Élimination des violences faites aux femmes : « l’impunité règne en Guinée », déplore Me Halimatou Camara

L’humanité a célébré ce vendredi, 25 novembre 2022, la journée mondiale de l’élimination des violences faites aux femmes. A cette occasion, un reporter de Guineematin.com a joint au téléphone Me Halimatou Camara, avocate au barreau de Guinée, constituée pour la défense des intérêts de la partie civile dans le dossier M’mah Sylla, devant le TPI de Mafanco. M’mah Sylla, une guinéenne qui aurait été violée et violentée par des médecins dans une clinique de la haute banlieue de Conakry. Me Camara est également membre du collectif des avocats des parties civile dans le procès des crimes (assassinats, viols, etc.) perpétrés le 28 septembre 2009. 

C’est donc une professionnelle du droit et engagée dans la protection des droits des femmes qui a accepté de donner à un reporter de Guineematin.com sa lecture de la situation du respect des droits des femmes en République de Guinée. 

Entretien !

Guineematin.com : la journée mondiale de l’élimination des violences faites aux femmes est l’occasion pour les décideurs, les acteurs de défense des droits de l’homme et plusieurs structures féministes de faire le bilan des violences faites aux femmes. Que pouvez-vous nous dire sur cette journée ?

Me Halimatou Camara, avocate au Barreau de Guinée

Me Halimatou Camara : nous sommes dans une République qui a ses lois et règlements. Notre pays a ratifié les lois et conventions internationales qui traitent notamment les questions relatives aux droits des femmes. Que ce soit les lois de la République de Guinée ou les lois et conventions internationales, tous ces textes indiquent que tous les citoyens sont égaux devant la Loi, en droit et en devoir. Mais, dans la pratique, les choses sont extrêmement compliquées. Quand on prend les zones rurales, l’accès des filles et femmes à l’éducation et à la formation est extrêmement compliqué. Même si elles sont envoyées à l’école, elles n’y restent pas. Il est vrai qu’il y a bien des filles et femmes qui sont diplômées aujourd’hui ; mais, il y a beaucoup de choses à faire à tous les niveaux, surtout du côté de l’État en ce qui concerne la protection des femmes contre la violation de leurs droits et les violences faites sur elles. Il faut beaucoup protéger les femmes contre les violences qu’elles soient domestiques, conjugales, scolaires ou dans les milieux des services publics ou sur les lieux publics. Il faut que les femmes soient vraiment protégées contre les violences qui sont faites sur elles, notamment dans les milieux hospitaliers où certaines sont violées par les médecins qui sont censés les protéger. Les textes de lois qui protègent les femmes contre les violences existent. Je suis d’accord et c’est bien ; mais, ça ne suffit pas. Il faut qu’ils s’appliquent au bénéfice de celles pour lesquelles ils ont été élaborés. Sinon, ça ne sert à qu’ils soient élaborés s’ils ne s’appliquent pas.

Selon vous, que faut-il faire pour freiner ce rythme de violences contre les femmes dans notre pays ?

Me Halimatou Camara : aujourd’hui, il y a l’impunité qui règne dans notre pays en ce qui concerne les violences faites aux femmes. Même si de nos jours il y a les procès qui se tiennent dans les tribunaux, notamment de Mafanco (dans l’affaire M’Mah Sylla) et de Dixinn (dans le dossier ministère public contre les évènements du 28 septembre) au coeur desquels il y a des viols sur plusieurs femmes. On a enregistré des évènements douloureux du 28 septembre des viols et des actes de barbarie qui ont été perpétrés sur des femmes. Je profite de cette journée mondiale de l’élimination des violences faites aux pour dire que le chemin est encore long en ce qui concerne la lutte contre ces mauvaises pratiques et que chacun de son côté prenne conscience de la situation et œuvrer pour le respect des textes des lois et les droits des femmes. Et a côté de cela, il faut préciser qu’il faut respecter les lois de la République sur cette question de violences contre les femmes mais surtout il faut que tout le monde soit éduqué à tout moment, en tout lieu et au sein de toutes les sociétés ou communautés. Si on rate l’éducation, les femmes vont toujours être victimes de violences de toutes provenances confondues. Il n’y a que l’éducation qui puisse combattre ce fléau. En même temps, il faut initier des séances de sensibilisation, les insérer dans les programmes scolaires, les activités culturelles et faire des sketchs pour expliquer que les femmes ne méritent pas d’être violées et violentées. Ce sont des êtres humains comme les hommes. Donc, le tout, c’est pour vous dire qu’il y a toute une panoplies à faire pour que les femmes soient respectées dans leur vie et à tous les niveaux. Il faut implémenter de toutes les manières possibles la culture du respect des droits des femmes.

Justement, qu’est-ce qui vous a de plus marqué cette année en ce qui concerne la situation des femmes dans notre pays ?

Me Halimatou Camara : ce qui m’a le plus marquée et de façon négativement cette année, c’est qu’il y a eu une femme enceinte qui a été poignardée et violée chez elle en plein mois de Ramadan, l’un des auteurs de ces actes ignominieux a été mis aux arrêts. En plus de cela, c’est l’affaire M’Mah Sylla, qui a été opérée et qui a perdu la vie alors qu’elle avait 3 enfants. C’est extrêmement grave pour notre pays. Il faut que ça cesse dans notre pays, les violences faites aux femmes. A ce niveau, si on était dans un Etat normal, tout le monde allait se lever comme un seul homme pour lutter contre les cliniques clandestines qui sont devenues tout sauf où sauver la vie. Après le drame qui s’est produit avec dame M’Mah Sylla, 20% du budget national devrait être alloués à la santé, 20% à l’éducation parce qu’aujourd’hui, c’est l’incurie, c’est l’ignorance qui a pris le dessus dans notre pays et il faut qu’on renverse cette tendance.

Entretien réalisé par Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

Tél: 622919225

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