Dr. Ciré Camara du service gynéco-obstétrique du Centre Médical Communal (CMC) de Ratoma

Dr. Ciré Camara du service gynéco-obstétrique du Centre Médical Communal (CMC) de Ratoma

L’excision divise l’opinion en Guinée. Des membres d’ONG, qui bénéficient des financements extérieurs, font souvent des campagnes pour demander que les filles ne soient pas excisées, tandis que dans la réalité, la pratique continue sans aucun changement ou presque. Avec l’implication de l’Etat pour l’interdire, sans essayer de comprendre si le message passe ou pas, la pratique de l’excision ne baisse pas, mais se fait de façon officieuse. Ce qui est un danger, selon certains observateurs qui auraient souhaité qu’elle soit plutôt confiée à des médecins professionnels et capables d’allier cette coutume religieuse à cette « opération sanitaire ».

Pour mieux expliquer la pratique, Guineematin.com a dépêché un de ses reporters vers Dr. Ciré Camara, la responsable du service gynéco-obstétrique du Centre Médical Communal (CMC) de Ratoma.

« Tout le monde sait que le clitoris est un organe très sensible. Donc, quand on fait l’ablation de cet organe,  non seulement il y a des complications immédiates qui peuvent arriver, mais aussi des complications tardives. Les complications immédiates sont l’hémorragie, parce que le clitoris est très vascularisé. L’artère clitoridienne qui est là peut beaucoup saigner. C’est ce qui fait que souvent on arrive à perdre les petites filles quand c’est dans les mains des personnes qui ne s’y connaissent pas, qui ne sont pas expertes », a expliqué Dr Ciré Camara.

Selon Dr. Ciré, les variantes de l’excision diffèrent par l’étendue de l’ablation et les pratiques annexes. « On a ensuite des complications infectieuses. Lorsque ça se passe dans des conditions où il n’y a pas de prévention des infections, cette petite fille peut avoir une infection qui peut s’aggraver jusqu’à devenir fatale pour elle, comme le VIH et l’hépatite B. Et aussi, il y a des complications tardives. Les lèvres peuvent s’accoler. Quand ça s’accole, elle aura des problèmes chez son mari. Ça peut être une déchirure où parfois on fait recours aux services de santé. Il y a une méthode qu’on utilise chez les filles qu’on appelle l’infibulation qui consiste à couper et le clitoris et les petites lèvres et on les accole », a précisé Dr Ciré Camara.

Dr. Ciré Camara du service gynéco-obstétrique du Centre Médical Communal (CMC) de Ratoma

En outre, la responsable du service gynéco-obstétrique du Centre Médical Communal (CMC) de Ratoma dira que la pratique de l’infibulation est beaucoup plus courante dans des contrées, telle que la Moyenne Guinée, pour empêcher les petites filles d’entretenir des relations sexuelles avant le mariage.  Pour Dr Ciré Camara, d’autres complications peuvent subvenir au moment de l’accouchement.

A la question de savoir si la pratique a des avantages, Dr Camara répond : « on ne peut pas dire que l’excision n’a pas sa valeur. Mais, la valeur primordiale avant était l’éducation de la petite fille. Parce que le temps qu’elle faisait dans la maison d’excision, elle apprenait beaucoup de choses. Elle apprenait comment se comporter dans son foyer, comment respecter les personnes adultes. En tout cas, elle apprenait un mode de vie normal et correct. Nos cultures, nos mœurs, la petite fille apprenait tout cela », a-t-elle souligné.

En tant que mère, Dr. Ciré Camara encourage les parents à garder leurs filles telles qu’elles sont et souhaite par ailleurs qu’on donne une éducation sexuelle aux petites filles, que ce soit dans les écoles, dans les ateliers ou à la maison. Qu’on leur montre comment se comporter dans la vie.

Dr. Ciré Camara aurait souhaité que cette pratique cesse. Mais, comme la pratique persiste, elle recommande que l’excision soit réorientée vers les structures sanitaires afin d’éviter les effets nocifs sur la femme.  « Si on demandait mon avis, personnellement, ça n’engage que moi, j’aurais demandé que ces petites filles dont les familles exigent l’excision, soient dirigées vers les structures sanitaires. Parce que, là, peut être qu’on ne va pas ablater l’organe complètement. Mais, on va faire de telle sorte que la fille ne soit pas amputée complètement, bien qu’on va enlever une petite partie pour que cette fille ne soit pas stigmatisée par la communauté », a préconisé la dame.

Entretien réalisé par Mouctar Barry pour Guineematin.com

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