De l’envoyé spécial de Guineematin.com à Ourékaba ! Au lendemain de la journée ville morte de l’opposition qui a fait deux morts, le mercredi dernier à Wanindra dans la commune de Ratoma (à Conakry), un agent de la police a été pris à parti, dans le même quartier, par des jeunes qui lui ont administré des sévices corporels qui ne lui ont laissé aucune chance de vie. Le brigadier-chef Bakary Camara, puisqu’il s’agit de lui, a succombé à ses blessures le même jeudi, 08 Novembre 2018, à l’hôpital militaire du camp Samory Touré où il avait été évacué après son agression.

Mais, qui était Bakary Camara ? Guineematin.com a dépêché un de ses reporters dans sa sous-préfecture natale de cet agent de la police guinéenne.

C’est dans la sous-préfecture de Ourékaba, située à 65 kilomètres à l’Est du chef-lieu de la préfecture de Mamou, que le brigadier-chef Bakary Camara a vu le jour dans une famille dont les membres se comptent à plus d’une vingtaine (certains sont décédés). C’était en 1979 à Ourékaba-centre. Il est le fils de feu adjudant Abou Camara et de Feue Hadja Fatoumata Mansaré.

Dans son village natal, Bakary Camara (le gros pour les intimes) fera ses premiers pas aux côtés des jeunes de diverses ethnies (malinkés, peuls, sarakolés…) qui peuplent et vivent ensemble depuis des décennies dans cette localité située non loin de la préfecture de Faranah et riche d’un brassage culturelle et linguistique exceptionnel.

Dans son enfance et sa petite jeunesse, Bakary Camara partageait sa petite chambre avec ses amis. Et, grâce à ses filets qui lui servaient de piège pour attraper des oiseaux, « le gros » était aussi au centre de l’attention des enfants de son âge et parfois des plus âgés.

Sékou Mansaré, ami d’enfance du policier

« Bakary Camara, le gros pour nous, a été un ami d’enfance. Le soubassement que vous voyez derrière vous, c’est là-bas où se trouvait la case de sa mère. Cette case comprenait deux chambrettes. Notre groupe y passait quotidiennement la nuit. Le gros a été le premier à avoir un filet pour attraper les oiseaux. Et, parallèlement aux activités scolaires, après l’école, on partait en brousse pour attraper les oiseaux. Grâce à ses filets, il était convoité par tous les enfants d’alors. Quand on attrapait les oiseaux, on venait aussi dans la clôture de sa maman. On donnait les oiseaux aux plus jeunes et quelques fois on les revendait pour avoir un peu d’argent. Nous avons tout fait ensemble. C’est quand nous avons eu le BEPC que Bakary et moi, nous nous sommes séparés ici (à Ourékaba). Il est allé à Kindia et je suis parti en Guinée forestière. Parler de lui aujourd’hui me donne des frissons », a témoigné à Guineematin.com monsieur Sékou Mansaré, les yeux encore larmoyants.

A Kindia où il sera hébergé par Dr. Ali Camara (vétérinaire), son frère ainé, Bakary Camara ne poursuivra pas les études. Il abandonnera le stylo, les cahiers et les livres au profit du rabot, de la scie, du bois de meuble. Pendant trois ans, il apprendra la menuiserie. Mais, l’apprenti n’attendra pas plus longtemps auprès de son maître menuisier. Il quittera l’atelier, son frère Ali Camara, de même que la ville des agrumes pour une autre destination et un autre emploi : la capitale guinéenne…

A Conakry, Bakary Camara sera aussi accueilli et hébergé par un de ses frères, Docteur Almamy Camara. Ce dernier ne l’enverra ni à l’école, ni à l’atelier ! Il lui fera intégrer d’abord une société de gardiennage. Bakary Camara participera ensuite à un test de recrutement au compte de la police. Sa réussite à ce test lui vaudra le ticket d’entrée dans les rangs de la police nationale.

Au bout de quelques années de service au sein de cette corporation chargée de sécuriser et de protéger les personnes et leurs biens, l’agent de police Bakary Camara sera promu au grade de brigadier-chef. Un grade qu’il conservera jusqu’à sa mort le jeudi 08 Novembre 2018 à l’hôpital militaire du camp Samory Touré où il a été évacué après avoir été attaqué et grièvement blessé par des jeunes à Wanindra, dans la commune de Ratoma (à Conakry). Des jeunes en colère qui cherchaient visiblement un coupable après la mort, la veille, mercredi 07 Novembre 2018, de deux leurs camarades du quartier. Mamadou Bella Baldé et Mamadou Alimou Baldé ont été tués par balle réelle à Wanindra dans la soirée de la journée ville morte décrétée par l’opposition républicaine.

Baba Camara, frère de Bakary

Egalement trouvé à Ourékaba hier, samedi 10 novembre 2018, Baba Camara, un des frères du brigadier-chef Bakary Camara, a dit à Guineematin.com ses sentiments de tristesse.

« J’étais à Labé pour un atelier de deux jours. C’est là-bas que j’ai appris la mort de Bakary. Une mort que je ne peux pas souhaiter même pour mon ennemi. Bakary était tout pour la famille. Il était poli et très respectueux. Je suis triste de savoir qu’il est mort comme ça. Nous (la famille de Bakary Camara) sommes très croyants. Mais, si on trouve les coupables de sa mort, je demande à la justice de s’en occuper », a dit monsieur Baba Camara. Le frère de cette autre victime des violences politiques en Guinée a profité du micro de Guineematin.com pour demander au peuple de Guinée de préserver la paix et d’éviter la violence et les règlements de comptes.

A préciser que le brigadier-chef Bakary Camara laisse derrière lui une veuve et trois enfants.

Guineematin.com présente ses condoléances les plus attristées à sa famille et prie pour le repos de son âme.

De retour de Ourékaba (Mamou), Keïta Mamadou Baïlo pour Guineematin.com

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