Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Comme tu as dû le suivre, cette semaine a été marquée par la convention de notre parti. Cette grande rencontre s’est déroulée dans le très mythique palais du peuple. Cet emblématique endroit a été une nouvelle fois le témoin d’une décision historique. Tu te souviendras que c’est dans ce même palais que les élus locaux s’étaient retrouvés pendant le régime de la junte militaire du CNDD pour prendre un engagement d’accompagner le capitaine Moussa Dadis Camara comme nous venons de le faire : encourager une candidature qui déchaîne les passions.

Mais, ce n’est pas l’objet de ma lettre. Je reviens donc à l’actualité. Tu as dû apprendre qu’au cours de cette rencontre, j’ai eu une prise de bec avec un de mes collègues. Lequel s’est comporté comme un gosse de 5 ans. Avoir le culot de saisir le grand patron pour une question aussi anodine, ce monsieur, que certains qualifient de plus opportuniste de notre pays, a étalé sur la place publique sa véritable personnalité.

Mes collègues ont condamné ce comportement. Ils m’ont apporté leur soutien. Même si je soupçonne certains d’entre eux de faire preuve de duplicité. Devant moi, ils condamnent l’autre. Devant lui, ils me font le même procès. Mais, ce comportement est aussi vieux que le monde. C’est pourquoi, il faut ignorer ces gens dépourvus de conviction et même de dignité. Il est superflu de te dire qu’il y a désormais plusieurs clans dans le gouvernement. Moi, je fais partie de celui des militants de la première heure. Tant dis que mon nouvel adversaire appartient à celui qui est composé de ceux de la 25ème heure.

S’agissant du soutien ou de l’hostilité de mes collègues, je ne me fais aucune illusion. Je sais que certains d’entre eux me détestent. La raison m’est bien connue. Comme tu le sais, la plupart de ces gens sont de deux catégories : il y a ceux qui nous opprimaient quand nous étions dans l’opposition et ceux qui ont occupé la place d’opposants que nous avons laissée avant de nous rejoindre.

Or, ce n’est un secret pour personne que, personnellement, je ne vois jamais d’un bon œil l’arrivée massive de ces hommes-caméléons dans notre camp. J’ai eu à le dire de vive voix à mon patron. Ce dernier partage mon point de vue ; mais, estime que c’est la fin qui justifie les moyens. Selon lui, nous ne devons pas les recevoir par amitié ou par reconnaissance mais par stratégie. Surtout pour affaiblir l’autre.

Impuissant devant la décision du patron, je parviens malgré tout à leur faire payer le prix de leur comportement passé. Tous ceux qui ont quitté l’autre camp pour rejoindre le nôtre ont eu leur baptême du feu avec moi. Sans aucune exception. Tous ont subi mon épreuve. Tu as dû remarquer avec les images diffusées dans les médias, tous les nouveaux convertis nouent au tour du cou le foulard symbole de notre grand parti. Ce pénible exercice pour eux est la condition sine quoi non que j’ai posée.

L’autre épreuve qu’ils jugent pénible est l’exigence qu’ils disent aujourd’hui tout le contraire de ce qu’ils disaient hier. Cette autre épreuve est aux convertis ce que le fameux aveu était à un nouveau bagnard au tristement célèbre camp de celui qui avait condamné mon patron par contumace. Ils se mettent nus devant l’opinion publique. Laquelle a du mal à les reconnaître. Etant donc un des artisans de ce qu’ils considèrent comme un chantage, je suis la bête noire de tous ces larbins.

Tu vas dire que ce français n’est pas le mien. Mais, laisses-moi t’avouer que je me suis fait assister par un des miens. Je fais cela pour éviter la risée de mes détracteurs dont seul Dieu sait combien ils sont nombreux. Et, à commencer par ce type qui a mis à nu sa vulgaire personnalité en appelant le patron pour une question aussi banale. Son comportement me rappelle mon enfance avec un de mes frères qui se plaignait pour un oui ou pour un non chez notre papa.

Décidément, tu diras que j’ai une haine viscérale contre ce type. Je dois avouer que, durant toute ma carrière, qui a connu des hauts et des bas, je n’ai jamais rencontré une personne qui m’a agacé comme ce monsieur. En réalité, lui et moi, c’est comme l’Orient et l’Occident. C’est le noir et le blanc. Lui, il écrit et parle trop. Il est plus théoricien que praticien. Pour moi, écrire est un exercice difficile, voire périlleux. Mais, je suis pragmatique. Lui, il ménage la chèvre et le chou. Il trouve un refuge sûr pour les voleurs et accompagne les enquêteurs. Comment peux-tu comprendre et expliquer qu’il soit en même temps ami à ces trois personnes : tout d’abord, le prédécesseur de mon patron, qui est contraint à l’exil depuis notre consécration. Ensuite, notre plus farouche opposant. Enfin, mon patron lui-même ?
Moi, je classe les gens en deux catégories : les amis et les ennemis. Quand je dis oui, c’est à vie. C’est pour cette raison que mon patron me fait une confiance aveugle. Il sait que tout le monde peut le trahir sauf moi. C’est grâce à cette qualité et cette sincérité que les agissements de mes ennemis ne sont rien d’autres qu’un coup d’épée dans l’immense et infini océan.

Ceci dit, il y a aussi ton soutien inestimable qui m’évite d’être là où les ennemis veulent me voir. Et, c’est pour cette raison que, une nouvelle fois, je te fais appel. Comme lors de la dernière épreuve, à laquelle j’étais sorti victorieux, je souhaite que tu actionnes tes réseaux occultes pour mettre hors d’état de nuire ceux qui veulent m’opposer à mon patron. Une nouvelle fois, j’enverrai la même personne et le même montant. Je souhaite qu’elle ramène la même chose que la dernière fois.

Pour terminer, je compte sur ton habituelle discrétion afin que le contenu de cette lettre reste uniquement et strictement entre nous deux.

Ton ami, le ministre Habib Yembering Diallo

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

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Guineematin