La sculpture devient de plus en plus négligée en Guinée. L’absence d’une structure syndicale, l’inexistence d’un village artisanal, le manque de soutien de l’Etat sont les principaux problèmes qui minent le secteur. Rencontrés hier, mercredi 11 avril 2018, certains sculpteurs exerçant à Conakry sont aujourd’hui préoccupés par cette situation, a constaté Guineematin.com, à travers un de ses reporters.

Sidiki Touré, dont l’atelier se trouve au quartier Kipé, dans la commune de Ratoma, exerce ce métier depuis 1975. Il a été formé à l’Institut des Arts de Bamako, la capitale malienne.

Pour lui, la sculpture est un métier noble mais qui n’a pas de considération en Guinée. « La sculpture est un grand métier que beaucoup d’enfants auraient appris aujourd’hui. Mais, le problème est que le métier ne représente rien pour l’Etat guinéen et les guinéens eux-mêmes. Moi, je me suis battu depuis 1993 avec l’Association Française du Développement et du Progrès (AFDP) pour la mise en place d’un village artisanal où tous les artisans vont se retrouver. Mais, l’Etat ne nous a toujours pas aidés dans ce sens. J’ai choisi beaucoup de lieux, notamment à la cité chemin de fer ou à Belvédère. Ils n’ont pas accepté. J’ai tout fait, mais je n’ai pas eu gain de cause ».

Par ailleurs, Sidiki Touré ne cache pas son indignation et propose une série de mesures pour inverser cette tendance. « Il y a des talents dans ce métier, des lettrés et des non-lettrés, tous intelligents. Partout où vous allez, au palais du peuple, au niveau des hôtels et autres, vous trouverez des travaux faits par les sculpteurs. Mais, les sculpteurs ne représentent rien pour l’Etat. Je ne sais pas si c’est une malédiction pour eux ou quoi. Pour résoudre ce problème, il faut que l’Etat accepte de mettre en place un village artisanal, chose qui va permettre à tous les artisans de s’organiser, qui va faciliter les métiers de l’artisanat en Guinée. Moi par exemple, vous voyez ici, j’ai sculpté une canne ici pour le président de la République. Cette canne a à sa tête le coq, qui représente le symbole du RPG ensuite, l’image représentative des ethnies de la Guinée: les Peulh, les Malinké, les Soussou, les Kissi », a fait savoir l’artisan.

Pour ce qui est du bois, principal matériau de son travail, monsieur Touré dit que « le bois coûte cher à Conakry. Je viens de Kankan comme ça, où j’achète toujours le bois. Là-bas, il y a l’ébène qui vient de Bamako, il y a le Mélina (bois blanc), le bois rouge. Le bois qu’on achète à dix mille ou quinze mille francs guinéens à Kankan, je l’achète à soixante mille, soixante-dix mille francs à Conakry. Après avoir sculpté, je revends les articles à cent mille, deux cent mille, jusqu’à cinq cent mille, un million de francs guinéens ».

Au quartier Camayenne, dans la commune de Dixinn, de nombreux sculpteurs alignés le long de la corniche nord. Ibrahima Diané sculpte et vend beaucoup d’articles comme les statuettes, la carte de la Guinée et de l’Afrique, les femmes africaines, les lions, les gazelles, les éléphants et autres.

Toute fois, monsieur Diané parvient à s’en sortir avec son métier. Selon lui, ce travail lui permet de payer les frais de scolarité de ses quatre enfants dans les écoles privées, de faire face au loyer et autres taxes. Il sollicite la mise en place d’un centre artisanal pour l’exposition de leurs produits.

Mamadou Lamine Kaba, également rencontré au quartier Camayenne, exerce ce métier depuis 30 ans. Il dit avoir constaté « que les gens ne s’intéressent pas à la sculpture en Guinée. Alors que, quand les étrangers viennent ici, ils n’ont pas besoin de vêtements, ils ont besoin de l’art. Mais tout ça, c’est le gouvernement qui est responsable. Il ne veut pas aider les sculpteurs ».

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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