Oumar Yacine BAH commissaire à la HAC : « On a tourné la page de Martine Condé »

Kateb Yacine Bah

« Nous savons que Martine Condé a rencontré le président de la République dans la soirée du lundi 29 mars à Sékhoutoureya, même si elle ne le dit pas, alors qu’au paravent, elle a tapé à toutes les portes pour obtenir une audience sans succès. La logique voudrait qu’elle reconnaisse au moins avoir été reçue enfin par le chef de l’Etat, l’honnêteté intellectuelle oblige ! », a notamment révélé le commissaire Oumar Kateb Yacine Bah au cours d’un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com

Guineematin.com: Qu’est-ce qui se passe actuellement à la HAC ?

Oumar Yacine Bah: La Haute Autorité de la Communication (HAC) connait une crise depuis bientôt quatre mois. Car, c’est au mois de novembre que la crise a réellement commencé. Et,  le 17 décembre 2015, neuf (9) commissaires sur onze (11) que compte l’institution ont adressé une correspondance à l’ex-présidente, Mme Martine Condé, l’invitant à daigner enfin jouer son rôle de dirigeante. A cet effet, nous lui avions soumis un certain nombre de problèmes dont les solutions pourraient déboucher sur un meilleur fonctionnement de l’institution. Mais au lieu de se pencher à la résolution de la crise, elle a plutôt opté pour l’affrontement par le biais de l’intimidation et des manœuvres machiavéliques. Poussée par l’esprit de suffisance, d’arrogance et de mépris vis-à-vis de ses collaborateurs, Dame Martine, multiplie les violations des lois et textes régissant la HAC et excelle dans le management inintelligent. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis un an et quelques semaines, nous travaillons sans salaires dans des locaux délabrés. Depuis que nous lui avons adressé ce courrier, elle n’a daigné accéder à aucune de nos revendications. Toutes ses manigances internes et externes, c’est pour se maintenir à la tête de la HAC et continuer à dilapider les fonds mis à la disposition de ladite institution pour son fonctionnement, alors que le chantier est vaste. De sorte qu’aujourd’hui l’institution est paralysée. Cela est décevant pour notre jeune démocratie, pour la presse et tous ceux qui ont consacré une parcelle de leur vie pour la liberté de la presse dans ce pays.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé pour vous pousser à démettre madame Martine Condé, alors que c’est vous-mêmes qui avez décidé de voter pour elle ?

Oui ! Librement on avait voté pour Martine Condé. Mais, c’était à l’époque sans la connaitre réellement. On avait surestimé à tort sa capacité managériale avant de nous rendre compte de l’évidence. Les raisons de sa révocation, nous les avons exprimées dans la décision du 23 mars 2016. Entre autres, elle a été complice de la violation de l’Article 13 de la Loi 03 du 23 juin 2010 régissant le fonctionnement de la HAC par Monsieur NFa Ousmane Camara commissaire au titre des Postes et Télécommunications pour cumul des fonctions.

C’est-à-dire ?

Il continue à être Directeur national du Centre des réseaux officiels, consul honoraire de la République de Haïti en Guinée, directeur général de la Société MEGA Services SARL et consultant. En plus, il n’est pas ingénieur des télécoms. Pour lui permettre de se mouvoir et d’exercer ses activités citées ci-haut, Dame Martine, est passée par le ministre des Télécoms d’alors, Oyé Guilavogui, afin de lui tailler un poste de suppléance, assurée par un ingénieur des Télécoms, Mamadi Keita qui touche des primes trimestrielles à la différence de près au même titre que les commissaires désignés par leurs structures de bases et confirmés par le décret du 10 mars 2015.

Mais, cela est-il suffisant pour la récuser ?

Attendez !  D’autres raisons qui nous ont amenés à la récuser sont exprimées à travers plusieurs constats.

Lesquels ?

1- la lettre de demande de résolution de problèmes du 17 décembre 2015, restée sans suite ;

2- la demande d’audit interne des comptes de l’institution du 14 janvier 2016, restée sans suite ;

3- les avis verbaux plusieurs fois réitérés et écrits (les 2 et 21 mars 2016) de tenue de plénières restés sans suite ;

4- les violations répétées des textes de lois (02 et 03 de juin 2010) ;

5- la falsification du règlement intérieur de la HAC.

Sur ce point, je vous indique que le règlement intérieur qui aurait été validé par la Cour constitutionnelle n’est pas la version originale vue par le collège des commissaires. Pire, elle est la seule à le détenir. Pendant ces temps, elle en a fait plusieurs copies et les distribue à qui elle le veut pour nous discréditer.

J’ai entendu un journaliste d’une station privée de la place dire que la rédaction de ce règlement s’est déroulée lors d’une retraite de membres de la HAC qui a coûté au contribuable guinéen 70 millions de francs. C’est archi-faux. Le règlement intérieur a été élaboré par une commission dès les premiers jours de notre prise de fonction avant d’être validé par le collège lors d’une plénière. La retraite dont il s’agit avait un seul ordre du jour: la rédaction d’un plan d’action pour les 5 ans que couvre notre mandat. Et dame Martine Condé est la seule à justifier le montant dépensé à cet effet. Car les commissaires avaient travaillé sans toucher même un centime. Mais tout ceci est une campagne de discrédit à notre égard  de la part de la présidente pour tromper l’opinion publique.

Est-ce que vous êtes en contact avec la présidence de la République ?

Non, pour le moment. Par contre, nous savons que Martine Condé a rencontré le président de la République dans la soirée du lundi 29 mars à Sékhoutoureya, même si elle ne le dit pas, alors qu’au paravent, elle a tapé à toutes les portes pour obtenir une audience sans succès. La logique voudrait qu’elle reconnaisse au moins avoir été reçue enfin par le chef de l’Etat, l’honnêteté intellectuelle oblige !

Malheureusement, depuis cette entrevue avec le chef de l’Etat, Martine Condé multiplie les manœuvres pour déstabiliser l’institution et avoir autour d’elle des béni-oui-oui pour la seule fin de retrouver son fauteuil et continuer à pratiquer sa mal gouvernance. Par ce qu’elle ne connait que ça.  Mais, elle doit savoir que nous ne sommes pas « des minables » comme elle le clame constamment.

Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

La Cour Constitution, suite à une saisine, va nous entendre. J’ai la ferme conviction qu’elle va dire le droit. C’est l’ultime conviction de tous mes collègues. Martine Condé l’avait déjà saisie pour une médiation. Mais, je pense qu’elle devrait avoir le courage de se soumettre à la majorité. Sur les 9 commissaires qui la récusent aujourd’hui, les 8 avaient voté pour elle le 10 mars 2015. Le 9ème était absent ce jour. Pourquoi ce  revirement maintenant. Le bon sens en dit long. Pour nous donc, la page de Martine Condé est tournée. Elle reste commissaire au titre du président de la République. Pour nous qui l’avions élue, elle n’est plus présidente. Sans elle à la tête, vous verrez que la HAC va maintenant jouer son rôle. Car, elle est composée des intelligences, malheureusement qui étaient masquées par les carences managériales de son ex-présidente.

A ce niveau vous ne craignez pas une procédure visant à dissoudre la HAC pour une nouvelle recomposition ?

Je ne vois pas pour quel motif  on va dissoudre la HAC. Si le premier choix au niveau de la tête de l’institution a été mauvais, on ne fera que de corriger la défaillance par l’élection d’un (e) autre président (e). En dehors de celui des Télécoms qui a été révoqué par la HAC pour des raisons bien indiquées, tous les autres sont en règle y compris Martine Condé, à titre de commissaire.

Quel est votre bilan parce qu’il y a quand même plus d’un an que vous êtes là ?

Le bilan n’est pas élogieux à cause du manque de vision et de bonne gouvernance de celle qui a  dirigé la HAC du 10 mars 2015 au 23 mars 2016. Nous avons quand même élaboré un plan d’action qu’il faut améliorer et avons pu réguler les médias avant, pendant et après l’élection présidentielle du 15 octobre 2015. Pour l’amour de la patrie, on a réussi ce pari, même si à l’époque, l’institution n’a reçu aucun franc de la part de l’Etat et ses partenaires.

Un dernier mot ?

Je dirai à l’ensemble de la presse que le combat que nous sommes entrain de mener est en sa faveur. Ce n’est pas une guerre de personne. Contrairement à ce que laissent entendre Martine Condé et certains médias acquis à sa solde, la raison pécuniaire n’est pas l’objectif de notre lutte. Nous nous sommes levés contre la mal gouvernance et la violation des lois par Martine Condé afin que la HAC remplisse sa mission. Ceux qui viendront après nous, doivent trouver une institution digne de nom qui fait la fierté de notre pays. Nous ne menons pas une guerre de personne. Ceci dit, il est à souligner que Martine n’a ni la légitimité ni la caution morale de diriger cette institution.

Interview réalisée par Nouhou Baldé

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