Les lions du Sénégal Champions d’Afrique : aux souvenirs de Pape Diouf

Par Amadou Dioulde Diallo, journaliste-historien : Il naquit à Abeche (Tchad) d’un père fonctionnaire colonial bien loin de la terre de ses ancêtres et bien avant que des événements politiques et historiques teintés parfois de drames ne poussent à sa découverte par les canaux des médias. La capitale Fort Lamy, devenue Ndjamena, aux bords de l’Oubangui Chari, la ville de Faya Largeau et ses belles palmeraies, la bande d’Aouzou, les hommes qui ont fait le Tchad comme François Ngarta Tombalbaye, Félix Maloum.

Hissene Habré et Goukouni Wadaye. Les deux derniers et le retentissant enlèvement de l’archéologue française Françoise Claustre. Plus tard, Idriss Déby Itno, tous ces fils du désert dont le pays a vu naître celui qui allait devenir l’un des meilleurs journalistes sportifs et dirigeants du football. Le seul qui a inscrit sur son prestigieux tableau la présidence du mythique club de l’olympique de Marseille. 

Il fallait être un Pape Diouf pour arriver à ce niveau de responsabilité dans un pays comme la France et une ville multiculturelle dont les aurores, les midis et les soirs sont tous marqués de foot, rien à jeter. 

Ses quartiers populeux déversent tous les jours des talents qui vont éclore et emprunter l’ascenseur de la consécration jusqu’à parvenir sur le toit du monde en tutoyant le ballon. Un certain Zinedine Zidane est fils de Marseille, la ville phocéene, carrefour des rencontres et des échanges entre le nord et le sud. 

Ce Marseille là, Pape Diouf l’a mis à ses yeux, il lui a fait allégeance et lui il en a fait sa salle de rédaction pour tremper sa plume dans l’encrier, exercice qu’il a débuté dans son pays avant de le parfaire en France. Son terrain de football aussi. 

Mais, Pape Diouf ira plus loin en faisant de Marseille la maison des jeunes footballeurs africains et lui leur tuteur, leur grand frère, leur conseiller et leur manager dans l’impitoyable marché de muscle. 

Ils viendront de tous les pays du continent et bénéficieront largement des soutiens de Pape Diouf dont l’évocation du seul nom constituait le précieux sésame pour entrer dans la cour des grands. 

Pape Diouf gérait ainsi la carrière de plusieurs footballeurs africains du ghanéen Abedi Pelé à l’ivoirien Basile Boly, du sénégalais Mamadou Niang au guinéen Titi Camara. 

Il était aussi l’un des initiateurs de l’identification des jeunes binationaux en Europe et établissait les contacts avec les dirigeants du football de leur pays d’origine afin qu’ils viennent renforcer les équipes nationales et relever du coup leurs prestations dans les compétitions comme la CAN et la coupe du monde. 

Il faisait aussi des tournois de détection dans de nombreux pays africains et donnaient ainsi la chance aux jeunes d’être vus par des sélectionneurs européens et rejoindre ainsi régulièrement le vieux continent sans être à la merci des dirigeants de clubs et agents de joueurs peu scrupuleux. 

Pape Diouf faisait l’objet de nombreuses sollicitations de la presse et de toute la famille du football. Il ne ratait aucune CAN ou grande rencontre en Afrique. 

Sa silhouette dominait les tribunes officielles des stades et sa bonne humeur détendait l’atmosphère de ces milieux souvent crispés par l’issue incertaine des matchs. Chacun voulait approcher, parler avec Pape Diouf mais rien de cette belle ambiance ne pouvait le soustraire à ses obligations rituelles de la prière qu’il effectuait toujours à la mi-temps. 

C’est cet homme d’une extrême humilité qui aimait l’Afrique et qui la défendait fièrement qui n’a pas vécu ce qui allait être le plus grand bonheur de sa vie, le premier sacre continental des lions du Sénégal. Il avait tant rêvé de ce jour glorieux à travers les différentes générations des lions, de celle des Louis Gomis, de François Jules Bocande, Thierno Youm à celle des Elhadj Diouf, Aliou Cissé, Henri Camara, Kalidou Fadiga…

C’est finalement celle de Sadio Mané qui va accomplir la noble et exaltante mission de remporter la CAN en terre camerounaise aux dépens des pharaons d’Égypte titrés 7 fois.

Oui, Pape Diouf arraché à notre affection par le covid 19 repose à jamais au cimetière de Grand Yoff. Qu’il aurait aimé être là notre papa pour vivre ces moments de communion de tout le peuple sénégalais avec ses héros. Malheureusement, on n’échappe pas à son destin. Mais, le grand Pape mérite bien des hommages appuyés à titre posthume pour rappeler à tous qu’il a une part importante dans le sacre continental des lions du Sénégal. 

Repose en paix grand baobab, amen !

Amadou Dioulde Diallo, journaliste-historien 

Clermont Ferrand (France)

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