09551cd1-2973-4817-b891-a551b5ea74c6Au cours d’un entretien réalisé avec Mamadou Danhè Diallo ce mardi 17 novembre 2015, le porte-parole du collectif des vendeurs de médicaments a abordé des questions liées à la vente illicite des médicaments. Dans cet entretien avec Guineematin.com, il a révélé que cette vente illicite des médicaments en Guinée ne date pas d’aujourd’hui et, en dépit de tout, elle a  sa place dans cette société qui ne bénéficie pas de couverture sanitaire totale de la  part de l’Etat.   

Mamadou Danhè Diallo rappelle que la vente illicite des médicaments est un problème qui date de la période coloniale. Et, ça consiste à vendre et à acheter les médicaments et consommables dans les structures hors cadre : « C’est quelque chose qui impacte les activités des pharmaciens de façon négative mais qui a un avantage important pour la population guinéenne et qui comble un espace vide », dira-t-il a Guineematin.com.

Selon lui, la raison de cette pratique est que « le constat montre  que l’Etat n’était pas en mesure de répondre à l’attente  de toute la population en matière de couverture sanitaire réelle, notamment, en couverture pharmaceutique. C’est ce qui a favorisé ces mutations qu’on appelle vente illicite de médicaments en Guinée », a-t-il expliqué.

Poursuivant, Mamadou Danhè Diallo a soutenu que  de nos jours, ce phénomène est devenu un problème particulier parce que même l’Etat est débordé : « Ses avantages et ses inconvénients sont partagés. Je peux dire même que cette vente a plus d’avantages que d’inconvénients.  C’est ce qui fait que l’Etat, généralement ferme les yeux. Si les faiblesses ont été constatées notamment par la manipulation des médicaments par les non professionnels, la vente des médicaments non contrôlés,   le risque  de la santé de la population, le risque d’intoxication médicamenteuse bref la violation de la loi, il est à signaler que ces structures  assurent la fourniture des médicaments à bon coût à la population sur l’étendue du territoire national. C’est pourquoi d’ailleurs, je peux dire que le manque de médicalement tue plus que le médicament de la rue », argumente-t-il.

Parlant de la persistance de cette réalité sociale, Mamadou Danhè Diallo a rappelé que « chaque mesure prise pour l’éradiquer ne sera qu’éphémère.  Vous savez, ce n’est pas une affaire de police qui va résoudre le problème de la vente illicite des médicaments. C’est un problème de système, de procédure, de stratégie de développement alimentée, orientée et organisée. Croire qu’on peut réussir cette réforme sans utiliser les acteurs, c’est passé à côté.  S’il y a des réformes à faire dans ce secteur, on commence d’abord par ceux qui sont là depuis 20 voir 30 ans  en train de pratiquer cette activité », indique-t-il.

Insistant sur l’implication des vendeurs dans la lutte contre le phénomène,  il ajoute que toute activité menée pendant 10 ans, 20 ans  et plus est sensée être une profession. Il y a lieu d’apprivoiser les passions, de stimuler les haines, de faire poser le problème sur table et de le partager avec tous les acteurs concernés pour des initiatives citoyens qui vont intervenir pour trouver des remèdes : « C’est pour dire s’il y a récidive, c’est parce que les gens ont cru que c’est avec la méthode de police ou de la gendarmerie ou arrêter  les gens, brûler le stock.  Ça sera un feu de paille qui ne va jamais réussir », martèle-t-il.

Parlant sur le comment gagner les médicaments, Mamadou Danhè Diallo, porte-parole du Collectif des vendeurs de médicaments indique que seuls les pharmaciens sont habiletés à importer  des médicaments : « Personne ne peut faire rentrer de médicaments au port s’il n’y a  pas un agrément. Pour déclarer à la Douane que tu as un médicament dans ton conteneur, il faut que tu présentes les documents juridiques qui t’autorises à faire de l’importation de médicaments. On peut jouer avec tout sauf avec la Douane. Donc, je ne sais pas si les agréments sont à Madina qui ravitaille les pharmaciens».

Faisant le point sur les conséquences des derniers événements organisés contre les vendeurs de médicaments, il soutenu qu’actuellement, la situation est plus que lamentable : « Les servies de Thièboro sont allés raflés plus de 300 jeunes diplômés qui exercent ce métier à travers la haute banlieue avec toutes leurs marchandises qu’ils ont stocké. Ils se préparent pour aller  brûler. Ces gens-là sont devenus des désœuvrés, tout ce qu’ils ont été raflés et  emportés. Aucune négociation possible, on dirait que c’est des étrangers », a-t-il dénoncé.

Concernant le marché de Madina, il confie que tous les jours, les gendarmes viennent faire la haie : « Madina est aussi sujet de toutes les tractations du monde. Mais n’oublier pas que tous les médines du monde sont les lieux protégés et sacrés.  Médine à Dakar, à Abidjan, au Bénin, au Burkina, la vente des médicaments par terre est une réalité. Ce n’est pas en Guinée seulement, c’est un sujet à affaire. La population en a besoin, ça arrange l’Etat qui n’a pas les moyens pour subventionner les travailleurs en matière de médicaments. Si l’Etat arrive à prendre en compte le médicament même si c’est à 30% pour les travailleurs, je crois qu’il pourra lutter contre ce phénomène », estime Mamadou Danhè Diallo.

Pour terminer, il conseille aux vendeurs de médicaments qui on échappé aux services de Thiègboro de ne vendre que du bon médicament et d’être vigilants. Ceux qui n’ont pas  réussi s’ils ont la possibilité d’abandonner, qu’ils abandonnent pour faire une autre activité lucrative meilleure que  la vente des médicaments.  Aux services de Thièboro de savoir qu’ils ont à faire à des Guinéens et guinéennes ceux qui ont milité à la formation de la République, ceux qui ont participé à la création de l’Etat, ils ont à faire à leur peuple.

Selon lui, si le secteur de pharmacie parallèle  a des insuffisances, ce n’est pas tout qui est mauvais. Il a aussi beaucoup d’avantages : « On sélectionne la meilleure façon et on vend les meilleures prestations pour que cela reste entre nous jusqu’ au moment où l’Etat va trouver la possibilité de nous ravitailler en médicaments sur l’ensemble du territoire », a -t-il conclu.

Yacine Sylla pour Guineematin.com

Tel : (+224) 628 71 71 56

 

 

 

 

 

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