Marie Hélène Bangoura

Tout comme les musulmans, plusieurs fidèles chrétiens ont dû aussi changer leur régime alimentaire depuis quelques semaines à Conakry, et cela malgré eux. Ces derniers sont obligés de suivre quasiment le rythme des jeûneurs en ne mangeant que le matin et le soir, a appris un reporter de Guineematin.com qui a rencontré quelques-uns d’entre eux.

Depuis le début du mois de Ramadan, les habitudes ont complètement changé à Conakry. Cafés, restaurants et gargotes sont quasiment tous fermés pendant la journée, et n’ouvrent que le soir. Cette situation impacte fortement certains fidèles chrétiens qui sortent le matin pour aller au travail.

Face à l’impossibilité de trouver à manger, ces derniers sont obligés de ne manger que deux fois par jour, le matin et le soir. Ce que déplore Marie Hélène Bangoura : « Il est difficile pour nous les chrétiens de trouver à manger pendant le mois de Ramadan. Parce que si tu veux manger, tu peux sillonner les restaurants, les boutiques, mais difficile de gagner à manger. Si tu vas dans un restaurant pour manger on te dit qu’il n’y a pas à manger, dans les boutiques certains peuvent te dire que quand ils sont en jeûne ils ne peuvent pas revendre à manger. Là, on se pose la question parce qu’il n’est pas forcément dit que quand tu jeûnes, tu dois obliger ton prochain à jeûner. Et du moment que nous sommes dans un pays laïc, que les gens comprennent que ce ne sont pas seulement les musulmans qui sont dans ce pays, il y a aussi les chrétiens, donc qu’ils aient pitié de nous », a-t-elle dit.

Paulette Kourouma

Abondant dans le même sens, Paulette Kourouma énumère elle aussi les difficultés qu’elle rencontre sur le plan alimentaire pendant ce mois de Ramadan. « C’est un peu compliqué. Au début du mois de Ramadan, moi j’étais obligée d’acheter du pain le soir pour que le lendemain je puisse prendre le petit déjeuner avant de sortir. Et une fois que je prends mon petit déjeuner le matin, je suis obligée de rester jusqu’à 16 heures ou 18 heures pour pouvoir manger. Parce que c’est en ce moment que certaines vendeuses sortent avec de la nourriture », indique la jeune fille.

Cette dernière soutient qu’elle fait un jeûne forcé pendant le Ramadan : « On accompagne les musulmans dans le Ramadan, parce que là, on n’a pas le choix. On est obligé de les accompagner comme ça parce qu’il n’y a pas du tout à manger. On souffre carrément, on passe une bonne partie de la journée en jeûne, et je trouve que cela n’est pas normal. Le constat est que les vendeuses sont pour la plupart musulmanes. Si seulement les femmes chrétiennes pouvaient en faire autant, je ne crois pas qu’on serait dans cette situation », estime Paulette Kourouma.

Emmanuel Boèboè Béavogui

Et, c’est aussi l’avis d’Emmanuel Boèboè Béavogui. Il dit vivre une situation particulièrement compliquée pendant ce mois de Ramadan : « Parfois on est obligé de jeûner indépendamment de notre volonté. Parce que si tu n’as pas la chance de trouver à manger à la maison, dis-toi maintenant que c’est pour toute la journée. Pour moi particulièrement, parfois je sors très tôt le matin, et la famille ne prépare que vers 10 heures-11 heures. Donc je peux dire que je jeûne au même titre que les musulmans, je ne trouve pas du tout à manger comme avant ou après le Ramadan », a-t-il dit.

Siba Guilavogui pour Guineematin.com

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