La fin des dirigeants africains accrochés au pouvoir des décennies durant continue allègrement et sans effusion de sang ; on écrirait même sans violence, aucune ! Depuis le 22 janvier, le continent noir est marqué par des évènements presqu’inédits. Cette année 2017, trois Chefs d’Etat considérés comme de gros dictateurs dans leurs pays ont rendu le tablier sans crier gare même si les circonstances différent tout comme les dates et les régions.

D’abord Yahya Jammeh, l’autocrate gambien qui a organisé et perdu l’élection présidentielle du 1er décembre 2016 dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, a entretenu la tension au point de mobiliser la communauté internationale et toute l’opinion contre lui. Ce qui a poussé le Sénégal à organiser la prestation de serment du président élu Adama Barrow à l’Ambassade de Gambie à Dakar, suivie de la décision de la CEDEAO d’expédier des troupes à Banjul, les Djambars du Sénégal en tête pour la traque du dictateur.

La diplomatie aidant et la position très louable de son Chef d’Etat major ont contraint Jammeh, âgé seulement de 52 ans (avec 22 passés à la tête de l’Etat gambien), de quitter le pays le 22 janvier 2017 et de laisser le pouvoir au vainqueur de la présidentielle, Adama Barrow.

On était loin d’imaginer les autres surprises que l’année réservait aux peuples de ce continent, partagés entre la pauvreté, la misère, les maladies, le terrorisme, la guerre et l’immigration de ses jeunes au péril de leurs vies.

En Angola, cette fois en Afrique centrale, c’est José Eduardo Dos Santos, 75 ans, jusqu’ici indécrottable, qui a passé le témoin à son ministre de la défense, Joao Lourenço, candidat victorieux des élections du 25 août.
Une transition jugée douce et pleine de confiance entre les deux complices. Le guerrier Santos, a passé 38 ans au pouvoir et s’est efforcé à restaurer l’unité de son pays.

Après l’Ouest et le Centre, le vent du changement vient de souffler sur l’Afrique Australe. Le Sud du continent focalise l’actualité toute cette semaine du mois de novembre. Le coup de tonnerre est incontestablement le départ du pouvoir du vieux Mugabe, poussé à la sortie par son armée, lâché par son parti, la Zanu-PF avec la bénédiction de la rue et de la communauté internationale.

Le vieux combattant qui s’est illustré dans la lutte contre la domination coloniale, malgré ses 93 ans, n’entendait pas céder son fauteuil de son vivant. Mais, depuis cet historique mardi, 21 novembre 2017, c’est chose faite ! Robert Mugabe, Président du Zimbabwe depuis l’indépendance, en 1980, a démissionné de la présidence de la République. Son successeur est celui-là même qu’il a chassé du pouvoir deux semaines auparavant ! Emmerson Mnangagwa, son vice-président et vieux compagnon de lutte est appelé à mener la transition sans Mugabe.

Ces trois changements dans ce continent ont des points communs. Yahya Jammeh de la Gambie, José Eduardo dos Santos d’Angola et Robert Mugabe du Zimbabwe sont des hommes d’Etat qui, au-delà du continent, ont marqué les esprits et leur temps. Le 1er, jeune officier de l’armée, a mis un terme à un régime dictatorial avant de lui-même se transformer en irréversible despote.

Le second est un combattant de la 1ère heure des indépendances aux côtés du premier président angolais, Augustino Neto qu’il a remplacé en 1979 dans un pays déchiré par la guerre civile. Dos Santos a réussi à restaurer l’unité du pays et à ramener la paix en amorçant même un timide développement pendant le boom pétrolier.

Le troisième, considéré comme le doyen des chefs d’Etat et le symbole même de lutte anticoloniale ! Robert Mugabé dormait évidemment tranquillement parce qu’il n’avait aucun doute sur la fidélité de l’armée et de son parti ; il imaginait ainsi mourir au pouvoir et rêvait même laisser l’héritage de son fauteuil à sa douce moitié, Grace Mugabé ! Mais, c’était compter sans les mystères de la vie ! Et ce, malgré son investiture par ses partisans pour un nouveau mandat en 2018, avant cette déchéance imprévisible du 21 novembre.

Ces trois personnalités ont également un mérite. Quoi qu’on dise, ils ont épargné la vie de leurs concitoyens que des violences auraient pu entrainer. La sagesse et le réalisme ont finalement pris le dessus sur la passion du pouvoir…

L’autre acteur majeur dans ces pays qui mérite d’être salué, c’est bien l’armée ; même si les critiques ne manquent pas à son encontre pour des cas de violations graves des droits humains pendant le règne de ces dictateurs. Que ce soit en Gambie ou au Zimbabwe, l’armée a su jouer un rôle républicain et hautement positif. Son entêtement à soutenir ces dictatures ou à aller contre la volonté populaire aurait inévitablement créé des affrontements inutiles et sacrifier des innocents.

Les gagnants d’une telle sortie de crise heureuse, ce sont donc les populations de ces pays et d’Afrique. Pour une fois, il ne sera pas question d’achat d’armes ou de mobilisation de troupes, encore moins d’intervention armées comme on l’a vécu en Libye et ailleurs.

En fin de compte, les perdants de ces beaux dénouements ne sont autres que les marchands d’illusion, les vendeurs d’armes et les porteurs de malheur pour le continent. Les sanctions imposées ça et là, tout comme les tentatives de déstabilisation de ces pays ont échoué à la grande satisfaction des populations de ces Etats.

Que ce message devrait être compris à la fois par les armées des autres pays africains, les dirigeants qui sont tentés de faire fi aux cris de leurs peuples ; mais, aussi un avertissement singulier à l’occident et à leurs fabriquant d’armes et de misère.

L’Afrique ne veut plus d’intervention étrangère aveugle comme celle de la Libye où le rêve d’un peuple entier s’est transformé en un cauchemar mortel avec ces images révoltantes de scènes d’esclavage, de tuerie et de torture imposées en mode de vie depuis l’assassinat de Mouammar Khadafi, en 2011 par la France de Nicolas Sarkozy.

Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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