinko qui vit à Conakry. Avec lui, il a été question des faits qui ont conduit au drame de Kalinko et de la situation qui prévaut en ce moment sur le terrain.

Guineematin.com : vous avez vécu les événements malheureux survenus récemment à Kalinko, dans la préfecture de Dinguiraye. Racontez-nous ce qui s’est passé.

Mamadou Saliou Diallo : nous sommes un certain nombre de jeunes délégués par l’UFDG à Kalinko pour superviser le déroulement des élections locales. Le jour du vote, tout s’est bien passé. Les gens ont voté jusqu’à 18 heures. Après, on a passé au dépouillement. Mais, cela a pris beaucoup de temps. On est resté là jusqu’à 2 h du matin. Mais, on a compris que le président de la CESPI (Commission Électorale Sous-préfectorale Indépendante) voulait tricher pour le RPG. Vu la tension qu’il y avait et leur intention, on a jugé nécessaire de passer la nuit là-bas, à la devanture de la CESPI pour ne pas qu’ils reviennent la nuit pour changer les résultats. On est resté là jusqu’à 10 heures le lendemain. C’était le lundi. Quand ils sont revenus, ils sont restés à travailler jusqu’à 14 heures sans pour autant donner les résultats. Puis, le temps ne faisait que passer, les résultats ne tombaient toujours pas. Après, il y a eu une forte mobilisation là où ma centralisation se faisait. On a essayé de joindre le représentant de notre parti dans la centralisation. Il ne répondait pas à nos appels et à nos messages. Les gens ont commencé à réclamer les résultats. Nous avons appelé le député de Dinguiraye, l’honorable Fodé Bocar Maréga pour l’informer. Après vers 17 heures, ils sont sortis pour nous dire qu’ils ont les résultats. Ils nous ont demandés d’aller photocopier. On a dit niet, que personne n’allait quitter, on a exigé qu’ils affichent les résultats. Il y avait beaucoup de monde et c’était le jour du marché.

Guineematin.com : est-ce qu’ils avaient finalement affiché les résultats ?

Mamadou Saliou Diallo : ils ont difficilement affiché les résultats. C’était vers 18 heures. Ils ont cherché à tricher pour le RPG mais, ils n’ont pas pu. Ils diminué le nombre de notre parti. Et, c’est finalement l’UFDG qui avait gagné. Donc, les gens ont crié de joie, c’était la fête.

Guineematin.com : comment les scènes de violences se sont-elles produites ?

Mamadou Saliou Diallo : pendant qu’on célébrait notre victoire, on a été attaqué. Des gens du RPG ont jeté des cailloux sur nous. Il y a eu une réplique. Quand quelqu’un vous attaque, vous êtes obligés de vous défendre. C’était maintenant vers les 19 heures. Avec l’arrivée des agents, cela s’est calmé un peu. Finalement, nous sommes rentrés.

Guineematin.com : comment les incendies se sont-ils produits ?

Mamadou Saliou Diallo : quand nous sommes rentrés, les gens du RPG sont revenus la nuit, vers quatre heures du matin. Ils ont attaqué un de nos parents là-bas. Ils ont saccagé sa boutique et ont volé tout ce qu’il y avait dedans, toute sa marchandise. Quand on a appris ça le mardi matin, on était très touché. On a riposté parce que c’est eux qui ont provoqué.

Guineematin.com : c’est ensuite qu’il y a eu ces incendies mortels ?

Mamadou Saliou Diallo : on a appris après qu’il y a eu ces morts. C’est vraiment dommage que ces gens soient morts. Personne n’avait l’intention de tuer quelqu’un. C’est Dieu qui a voulu ça. Moi en personne, quand j’ai appris qu’il y a eu ces cas de morts, non… Ce n’est vraiment pas bon. Ça m’a beaucoup touché.

Guineematin.com : on a appris par la suite qu’il y a eu de nombreuses arrestations ?

Mamadou Saliou Diallo : oui. C’est le lendemain mercredi que les militaires sont venus pour procéder à de nombreuses arrestations. Mais, ils ont ciblé les gens de l’UFDG. Ils ont arrêté de nombreuses personnes. Ils sont venus nous arrêter chez notre logeur. Ils nous ont envoyé au commissariat de Kalinko.

Guineematin.com : vous étiez au nombre de combien ?

Mamadou Saliou Diallo : nous qui sommes venus de Conakry, on était cinq à avoir été arrêté. Les quatre sont détenus actuellement à Faranah. Moi, je suis parvenu à m’échapper. C’est Dieu qui m’a sauvé. Aujourd’hui, je suis recherché. Je me suis échappé et j’ai marché pendant de longues heures avant de sortir de Kalinko, la peur au ventre.

Guineematin.com : quel appel avez-vous à lancer ?

Mamadou Saliou Diallo : c’est pour dire que la politique a divisé les gens, mais ça ne devrait pas être le cas. Moi, je suis de Kalinko. Ce n’est pas une bonne chose. Aujourd’hui, des pères de familles ont fui Kalinko et sont en brousse. Ce n’est pas souhaitable. On doit dépasser tout ça et penser au progrès de Kalinko. Nous appelons tout le monde à la retenue. Personne ne peut chasser l’autre de Kalinko. On est obligé de s’accepter et de se pardonner.

La rédaction

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