La Guinée et la Guinée-Bissau sont deux pays frontaliers. Leurs frontières s’étendent sur plusieurs centaines de kilomètres au Nord-Ouest. Les citoyens des deux côtés s’affairent à s’offrir une vie meilleure et occupent de plus en plus des domaines limitrophes, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Tenkéré, est une localité nouvellement créée par des cultivateurs et des éleveurs Guinéens. Les uns à la recherche de domaines pour la culture d’anacarde et les autres pour le pâturage de leurs animaux. Cette localité frontalière avec la Guinée-Bissau fait partie de Souffan, secteur de Kouttan de la commune urbaine de Saréboïdho, et est située à une vingtaine de kilomètres de ce chef lieu.

La localité, nouvellement conquise fait l’objet de convoitise vu l’étendue des terres cultivées et les nombreux pâturages pour les dizaines de troupeaux qui se succèdent.

Dans cette bourgade, s’illustre un certain Mody Korka Diallo, venu tout droit des montagnes de Télimélé pour s’établir sur ces vastes plaines pourtant arides en saison sèche. Mais nourrissantes et établies à perte de vue en saison des pluies.

Au micro de Guineematin.com parti à la rencontre de ces paysans, Mody Korka explique ses difficultés de maintenir ses troupeaux de bovins et d’ovins à Tenkéré qui n’est autre que sa création personnelle. « Ici, Tenkéré, c’est moi le fondateur. J’ai été le premier à mettre une pioche. J’ai décidé de m’éloigner des villages Badiaranké et de Sebbhé pour éviter que mes animaux ne dévastent leurs champs et me créent chaque fois des conflits inutiles avec mes voisins. Mais je suis confronté à un problème crucial, celui de trouver l’eau pour abreuvoir mes animaux et même pour la consommation domestique de ma famille ».

Pour y remédier il a décidé de réaliser une retenue d’eau pendant la bonne saison. « Dans cette localité, je ne suis pas seul. J’ai fait venir plein de gens désireux comme moi de développer l’élevage et l’agriculture. Mais en saison sèche, nous manquons d’eau. Tous les ruisseaux deviennent secs.

C’est pourquoi les 17 localités établies de part et d’autre de la frontière ont décidé sous mon initiative de faire un barrage. Mais hélas, il ne reste plus que deux personnes pour réaliser le travail. Je reste seul avec Alpha Oumar Diallo de la Guinée-Bissau à poursuivre les travaux ».

Pour lui, « chaque jour en saison sèche, je suis obligé de transporter 20 bidons de 20 litres d’eau pour abreuvoir mes animaux et mes abeilles que j’élève ». depuis 17 ans dit-il, « je fais ce travail ». A la longue, il veut avoir une zone exclusivement réservée à l’élevage et une autre destinée à l’agriculture. Des zones distinctes et bien protégées pour le bonheur de la communauté frontalière.

Mody Korka, dans sa ferme agropastorale, aidé de ses deux enfants et ses deux épouses, passe pour un des meilleurs exemples à suivre et à encourager. Il a des paires de bœufs pour la traction animale et des ânes pour le binage. En fin juillet, ses ambitions étaient loin de terminer les semences.

« Plus tu peux travailler, mieux c’est bon pour toi même et pour le pays, car c’est par le travail qu’on peut chasser la misère », dit-il à Guineematin.com, à travers son reporter qui a fait l’expérience de la traction animale.

En pleine brousse, Guineematin.com a découvert la jonction des trois ruisseaux qui abritant ce fameux barrage. Il s’agit du Ladéréwol, Soutta et Pacaï. Ils constituent la frontière entre la Guinée et la Guinée-Bissau.

De son côté, Alpha Oumar, propriétaire d’une grande ferme agricole, rencontré le 26 juillet 2017 rencontré à un kilomètre de la frontière, c’est le même son de cloche. Sa localité du nom de Soutta Baniel fait partie de Tendéouré à Pathis de la région de Bourountouma.

Dans sa ferme de deux ha, on y trouve du riz, du maïs, des arachides et du mil. Dans un coin, il a décidé de creuser un puits dont l’eau n’est pas forcement de qualité pour la consommation. Pour autant, c’est ce que « nous buvons, faute de meilleure solution », lance t-il à notre reporter.

A l’image de Mody Korka, à côté de ses champs agricoles, il fait le petit élevage de bœufs, de moutons, de chèvres et de poulets. S’il tarde à trouver de voisins du côté Bissau-guinéens, « c’est à cause du manque d’eau. J’utilise avec ma famille au moins 15 bidons d’eau chaque deux jours. Je me débrouille avec mon âne pour les transporter, mais ce n’est pas du tout facile ».

Sans se décourager, Alpha Oumar vit presqu’isolé dans cette brousse avec ses deux épouses et ses trois enfants. Chaque matin, ils n’ont qu’une seule activité. Celle de cultiver leurs champs et d’élever leurs animaux. Ils estiment pour peu que les autorités leur facilitent l’accès à l’eau « la localité sera peuplée et développée pour le grand bonheur de ses habitants ».

Il affirme, pour terminer notre entretien que « les relations entre les communautés guinéennes et bissau-guinéennes sont cordiales et empreintes de respect et d’amitié », ainsi soit-il.

En tout état de cause, le bon sens voudrait de la part des autorités des deux pays, non seulement de créer les meilleures conditions de vie à leurs populations mais également de chercher à matérialiser les frontières et d’anticiper d’éventuels conflits transfrontaliers entre les populations des deux pays.

Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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