Des citoyens de Gadha Satina, Popodara

D’un point de vue sociologique, la retraite peut être considérée comme un temps social, au cours duquel un individu, ayant atteint un âge bien déterminé, quitte définitivement son emploi. Nonobstant, il convient de rappeler que l’institution de la retraite est très récente dans les sociétés africaines en général et en en Guinée particulièrement, car pendant longtemps, la société plutôt traditionnelle n’avait pas établi un mode de travail limité, impliquant plus ou moins une retraite à un moment donné du parcours de la vie.

C’est seulement l’avènement des sociétés modernes notamment civilisées en lieu et place de celles dites traditionnelles couronnées par l’apparition des emplois rémunérés, conséquence de l’économie libérale qui va introduire un mode de travail limité, donnant lieu à une retraite.

La République de Guinée à l’image de tous les autres pays africains francophones a mis en place une politique de retraite, conçue sur le modèle français de sécurité sociale. C’est ainsi que la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (pour le secteur privé) et la Division pension et, tout récemment la caisse de prévalence sociale (pour le secteur public) dont la mission consiste à assurer le bien-être social et économique des retraités par le payement des pensions de retraite ont été mis en place.

En Guinée, le recouvrement des cotisations sociales auprès des services employeurs n’a jamais posé de problèmes mais, la mise en place d’un système administratif pour la liquidation des dossiers de retraite ainsi que le payement des pensions des retraités dans les délais légaux a soulevé quelques défauts.

C’est pourquoi, bon nombre de retraités rencontreraient des problèmes à différents niveaux qui s’expliqueraient essentiellement par la mauvaise gestion des régimes de retraite. A date, beaucoup de retraités assimilent la retraite à « une mort social » ou encore une fatalité, voire une sanction, car pour certains, constituer le dossier de retraite et pour d’autres, obtenir sa pension de retraite ressemble bien souvent à un véritable parcours de combattant. Et pourtant la retraite est un droit pour tous les travailleurs.

De plus, l’accroissement de l’effectif des retraités, est une donnée à surveiller car, elle pourrait constituer une source sûre de dysfonctionnement dans le traitement des dossiers de retraite et par voie de conséquence, elle occasionnerait des lenteurs et des retards dans le payement des pensions de retraite.

Malgré notre volonté de fournir des statistiques sur cette problématique, nos multiples relances auprès des autorités concernées sont restés sans réponses. Selon les discussions que nous avons eu avec un haut cadre du Ministère de la Fonction Publique, la moyenne de départ à la retraite à la fonction publique tourne autour de 2 000 individus par année. Du côté du secteur privé, nous n’avons pas pu obtenir des données fiables sur le nombre d’individus enregistrés par année auprès de la CNSS. Ce qui est à notre sens déplorable.

Cependant, le mode de financement de la retraite en République de Guinée à l’image de toutes les autres colonies françaises d’Afrique, repose sur la solidarité intergénérationnelle. Par ailleurs, il convient de noter un déséquilibre démographique entre cotisants (actifs) et retraités (inactifs) provoquant ainsi d’énormes déficits structurels. En un mot, les cotisations sociales ne permettent pas d’assurer les dépenses de pension. Cette situation serait en partie à la base des dysfonctionnements économiques dans le fonctionnement des institutions de retraite.

Face à cette situation, l’on se demande quels sont les déterminants/facteurs explicatifs de ces difficultés rencontrées par ces retraités ? Comment les institutions en charge de cette retraite gère-t-elles les dossiers de retraite ? Quels sont les problèmes rencontrés dans la mobilisation des ressources par ces régimes de retraite ?

Une fois encore, ces questions ne seront pas répondues. Cette analyse se fixe comme objectif d’éclairer la lanterne de l’opinion public et des autorités publiques sur les véritables enjeux des réformes à entreprendre dans ce secteur afin d’améliorer les conditions de vies des retraités.

Nous ne saurons terminer ce papier sans pour autant proposer des pistes de solution fiables à notre sens pour le bon fonctionnement des régimes de retraite en Guinée. Nous pensons que pour résoudre le problème, l’Etat guinéen doit :

i) rehausser l’âge légal moyen de départ à la retraite : une telle mesure devra entrainer l’accroissement du nombre d’actifs d’une part et de d’autres part la baisse systématique du nombre de retraités. D’autant que cette solution semble très discutable dans le contexte guinéen, elle est de loin, celle privilégiée de nos jours par la plupart des pays du monde et a été d’ailleurs mise en œuvre dans les réformes françaises de 1993 et 2003 avec des résultats hyper intéressant. Toutefois, il convient de souligner qu’elle se heurte cependant au faible taux d’emploi. Par conséquence, la mise en application devra faire l’objet d’études avant la prise de décision finale.

ii) augmenter les taux de cotisations des salariés afin d’avoir, une assiette plus large. Une telle mesure occasionnera certes l’accroissement des ressources, mais se elle se heurtera sans doute aux réticences des employeurs et des salariés. La conséquence directe d’une telle mesure sera la réduction de la progression du pouvoir d’achat des salariés. Ce qui entrainera la baisse de la consommation et la croissance économique.

iii) procéder à la baisse du niveau des retraités : cette décision se fera à notre avis par l’indexation des droits acquis et des pensions sur les prix et non plus sur les salaires nets, et par un calcul moins favorable du salaire servant de référence pour la retraite.

Mamadou Safayiou DIALLO

Économiste, Enseignant-Chercheur

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