Avec une superficie de 2 826 km2 pour 150 012 habitants, dont 75 612 femmes, Doko est l’une des douze sous-préfectures de Siguiri. L’activité principale des citoyens est l’orpaillage. A côté, certains cumulent avec des activités agricoles, d’élevage et du commerce. Des milliers de guinéens et des étrangers, venus des pays d’Afrique de l’Ouest, y travaillent dans l’espoir de trouver de l’or pour une vie meilleure, a constaté l’envoyé spécial de Guineematin.com à Siuiri.

La sous-préfecture de Doko est la toute dernière localité guinéenne à traverser avant d’entrer dans le territoire malien, à travers le poste frontalier de Kourémalé. Elle est située à 45 kilomètres au Nord-Est de Siguiri. Dès la rentrée de cette petite ville, la première impression qui frappe est l’aspect désertique qu’elle présente. A partir de 8 heures, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, tous rallient les nombreuses mines d’orpaillages ouvertes à l’exploitation. Et, ce n’est qu’à 19 heures que ce beau monde revient au centre de la commune rurale.

A l’intérieur de ses mines, nous avons trouvé des guinéens venus des quatre coins du pays et des étrangers, en majorité venus du Mali et du Burkina Faso. Alexis Tolno, la cinquantaine, a tout laissé à Conakry pour chercher de l’or dans cette partie de la Guinée. « Il y a deux ans que j’ai quitté Conakry pour Doko à la recherche de l’or. Ici, je ne me plains pas assez. Mes enfants étaient même venus cette année pour les vacances, ils viennent juste de rentrer », a t-il dit à notre reporter.

Pour ce monsieur originaire de Guéckédou, ce déplacement n’est pas fortuit. Selon lui, la pratique de l’orpaillage lui permet de faire vivre dignement sa famille qu’il entend rejoindre très bientôt à Conakry.

« Au lieu de rester à Conakry à ne rien faire ou à faire du banditisme, je demande à nos frères de venir chercher leur pain ici. On ne gagne pas tous les jours et des fois nous pouvons gagner jusqu’à neuf grammes. Ici, le gramme d’or se négocie entre 315 000 à 320 000 GNF, selon la quantité dont tu disposes. Maintenant que j’ai passé deux ans ici, je m’apprête à rentrer rejoindre ma famille à Conakry », précise Alexis Tolno.

Pour le malien, Madou Coulibaly, la moisson n’a pas été bonne contrairement à l’année passée. Il n’abdique pas pour autant, engagé à ne pas rentrer dans son pays d’origine les mains vides. « Depuis deux ans je suis à Doko. Avant, on gagnait, mais cette année, on ne gagne pas suffisamment. Je suis venu en Guinée parce qu’il y a beaucoup plus d’or ici que chez nous au Mali. Je ne peux pas retourner tant que je n’ai pas l’argent », soutient-il.

Pour avoir une portion de terre à exploiter, les orpailleurs de Doko font face à plusieurs exigences. C’est le cas par exemple de la mine de Bayarani où le versement de la somme de 50.000 Francs Guinéens est obligatoire pour tous les non natifs. En plus de cela, toutes les machines utilisées dans la mine sont taxées. A la fin de chaque mois, les propriétaires des machines de prospection d’or s’acquittent de la somme de 500.000 GNF. Ceux qui possèdent des motos tricycles payent la somme de 15 000 ou 20 000 GNF par voyage. Un véritable business pour les propriétaires terriens.

Tout comme à Fatoya, c’est les tombolomas et les chasseurs traditionnels, appelés « Donzo », qui gèrent les mines, les uns assurant la surveillance la journée et les autres la nuit. Ils le font sans ménagement, se substituant parfois aux autorités locales.

Interrogé sur la question, le sous-préfet de Doko affirme qu’à sa nomination en 2015 les Tombolomas et Donzos étaient considérés comme des demi-dieux dans les mines, mais après deux ans de gestion, chacun joue son rôle. Comme pour toute exploitation minière, l’environnement est la principale victime. La nature y a perdu de sa beauté.

Après l’ouverture et l’exploitation des mines d’orpaillages, aucune mesure n’est mise en place pour la restauration du couvert végétal. A ce jour, tous les lits des cours d’eau de Siguiri sont remplis de boue. Le sous-préfet de Doko, Namory Doumbouya, en est conscient et dénonce vigoureusement cet ta de fait. « Nous avons plus de trente mines ouvertes, certaines sont déjà abandonnées après exploitation et d’autres sont en exploitation. Vous l’avez constaté vous même que l’environnement a été sauvagement impacté par l’exploitation de l’or. J’ai pris, à mon arrivée, les choses en main pour remédier à la limite de mes moyens à ce problème. J’ai reboisé quatre hectares à Soumbarakoni et derrière le siège de la sous préfecture », a expliqué monsieur Doumbouya.

Outre les menaces sur l’environnement, le flux impressionnant de citoyens guinéens et étrangers ouvre la voix à d’autres pratiques illégales. Les plus fréquentes sont entre-autres la consommation de la drogue et la pratique de la prostitution à grande échelle.

Sur cette question de la consommation de la drogue, monsieur Namory Doumbouya déclare que la proximité de sa localité avec d’autres pays et la rentrée massive d’orpailleurs venus d’ailleurs ont favorisé ces pratiques. « Vous savez que Doko est une zone frontalière, donc qui donne un accès plus ou moins facile à certains trafics. A cela s’ajoute la rentrée massive des citoyens d’autres pays, venus à la recherche de l’or. Mais, avec la police et la gendarmerie, on a réussi à maîtriser la vente et la consommation de la drogue. Même si c’est difficile d’avoir la main mise sur toutes les mine », a t-il fait savoir.

En ce qui concerne la prostitution, le sous-préfet dit que plusieurs filles ne sont pas venues sur les lieux pour faire de la prostitution. Selon lui, c’est après une perte brusque d’espoir, que ces filles s’adonnent à certains actes malsains. Une Chose que Namory Doumbouya déplore énormément et promet d’y remédier.

De Doko (Siguiri), Mouctar Barry pour Guineematin.com

Tél. : 621 607 907

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