Blaise Compaoré, YamoussokroBeaucoup parmi les Burkinabè et d’autres citoyens du monde ont considéré le départ du pouvoir de Blaise Compaoré comme une « bonne nouvelle ». Pour ces partisans des alternances dans les démocraties africaines, le Burkina, demeuré trop longtemps sous la coupe d’un homme avec lequel il avait fini par se confondre, était enfin libre et libéré.

Pour les « amis démocrates » de ce pays du Sahel parmi les plus pauvres du monde, le temps était venu d’ouvrir une page d’espérances plus fortes encore avec plus de prospérité et un grand bond démocratique. Malheureusement, l’histoire, semble leur donner tort, pour l’instant.

Et si Blaise Compaoré avait été le « totem » qui, pendant toutes ces années, avait évité le pire au Burkina, apparu subitement si vulnérable sans lui ? Aujourd’hui, malgré la fierté d’une révolution aussi brusque qu’inattendue et toutes les promesses de l’alternance forcée, les Burkinabè, et avec eux les Africains, se rendent comptent que la chute de Compaoré comporte des défis majeurs pour leur sécurité nationale et l’avenir de leur État fragilisé, pour le destin singulier de leur pays confronté à des périls certains.

Le pays semblait intouchable sous Blaise

Maintenant que le pays, qui semblait « intouchable » sous Blaise, est aussi frappé par la nébuleuse terroriste, les Burkinabè peuvent se demander : l’Afrique a-t-elle plus besoin de pluralisme politique et d’alternance démocratique que de sécurité et de stabilité (s’il y a, bien sûr, un choix à faire) ?

L’on se doutait, du reste, que le changement, surtout après un long règne marqué par la force et l’autorité du leadership personnel d’un homme, apporte sa part de mélancolie. Au Burkina, il y a un relent de tragédie. Le pays est partagé entre l’espoir de lendemains meilleurs après avoir forcé Blaise à quitter le pouvoir et l’angoisse désormais de ne pas savoir de quoi demain sera fait, tant la relève paraît compliquée et de plus en plus incertaine. L’ancien président semble avoir, en effet, laissé derrière lui un énorme vide et « manquer » de plus en plus à un pays qui, pendant sa présidence, a été épargné par l’insécurité qui le menace ouvertement aujourd’hui.

Les Burkinabè ont vécu tout ce temps dans la paix et la sécurité sans trop savoir comment et sans se douter à qui ils le devaient Blaise Compaoré s’était entouré d’amis et d’alliés utiles ainsi que de partenaires stratégiques qui l’ont aidé à défendre et protéger son pays et son voisinage. Les Burkinabè ont vécu tout ce temps dans la paix et la sécurité sans trop savoir comment et sans se douter à qui ils le devaient. Ils réalisent qu’ils sont maintenant aussi exposés que les autres.

Les attaques terroristes qui interviennent quelques jours à peine après le retour à l’ordre constitutionnel à la faveur d’une transition pendant laquelle le Burkina a reculé dans tous les domaines, rappellent que si le pays a organisé des élections, il lui reste à conquérir la démocratie, à réhabiliter ses services spéciaux, à rétablir l’autorité de l’État, à remettre l’économie en marche, bref tout reste à faire et vite.

Personne ne reprochera aux Burkinabè comme à d’autres peuples du monde d’avoir voulu et obtenu le changement de régime, au forceps, mais il est à regretter, comme souvent, que les actes qui ont suivi aient pour conséquence le démantèlement d’un système n’ayant pas eu que des faiblesses, notamment en matière de sécurité publique et de sûreté de l’État.

Sous le prétexte du changement total et de la rupture radicale, après Blaise Compaoré, on s’est attaqué aux institutions existantes, aux acquis démocratiques avec des restrictions et des violations des droits et des libertés des citoyens. Plus grave encore, les services de sécurité, de défense ont été désorganisés en raison de la peur que l’ancien président continue à tirer les ficelles. S’attaquer à tous les symboles, piliers et hommes forts du président déchu a été la priorité des priorités, comme pour exorciser un passé encombrant. Pour qui ?

Les nouveaux maîtres du Burkina, emportés par l’euphorie d’une révolution spontanée et engagés dans un populisme imprudent ont voulu tout recommencer
Les nouveaux maîtres du Burkina, emportés par l’euphorie d’une révolution spontanée et engagés dans un populisme imprudent ont voulu tout recommencer, changer tout le monde, sans l’effort de discernement et de lucidité qui aurait permis au pays d’éviter les erreurs tragiques dont il commence à payer le lourd tribut sur le plan économique, politique, social et surtout sécuritaire. Et pourtant, Roch Marc Christian Kaboré, Salifou Diallo, Simon Compaoré pour ne citer que ceux-là, pour avoir été des années durant au cœur de l’État burkinabè en tant qu’acteurs clés d’un régime dont ils sont aussi dépositaires, savaient à quoi s’en tenir.

La dissolution du régiment de sécurité présidentielle (RSP), le climat délétère de chasse aux sorcières à l’origine de la tentative manquée de coup d’État du général Gilbert Diendere, qui a été le prétexte pour neutraliser celui-ci, resté trop longtemps « l’ange gardien » du régime Compaoré mais aussi du Burkina, révèlent l’irresponsabilité parfois des dirigeants africains.

L’ancien en Afrique est sacré et demeure un pont éternel entre le passé, le présent et l’avenir. Si le Burkina le savait, il s’y prendrait autrement.

Ces derniers, au nom du peuple, donc d’une certaine démagogie politique, font des choix et prennent des décisions inconséquentes et périlleuses. Lorsque le « verrou Blaise » a sauté, plutôt que de s’atteler à combler le vide pressenti par tous, l’on a engagé une féroce bataille pour sa succession. Une occasion rêvée pour ses anciens collaborateurs convertis en révolutionnaires et ses adversaires de toujours portés à la vengeance de se « coaliser » pour solder leurs comptes avec un régime, même déchu, considéré comme menaçant, pour aussi se « venger » d’un homme jugé responsable de tous leurs malheurs.

Tous auront à méditer sur le sens du changement prôné par Dan Millman : « Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour créer du nouveau, et non pas pour se battre contre l’ancien. » L’ancien en Afrique est sacré et demeure un pont éternel entre le passé, le présent et l’avenir. Si le Burkina le savait, il s’y prendrait autrement, si Blaise pouvait y changer quelque chose, il ne laisserait pas son pays se disloquer et ses compatriotes démunis face à l’horreur terroriste et la folie jihadiste. Le Burkina a le choix de continuer à se « battre contre l’ancien » ou à « créer le nouveau ». C’est toute la question de l’après-Compaoré et de ce que voudrait Kaboré, fraîchement élu président du Faso.

JeuneAfrique.com

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