Une Guinéenne percutée par un Libanais : « c’est parce qu’il m’a draguée et j’ai refusé »

Près d’une année après, le Tribunal de première instance de Mafanco tente d’élucider les faits. Il s’agit de savoir si Mouctar Ajimi, un Libanais résidant à Conakry, a percuté volontairement la moto sur laquelle se trouvait Mariame Bobo Baldé, une Guinéenne de 33 ans, le 22 février 2022, à Conakry. Après avoir entendu le prévenu, la juridiction a écouté les versions de la plaignante et des témoins ce lundi, 23 janvier 2023, a constaté un journaliste de Guineematin.com qui était sur place.

Après plusieurs renvois, en des absences du prévenu (qui a été remis en liberté après avoir payé une caution de 50 millions de francs), Mouctar Ajimi, Mariame Bobo Baldé et tous les témoins se sont retrouvés ce lundi devant le Tribunal correctionnel de Mafanco pour la suite des débats. C’est en boitant que la plaignante s’est présentée à la barre, avant de s’asseoir délicatement sur une chaise en bois pour livrer sa version des faits.

« Le 22 février 2022, je devais aller à une réunion dans un hôtel à Kaloum, vers 16 heures. Mais quand je suis arrivée à Constantin, j’ai constaté qu’il y avait trop d’embouteillage, donc je suis descendue de la voiture pour prendre une moto, on a pris la corniche (Mafanco). Et brusquement, un motard est sorti devant nous, il m’a fait signe, je n’ai pas répondu. Il a persisté en disant « Hé toi, arrête-toi, on va parler », mais on a continué notre chemin. Ensuite, il a dit  » arrête-toi je vais prendre ton numéro, je suis riche, je peux te rendre plus belle ». Il m’a même fait signe avec sa langue comme pour dire qu’il va me lécher, en réponse, je lui ai fait un doigt d’honneur, on s’est insultés. C’est suite à ça qu’il nous a percutés avec sa moto, c’est 4 heures plus tard que je me suis réveillée », a-t-elle expliqué, précisant qu’elle doit subir une autre intervention chirurgicale au dos.

Mariame Bobo a été suivie par le conducteur de moto taxi qui la transportait au moment des faits. Ibrahima Diallo est revenu aussi sur les circonstances de l’accident. « Mariame m’a trouvé à Constantin pour me dire de l’emmener à Kaloum, nous avons discuté du prix et on s’est mis d’accord. Et on était sur la corniche, lorsque le Libanais est sorti devant nous, il a fait des cascades avec sa moto au milieu de la route. J’ai ralenti et je l’ai dévié pour passer. Pendant qu’on avançait, Mariame a parlé en disant « je refuse, pour quelle raison je vais le faire? ». Après, le monsieur a ronflé sa moto et nous a cognés, nous sommes tombés, puis il a pris la fuite. À Ambroise Paré, j’ai demandé à Mariame pourquoi ce monsieur nous avait cognés, elle m’a dit que c’est parce qu’il l’a dragué et qu’elle a refusé », a-t-il dit, rappelant que lui aussi avait été légèrement blessé.

Après les parties civiles, ce fut le tour des témoins de venir dire au tribunal ce qu’ils ont vu. Alsény Camara, 72 ans, dit avoir observé toute la scène étant donné qu’il était assis comme d’habitude au bord de la route. « Lorsque ces gens-là sont arrivés au niveau de l’endroit où j’étais assis, le Libanais a suivi leur moto. Il a ronflé pour rattraper ces personnes et les cogner, c’est là qu’ils sont tombés », a-t-il narré.

Mamady Bangoura, footballeur de 29 ans, et témoin du prévenu, s’est présenté aussi à la barre. Il a dit avoir conduit la plaignante à l’hôpital après l’accident. « Le jour où il y a eu l’accident, j’étais parti prendre ma voiture au garage de Mouctar. C’est là-bas que j’ai entendu dire qu’il a fait un accident, et des gens en colère sont venus au garage, mais je les ai calmés. Je suis allé voir les accidentés pour savoir comment ils allaient. Le jeune m’a dit que son cas n’était pas grave et Mariame a dit qu’elle ne savait pas. Je l’ai prise pour l’emmener dans une clinique à Mafanco là-bas, puis nous sommes partis à Ambroise Paré et ensuite à Ignace Deen. Là-bas, on a fait la radio mais le médecin a dit qu’il n’y avait aucun problème. Après, j’ai été surpris d’apprendre que Mouctar était à la Direction de la police judiciaire », a-t-il indiqué.

Mais sa version des faits a été aussitôt contredite par le dernier témoin dans cette affaire. Komozo Kalivogui, chauffeur, soutient être celui qui a emmené Mariame Bobo Baldé à la clinique de Mafanco. « J’étais derrière eux quand ils ont fait l’accident. Donc je me suis arrêté pour prendre la dame et l’emmener à la clinique. Elle était inconsciente, elle ne s’est pas réveillée devant moi », a-t-il fait savoir.

Après avoir écouté ces différents récits quelque peu contradictoires, le parquet a demandé à ce que les faits de « coups et blessures volontaires » soient requalifiés en « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne ». Mme Elise Doua Guilavogui explique qu’il « ressort que c’est un accident de la circulation ». Une requête naturellement soutenue par l’avocat de la défense, Me Moussa 2 Keïta, mais rejetée par l’avocat de la partie civile. Me Gilbert Camara a souligné que « le témoignage de M. Alsény Camara, témoin oculaire, concorde avec les faits. « Nous vous prions de maintenir les chefs d’accusation portés devant votre tribunal », a-t-il sollicité.

Mais l’avocat de la partie civile n’a pas été entendu par le tribunal, qui a décidé de requalifier les faits « en atteinte involontaire à l’intégrité de la personne », avant de renvoyer l’affaire au 30 janvier 2023 pour réquisitions et plaidoiries. A rappeler que lors de sa comparution, le prévenu avait reconnu avoir la moto sur laquelle se trouvait Mariame Bobo, tout en assurant que c’était tout à fait involontaire. Il dit avoir fui après l’accident par peur d’être lynché par la foule. Le Libanais avait aussi nié avoir fait des avances à la plaignante ni demandé son numéro de téléphone.

Mamadou Yahya Petel Diallo pour Guineematin.com 

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