Conakry va abriter un concert géant ce samedi 16 décembre 2017. Booba, star numéro 1 du rap français va se produire pour la première en terre guinéenne. Problème, le concert initialement prévu au stade de Nongo se tiendra finalement au stade du 28 septembre. Une décision qui attise la colère des victimes des événements survenus le 28 septembre 2009 dans cette même enceinte, à l’occasion desquels plus de 150 personnes avaient été tuées, d’autres blessées et des femmes violées, selon des organisations de défense des droits de l’Homme. A la veille donc de ce concert, Guineematin.com a reçu Mamadou Bailo Bah, fils d’un disparu des événements du 28 septembre 2009, en colère contre la tenue de cet événement culturel sur les lieux. Suivez notre entretien !

Guineematin.com : Un peu plus de 8 ans après les événements du 28 septembre 2009 survenus au stade du même nom, un concert géant se tient ce samedi dans cette même enceinte et vous vous y êtes opposés, pourquoi ?

Mamadou Bailo Bah : Nous avons estimé au sein de notre association des parents des disparus de ces événements, que ce concert est de nature à se moquer de la mémoire des guinéens plus particulièrement des victimes qui ont succombé sur le champ d’honneur, pour que la Guinée soit un Etat de droit, pour dire non à une éventuelle candidature du capitaine Moussa Dadis Camara. Donc nous nous opposons de façon très catégorique à tout événement de ce genre  au stade du 28 septembre de Conakry. Parce que pour nous, il faut que l’Etat arrive vraiment à préserver la mémoire collective pour refonder une nation juste.

On sait que peu après ces événements du 28 septembre 2009, des matchs de football ont repris et se tiennent régulièrement dans ce stade, pensez-vous donc que ce stade ne doit pas abriter aussi des événements culturels ?

Mamadou Bailo Bah : Nous ne voulons pas d’événements culturels au stade du 28 septembre. Nous voulons que le stade soit considéré comme un lieu de martyr et que l’Etat arrive à y mettre quelque chose, qui pourra symboliser les personnes qui ont été tuées, transportées dans des morgues et dans fosses communes, d’autres blessées et transportées dans des hôpitaux, mais aussi les femmes qui ont été violées.

Guineematin.com : Vous personnellement vous avez perdu votre père dans ces événements et vous ne savez toujours pas qu’est-ce qui lui est arrivé ?

Mamadou Bailo Bah : Mon père Mamadou Aliou Bah a quitté la maison dans la matinée du 28 septembre 2009 pour aller à son lieu de travail situé à Taouyah. Arrivé sur les lieux, il s’est vu avec ses apprentis et leur a donné le prix du petit déjeuner ; entre temps, il a vu un groupe de manifestants qui se dirigeaient au stade et il les a suivis. Quand il est arrivé au stade vers 11h, il a tenté de me joindre mais j’étais sorti en laissant mon téléphone à la maison. Lorsque je suis revenu, j’ai rappelé son numéro mais c’est quelqu’un d’autre qui a pris son téléphone, il m’a dit que le propriétaire du téléphone a été tué au stade du 28 septembre. Et depuis lors, on a visité plusieurs morgues et hôpitaux mais on n’a pas retrouvé son corps, et jusqu’à aujourd’hui on ne sait pas où son corps a été envoyé.

Guineematin.com : Après donc la disparition de votre père, comment vit votre famille ?

Mamadou Bailo Bah : La famille vit dans la plus grande détresse et nous avons l’impression que nous sommes oubliés et méprisés, ce qui nous ressemble à une double injustice. Cette disparition nous affecte psychologiquement et nous choque profondément.

Guineematin.com : Aujourd’hui vous êtes membre de l’association des parents des disparus de ses événements, quelles sont les démarches que vous avez menées pour que justice soit rendue dans cette affaire ?

Mamadou Bailo Bah : Quelques jours après le massacre nous avons été contacté par les organisations de défense des droits de l’Homme notamment, Amnesty international, Human Rights watch, l’OGDH et la FIDH pour porter plainte. Avec les autres organisations de victimes on s’est  constitué partie civile pour réclamer justice.

Guineematin.com : l’instruction a été bouclée récemment dans ce dossier et cela ouvre désormais la voie à la tenue du procès, est-ce que vous êtes confiants aujourd’hui, est-ce que vous êtes rassurés que ce procès tant attendu va enfin bientôt s’ouvrir en Guinée ?

 Mamadou Bailo Bah : Rien ne nous rassure aujourd’hui que ce procès aura lieu. Le ministre de la justice réitère souvent son engagement de faire en sorte que ce procès se tienne en Guinée, mais cela tarde toujours à se concrétiser. Nous espérons donc qu’il tiendra ses promesses et que justice sera rendue dans cette affaire.

Interview réalisée par Alpha Fafaya Diallo et Mamadou Alpha Assia Baldé

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