Toumany Sangaré, Directeur Général de la Douane

Le Directeur Général de la Douane, le général Toumany Sangaré, a trimballé en justice deux journalistes guinéens. Le directeur de publication du bimensuel Le Tremplin et son rédacteur en chef sont poursuivis pour diffamation au Tribunal de Première Instance de Kaloum. Le procès a connu sa dernière ligne droite ce mercredi 16 mai 2018, avec les plaidoiries des avocats des deux camps et les réquisitions du ministère public, a constaté sur place Guineematin.com, à travers un de ses reporters.

Le journaliste, Toumany Camara, et le directeur de publication du journal Le Tremplin, Bakary Guilavogui, sont accusés de diffamation. Dans un article paru en février 2018, nos confrères ont fait état de ce qu’ils appellent « dysfonctionnements» dans la gestion du parc conteneurs. Un article qui n’a pas été du goût de la direction générale de la Douane qui a porté plainte.

Pour la journée de ce mercredi, on en était aux plaidoiries aux réquisitions dans cette affaire.

L’avocat de la partie civile, qui défend les intérêts des plaignants, a été le premier à prendre la parole. Maître Thierno Ousmane Tall a commencé par rappeler les faits. « Dans l’article incriminé, il est écrit que de nombreux douaniers accusent le lieutenant colonel Fadassin Kéita, administrateur du parc conteneurs, d’abus d’autorité, d’être insolent et irrespectueux. Il est également écrit que le colonel a un groupe de douaniers qui l’accompagnent dans ses magouilles tous les jours. Plus loin, il est écrit que si le colonel se comporte ainsi, c’est parce qu’il est ami et camarade de promotion du général Toumany Sangaré », a expliqué maître Tall.

Pour lui, cet article porte atteinte à l’honneur et à la dignité des deux personnes mises en cause. « C’est une allégation grave, un montage qui présente le général Toumany Sangaré comme celui qui protégerait le colonel Fadasssin Kéita. Le rédacteur en chef, auteur de l’article, n’en a pas nié la paternité. Mais, il n’a jamais apporté la preuve de ses déclarations tout au long du procès. Pire, il n’a jamais coopérer à la barre, se contentant de lire des articles tirés de la Loi sur la liberté de la presse. Nous avons été traînés dans la boue par des allégations fausses, inexactes. Il n’a jamais apporté la preuve des accusations portées contre les deux personnalités. Nous ne demandons que le franc symbolique. Mais, que la sanction qui sera prise soit sévère », a plaidé maître Tall.

Ensuite, c’est le procureur qui a pris la parole pour ses réquisitions. Pour monsieur Fallou Doumbouya, il y a dans l’article incriminé, des allégations constitutives de diffamation et d’atteinte à l’honneur des plaignants. Pour étayer son argumentaire, le procureur est revenu sur certains propos tenus dans l’article. Pour Fallou Doumbouya, le journaliste « a imputé au colonel Fadassin des faits qui sont mensongers, il les accuse de choses qui ne sont pas vraies. Les délits de diffamation, d’atteinte à l’honneur des deux personnalités sont bien réels. Qu’il vous plaise de les retenir dans les liens de la culpabilité. Pour la répression, vous les condamnerez au payement de 5 millions de francs guinéens chacun et la publication de la décision de justice dans les journaux Le Tremplin, Le Lynx, La Lance, l’Observateur et le Démocrate », a-t-il requis.

L’avocat de la défense va carrément prendre le contre-pied de ses prédécesseurs. Pour maître Ousmane Mansaré, les informations relayées par le bimensuel Le Tremplin proviennent d’une source basée à la douane. « Une source basée à la douane a appelé le journaliste pour l’informer des dysfonctionnements dans le parc containeurs. Quand il a eu ces informations, il est allé les vérifier, pour les recouper avant de les publier. Il a essayé d’entrer en contact avec le DG de la douane et avec le colonel Fadassin Kéita. Il a trouvé porte close. Pour ne pas enfreindre à la liberté d’expression de sa source, il a publié les informations. Mieux, le journaliste est reparti vers les deux personnes pour leur droit de réponse. On ne lui a pas permis de les rencontrer. L’objectif de l’article visait à alerter le général Toumany Sangaré sur certaines irrégularités constatées dans ce service public pour qu’il y mette fin », a dit l’avocat.

En outre, maître Ousmane Mansaré a laissé entendre que « les faits de diffamation ne sont pas imputables au journaliste car rapportés par une source basée à la douane. En ce qui concerne le Directeur de Publication, accusé de complicité, il est n’était même pas à Conakry quand le journal est sorti. Or, la responsabilité pénale est individuelle et personnelle. Je vous demande de renvoyer mes deux clients des fins de la poursuite pour délit non constitué », a-t-il plaidé.

Le juge Saïkou Barry a renvoyé le dossier au 30 mai 2018 pour décision être rendue.

Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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