Libre Opinion : J’avoue, quand j’ai vu le Président s’adresser aux étudiants, avec un ton aussi déplacé, des gestes aussi inconvenables, j’ai pris quelques heures de migraine. Une douleur sans pareille même à l’époque du capitaine Dadis. Pourtant, malgré le dévoiement, je ne voulais pas réagir, à cause du ramadan, je voulais observer un devoir de silence jusqu’à la fin du mois.

C’est parce que les comportements du Président et les agissements de certains de nos journalistes ont atteint les limites de la raison, de la compréhension et de l’acceptation que j’ai pris la décision de réagir. Réagir à mon corps défendant, pour dire non à ces comportements impulsifs et à cette diffamation qui portent atteinte à l’honneur et à la considération des Guinéens. Du calme, les Guinéens sont dignes de naissance. Du calme, les étudiants sont perfectibles.

La réaction incontrôlée, irraisonnée, subite et surtout violente du président de la République à l’égard des étudiants nous informe, à bien des égards, sur les limites de l’homme. Ces émotions d’enfant ne sont pas dignes d’un professeur de droit ou d’un Chef d’État. C’est une manifestation supplémentaire que le Président Alpha ne supporte pas la contradiction. C’est une preuve éloquente qu’il n’a pas d’expérience ni dans le domaine académique où il revendique une certaine appartenance, ni en matière politique où il semble exceller par ses dérisions. Sinon :

La meilleure attitude pour vous n’était pas celle d’avoir le cran d’accuser ou d’insulter les étudiants. Bien au contraire, la meilleure façon était de les écouter. Car les réclamations qu’ils ont faites ne font pas du tout l’objet de soupçons de légitimité. C’est la raison pour laquelle, vous aurez dû, au lieu d’agiter des arbres et des branches, faire preuve de bon sens et d’autorité en leur disant que vous allez prendre en charge leurs réclamations, notamment avec beaucoup d’attention. Vous aurez pu leur dire par exemple comme général de Gaulle en 1958 pendant la crise en algérienne : « Je vous ai compris ».

Ensuite, si les étudiants persistent toujours, dans ce cas, vous imposez votre signature comme François Mitterrand lorsqu’il avait été coincé par un journaliste à propos d’une ses promesses de campagne : « Les programmes sont faits pour remporter les élections, pas pour être appliqués à la lettre […] On gagne les élections et puis après on voit ». Ainsi, vous aurez pu gagner en saut d’obstacles sans insulter ni offenser personne. Un dépositaire du mandat du peuple doit avoir un cœur large, il doit savoir contenir sa colère. Car comme le fait remarquer Fatou Diome : « La mesure distingue les sages, l’excès ne dit pas l’autorité mais l’incapacité à l’exercer sereinement ».

En avant la Guinée, amour et paix pour tous les Guinéens. La lutte continue, la victoire est juste au bout du chemin.

Par Abdoulaye Sow,

Doctorant en droit international, européen et comparé à l’Université Jean Moulin Lyon 3

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