quatre_pendus_25janv1971Il y a 44 ans, quatre hautes personnalités de la République, parmi les plus grands intellectuels guinéens ont été pendus sur le pond du 8 novembre, surnommé depuis « le pont des pendus ». BALDET Ousmane, BARRY Ibrahima dit BARRY III, MAGASSOUBA Moriba et KEITA Kara de Soufiane ont été ainsi exécutés après une condamnation extrajudiciaire.

Chaque année, pour commémorer cette date, ainsi que la mort de plusieurs milliers d’autres sous le même régime, l’association des victimes du camp Boiro se réunissent chaque 25 janvier sur ce pont et visitent l’ancien lieu de détention, le camp Boiro.

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, le discours intégral du président de l’association des victimes du camp Boiro (AVCB) ce 25 janvier 2015.

Mesdames et Messieurs les membres du Corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

Nous voici, 44 ans après le jour de triste mémoire où plusieurs dizaines de guinéens émérites, compagnons de l’indépendance pour la plupart, furent pendus à travers tout le pays, suite des sentences sans procès contradictoire.

A Conakry, le lieu du supplice fut le pont du 8 novembre qui, ce jour là, était assailli par une foule hystérique et trompée par une propagande qui avait fait main basse sur les consciences par des montages et des mensonges échafaudés en aveux obtenus par la torture.

Tirés par force de leurs différents quartiers, des hommes, des femmes et des enfants s’amassaient hébétés autour des corps déjà décharnés en quelque semaine d’incarcération au camp Boiro.

Surmontant leur choc à la vue des pendus, les uns et les autres essayaient de mettre un nom sur les visages décharnés et mangés par une barbe hirsute et se surprenaient à reconnaître, de gauche à droite :

  • BALDET Ousmane,
  • BARRY Ibrahima dit BARRY III,
  • MAGASSOUBA Moriba,
  • KEITA Kara de Soufiane

Tous condamnés de façon extrajudiciaire.

Aujourd’hui, le souvenir  encore vivace de cette journée demeure l’un des fondements de notre détermination à réclamer la réhabilitation judiciaire des victimes de la répression aveugle, lorsque l’Etat lui-même n’a respecté ni les lois, ni les procédures ; lorsque la parodie de justice a servi à liquider dans le seul but de bâillonner les guinéens.

En ce jour de commémoration, nous pensons à l’ensemble de nos compatriotes qui ont péri dans le système carcéral érigé à travers le pays par Sékou TOURE.

Nous pensons aussi à toutes les victimes de la violence d’Etat nourrie par l’impunité et dont la récurrence est notre préoccupation légitime pour que plus jamais ça !

A ce titre, nous invitons toutes les associations de victimes à se rejoindre et à renforcer une plateforme unitaire pour fédérer nos revendications légitimes.

Parmi ces revendications, la déclassification de l’espace carcéral du Camp Boiro reste en bonne place dans notre agenda.

Nous y avons prévu un mémorial dont la pose de la première pierre était prévue pour aujourd’hui.

A la demande des autorités militaires nous y avons sursis, et cela montre que la gangue du passé est encore lourde, et que nous avons fait une énième concession en attendant d’en débattre au plus haut niveau et de connaître la volonté réelle de l’engagement pour un véritable processus de Vérité-Justice-Réconciliation.

Encore une fois, restons mobilisés pour faire en sorte que plus jamais la Guinée ne soit en proie à la terreur dont le Camp Boiro a été l’instrument au service du pouvoir absolu d’un homme qui a finalement laissé le pays exsangue et sans repères.

Je ne saurais terminer sans vous demander une minute de silence à la mémoire de tous ceux ou celles qui, victimes, conjointes et conjoints, enfants et parents de victimes nous ont quittés.

Je vous remercie.

Conakry, le 25 janvier 2015.

 

 

 

 

 

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