Au moins sept tonnes d’engrais ont été saisis récemment par les services de la douane guinéenne basés à Kandik, un poste frontalier avec la Guinée Bissau, situé dans la sous-préfecture de Sarébhoïdho, relevant de la préfecture de Koundara, a appris Guineematin.com, à travers un de ses journalistes.

Si la saisine de cette marchandise prohibée ne fait plus aucun doute, le propriétaire, les personnes impliquées dans le trafic et l’ensemble des complices de cette opération qui fait grand bruit dans le Badiar, restent un mystère à élucider.

Dans la foulée, Guineematin.com a contacté au téléphone le directeur préfectoral de la douane, Commandant Bandiou KEITA. Il affirme que ce sont 7 tonnes d’engrais qui ont été saisies sur deux camions, la semaine dernière. Le premier camion contenait 6 t et second 1 t.

Il ajoute qu’«après vérification, il a été constaté que ces engrais provenaient de la Guinée et du Sénégal ». Selon ce commandant de la douane guinéenne, le propriétaire de la marchandise est non identifié. « A notre niveau, nous appelons cela un inconnu fugitif. Le convoyeur est en liberté et les engrais sont à la douane », a expliqué à notre rédaction le directeur préfectoral de la douane de Koundara.

Le directeur du projet coton à Koundara, Magnina Sané, interrogé par Guineematin.com, dégage toute sa responsabilité. « Moi, je n’ai pas eu vent de cela. Sauf que j’ai appris qu’une mission du gouvernorat de Boké a séjourné ici et que les engrais en question sont utilisés pour les cultures d’arachide ».

Non sans préciser que les engrais utilisés par son projet servent plutôt à la culture du coton et quelques fois aux produits vivriers. « Nos engrais sont spécifiques et servent à la culture du coton». A la question de savoir si le même type d’engrais est utilisé par la Guinée, le Sénégal et la Guinée Bissau, M. Sané soutient que « le Sénégal a son type d’engrais et la Guinée Bissau ne cultive pas du coton depuis 7 à 8 ans maintenant ».

Le directeur préfectoral de l’agriculture de Koundara, Hady Diallo, également joint au téléphone par Guineematin.com dit ne rien savoir de cet engrais saisi à Kandik. « Non, je ne suis pas au courant de cette saisine d’engrais ».

Apparemment réservé face aux questions de notre journaliste, il finit par répondre que sa préfecture reçoit chaque année plus de 1000 t d’engrais destinés aux paysans. « Ces engrais sont de différentes natures, et la répartition n’est pas faite encore. Nous attendons le début des pluies, qui commencent habituellement au mois de juin ». A la question de savoir qui fait la distribution, Monsieur Diallo répond que ce service «  est assuré par la direction préfectorale de l’agriculture et la chambre d’agriculture de Koundara ».

Le préfet de Koundara, Hassane Sanoussy Camara, qui a finalement décroché nos appels révèle que beaucoup de journalistes l’ont interrogé par rapport à cette saisie d’engrais à Koundara. « Je ne comprends pas pourquoi. Si les gens veulent s’informer, c’est simple. Qu’ils viennent constater eux-mêmes sur le terrain… ».

Il finit par répondre à nos questions. « Ces engrais saisis par la douane au poste de Kandik ont été payés au marché hebdomadaire de Sarabhoidho. Et puis c’est de plusieurs qualités d’engrais qu’il s’agit, il y a du mp10, 12, … mélangé avec l’engrais sénégalais et destiné pour les arachides. Cela fait près d’un mois maintenant. Ce n’est pas récent », a dit le préfet.

Il explique que sur ses instructions, le camion, son chauffeur et le convoyeur ont été envoyés à la douane de Koundara. « Il se trouve après contrôle que 87 % des engrais saisis viennent du Sénégal et seulement 13% de la Guinée ». Avant de lancer ensuite « je voudrais qu’on arrête de chanter sur cela. Il faut être sur le terrain… »

A la question de savoir quel est le sort réservé aux incriminés à savoir: l’acheteur, le convoyeur et le chauffeur et même le camion, le préfet soutient qu’ils « sont immobilisés à la douane ». Une version qui contredit celle du directeur de la douane, le Commandant Kéïta qui avait soutenu plutôt que c’est seul le camion qui est immobilisé dans les locaux de la douane. Et faute de mettre main sur le convoyeur et l’acheteur il a été retenu le terme d’inconnu fugitif qui aurait vendu la marchandise à Sarébhoïdho.

Le préfet affirme de son côté, que les enquêtes continuent et le convoyeur est en garde-à-vue. Cependant, le propriétaire qui est Bissau Guinéen et agriculteur de son état n’a pas été arrêté. Le chauffeur est en liberté mais le camion est immobilisé à la douane, selon le préfet.

Il rassure toutefois que « rien n’a manqué des quantités d’engrais destinés aux paysans de Koundara. Une mission du gouvernorat de Boké est venue faire le constat. Nos magasins sont pleins. Nous avons 70 mille tonnes d’engrais pour le riz, 40 mille tonnes pour les arachides et 50 mille tonnes pour la culture d’anacarde. On attendant le mois de juin pour commencer la vente. Nous attendons le début de la saison hivernale pour procéder à la distribution », a expliqué le préfet de Koundara.

Le président de la chambre d’agriculture, Elhadj Chérif Camara, joint par la rédaction, a promis de rappeler dès que possible, étant indisponible au moment de nous décrocher.

Selon des citoyens de cette préfecture à grande potentialité agricole, le sac de 50 kg d’engrais vendu à 135 000 Fg, arrive difficilement aux pauvres paysans. Souvent et malgré les efforts du gouvernement, ces intrants se retrouvent sur le marché et dans les mains des plus offrants.

Et c’est à juste titre, que nombreux parmi eux font appel à la vigilance des décideurs et surtout à la fin de l’impunité dont jouissent ces cadres et commerçants véreux, prompts à s’enrichir sur le dos de l’Etat et au prix de mille sacrifices des pauvres paysans.

Ces derniers sont pourtant, théoriquement bénéficiaires de toutes les politiques et programmes agricoles développés jusque-là par le gouvernement et ses partenaires.

Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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