Société minière de Boké (4)Comme Guineematin.com vous l’annonçait précédemment, les travailleurs de la société minière de Boké (SMB) ont protesté contre leurs conditions de vie et de travail récemment. Notamment, en organisant une série de grève du vendredi 23 au samedi 24 octobre 2015. De la Base-Ville au port fluvial de Katougouma, les travailleurs de la SMB se plaignent tous de maltraitance de la part de leurs patrons chinois, a constaté Guineematin.com à travers son correspondant à Boké.

Tout d’abord, il importe de noter que ce sont plusieurs sociétés qui sont réunies en consortium pour exploiter la bauxite dans ce district de Katougouma, situé à 22 Kilomètres de Boké-ville.

Ainsi, la société minière de Boké (qui est la société mère) est basée dans le secteur de KABOE ; la société dénommée UMS assure le transport de la mine de la carrière au port ; l’Alliance Internationale sécurise la cité de KABOE et les alentours du port de Katougouma ; et, West Africa Protection (WAP) surveille l’intérieur du port, a appris Guineematin.com sur place.

Arrivé sur le terrain, notre correspondant a rencontré les acteurs principaux de la grève ainsi que quelques responsables de la société.

A entendre les grévistes, ce sont plusieurs points qui ont motivé cette grève. Mais, le plus marquant est celui des agents de sécurité qui ont marre de la « double sous-traitance ». Sur ce, tous les agents de sécurité (qu’ils soient de l’Alliance Internationale ou de West- Africa Protection), ont exprimé les mêmes frustrations.

Par exemple, la Société minière (la société mère) traite avec la société UMS, qui enlève sa part avant de parvenir à la société Alliance Internationale qui, à son tour défalque des frais avant de payer les agents de sécurité. Ce sont donc tous les intervenants qui sont unanimes que les guinéens qui travaillent à Katougouma sont très mal traités par les chinois, surtout par les innombrables intermédiaires.

Voici entre autres les mots dont souffrent ces compatriotes travaillant à la Société minière de Boké recueillis par notre correspondant :

Il n’y a aucun contrat signé entre les agents de sécurité et la SMB ;

Il n’y a aucune prise en charge (sanitaire, alimentaire, logement) ;

Il n’y a aucun équipement de sécurité (lunette, bottes, torche…)

Il n’y a pas d’habillement, etc.

L’origine de la grève

Selon Monsieur Mamady Doualamou, administrateur général des services de sécurité de l’Alliance Internationale et West Africa Protection, la grève a été déclenchée suite à des rumeurs provenant du port où un chinois aurait soufflé aux oreilles de certains agents qu’ils sont payés par personne à Sept millions de francs guinéens (7 000 000 GNF) par la société minière de Boké (SMB) ; tandis qu’il ne reçoivent réellement que huit cent mille francs guinéens (800 000 FG) ! Les gens ont commencé à s’interroger sur la destination de tous les 6 200 000 francs guinéens…

Interrogé par Guineematin.com, Aboubacar N’Diaye, le chef du service de l’Alliance Internationale annonce une nouvelle grève qui fera très mal. « Nous sommes très maltraité ici à Katougouma. Depuis le 13 mars, nous avons commencé le travail. Mais, jusqu’à présent, on a tout fait pour avoir un contrat. Nous ne sommes pas logés. Si tu tombes malade, tu te prends en charge. Nous avons donc suspendu cette grève pour le respect à nos parents qui nous ont promis de fournir des efforts auprès des autorités pour nous satisfaire. Mais, s’ils n’arrivent pas à régler, si nous recommençons ce ne sera pas bon… ».

Pour sa part, Ousmane Diallo, habitant de Katougouma, qui est superviseur de West Africa Protection, explique : « Nous sommes traités ici comme des chiens. Ils (les chinois) n’ont aucune considération pour nous. S’ils te trouvent en train de dormir, on te défalque 200 000 FG, tu n’oses pas parler. On nous paye 800 000FG par mois. Et puis, ça aussi, le 45ème jour du mois (c’est-à-dire, après 15 jours du mois suivant). C’est dans ça que tu payes le transport, le loyer, les soins, etc. Même si tu demandes de l’eau à ces chinois, ils te demanderont si tu n’es pas payé… ».

Aly N’Diaye agent de sécurité raconte qu’il a perdu un de ses fils par manque de moyens. « Mon fils est tombé malade, je n’avais rien à la maison. Je l’ai amené à l’hôpital, on lui a prescrit une ordonnance de 850 000 GNF, alors que je suis payé à 800 000 FG. Faut-il acheter du médicament ou il faut chercher à nourrir le reste de la famille ? Il est décédé dans ces conditions ».

Amadou Camara ferrailleur avec les mêmes plaintes ajoute « même si tu sors juste pour chercher à boire, on te dit abandon de poste ».

Maimouna Chérif Haidara, cuisinière au port : « nous travaillons ici pour les chinois. On n’a pas de route, pas de courant, rien ; si ce n’est un hôpital qui n’a même pas commencé à fonctionner qu’ils ont construit. Et puis, on nous paye à 12 000 GNF par jour. Aidez-nous !».

En un mot, toutes ces différentes couches de travailleurs de Katougouma (Chauffeurs, agents de sécurité, manœuvres et cuisinière) sont dans la même logique pour demander l’amélioration de leurs conditions de vie dans un bref délai.

Pour le moment, la grève est suspendue, en attendant le résultat des négociations en cours à Boké ville entre les responsables de la société minière de Boké (SMB), des autorités préfectorales et la commission de veille venant de KABOE et de Katougouma.

A rappeler que les deux responsables chinois rencontrés sur place par Guineematin.com (Léo, Wenslay, responsable administratif de la société minière de Boké) disent ne pas être concernés et que le problème oppose plutôt l’UMS aux agents de sécurité.

A suivre !

De retour de Katougouma (Boké), Mamadou Diouldé Diallo pour Guineematin.com

Tél.: 622 671 242

 

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