Mamady Youla, Premier ministre

Mamady Youla, Premier ministre

Opinion : On ne l’écrira jamais assez : le Premier ministre, Mamady Youla, vient de commettre une faute qu’il risque de regretter pour le longtemps ! Alors qu’il n’avait aucune annonce particulière à faire, ni aucun enjeu n’existait, Mamady Youla a demandé et obtenu une rencontre avec les médias pour redire moins que ce qu’il a récemment dit à l’Assemblée nationale, et qui avait d’ailleurs été dit bien avant lui par tous les intervenants : la Guinée a souffert de deux ans de crise Ebola ; la croissance économique de 2015 a été nulle ; et, Pitti et patata !

N’ayant que très peu appris de la rencontre et peut-être aussi déçus comme beaucoup de journalistes qui y avaient perdu du temps, les confrères qui ont eu l’opportunité (eux au moins) de poser leurs questions au Premier ministre, ont, entre autres, demandé si le gouvernement allait respecter son engagement de baisser le prix du carburant avant le 19 mai 2016.

Sans doute très peu préparé à répondre à ces genres de questions, l’inexpérimenté Premier ministre a jeté un pavé dans la marre ! Mamady Youla a répondu comme le ferait un simple militant ; alors qu’il pouvait satisfaire le journaliste (et l’opinion) sans nécessairement provoquer une crise qu’on pourrait éviter ou qu’on pouvait tout au moins retarder.

Sans sourcier, Mamady Youla a dit « crument » que le gouvernement ne s’était pas engagé à baisser le prix du carburant à la date du 19 mai 2016 et qu’il avait juste expliqué aux partenaires sociaux l’impossibilité de baisser le prix des produits pétroliers pendant les négociations de février dernier.

Comment alors Mamady aurait pu répondre ?

Evidemment, avec une toute petite expérience dans la gestion des crises à un certain niveau de l’Etat, on a mille et une manières de satisfaire à une préoccupation majeure sans totalement trancher. Par exemple, même en sachant bien que le gouvernement n’est pas disposé (au moment où il parlait) à baisser le prix, Mamady Youla qui sait qu’il n’a pas été spécifiquement écrit « noir sur blanc » que le prix sera baissé avant le 19 mai, avait la possibilité de donner une réponse qui met en doute la baisse sans trancher aussi crûment ! « Comme nous l’avons toujours fait, le gouvernement va bientôt recevoir les partenaires sociaux qui ont le même souci que nous pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs syndiqués et pour l’ensemble de nos concitoyens en ce qui nous concerne, nous le gouvernement.

En responsables avisés et conscients de toutes les conséquences qui découleront de nos décisions et accords, nous analyserons ensemble tous les points et nous partagerons les idées sur l’applicabilité de tout point qui ne le serait pas suffisamment ou pas du tout appliqué depuis le 19 février. Evidemment que nous ne manquerons à aucun engagement pris par le gouvernement, même si des débats de définition et de terminologie ont déjà commencé sur la lettre et l’esprit de certains textes… Mais, c’est un débat suffisamment sérieux et important que je vous prierais de nous laisser le discuter d’abord avec les leaders syndicaux ; et, le gouvernement avisera en temps opportun… ».

Une réponse à l’image de celle-là aurait donné plusieurs voies de sortie au gouvernement et n’aurait surtout pas défié les leaders syndicaux qui sont présentés aujourd’hui comme des corrompus et ignorants qu’on peut piéger avec la moindre mauvaise foi…

Et, même si d’autres questions retentissaient dans le même ordre d’idées, Mamady Youla avait la possibilité de commencer par rappeler qu’il a déjà répondu à la question, tout en profitant pour ajouter des nuances. Il avait par exemple la latitude de rappeler qu’il vient du privé et d’y prendre des exemples pour mieux convaincre les journalistes.

Une chose est certaine, un ministre comme Damantang Camara ou même moins compétent que ce dernier face à une telle question, aurait pu répondre de la manière la plus banale que possible et sans plonger la Guinée dans une crise comme l’a fait Mamady Youla.

Aujourd’hui, les syndicalistes ont affuté leurs armes et le « conflit » qui aurait pu être résolue le 18 mai est déclenché sans aucune solution…

Comment résoudre ce conflit avec le syndicat sans baisser le prix du carburant ?

D’abord, le gouvernement devrait réduire le train de vie de l’Etat et baisser le prix du carburant pour permettre aux pauvres citoyens de souffler un peu, surtout à la veille du mois saint du Ramadan !

Mais, même s’il était dans l’impossibilité de baisser le prix du carburant, les méthodes ne manquent pas pour un gouvernement soucieux de la paix civile et de la quiétude sociale ! Une rencontre avec les leaders syndicaux et des médiateurs avant la date buttoir- et sans une aussi mauvaise communication du chef du gouvernement- aurait pu permettre à faire deux choses au moins :

  1. Expliquer aux dirigeants syndicaux les états financiers qui sont « explicables » et donc montrer l’impossibilité pour l’Etat de baisser le prix
  2. Ou, si au bout de tous les efforts des explications pour les convaincre, les syndicalistes se montraient menaçants et opposés à tout compromis, le gouvernement avait la latitude de leur tenir tête et de les « cogner » pour amoindrir leurs capacités de nuisance ! Gouverner, c’est prévoir, non ?

A un tel moment de risque de crise avec une sourde oreille de syndicalistes qui refuseraient d’écouter, une conférence de presse serait la bienvenue pour expliquer à l’opinion, via les médias, où en est-on et pourquoi les citoyens devaient croire au gouvernement plutôt qu’aux syndicalistes…

Mais, notre Mamady a parlé à contre temps et a donné l’opportunité aux syndicalistes (qui annoncent une conférence de presse ce lundi) de répondre et sans doute de faire au gouvernement ce que ce dernier aurait pu faire s’il se montrait un peu plus avisé… Les secrétaires généraux de la CNTG, Amadou Diallo, et de l’USTG, Louis M’bemba Soumah, se préparent à occuper la Maison de la presse dès 11 heures ce lundi, 16 mai 2016.

Sachant que l’opposition guinéenne a organisé par deux fois des « journées villes mortes » pour la même question de baisse de prix du carburant, qui peut jurer que les deux forces (opposition et syndicat) ne s’entendraient pas, même discrètement, pour ébranler le pouvoir et le contraindre à une baisse « forcée » ?

Enfin, qu’est-ce que Mamady Youla a réellement voulu avoir en présenter aussi mal les leaders syndicaux au moment où un gouvernement avisé et conséquent devait chercher plutôt les bons mots pour parler avec le syndicat qu’il doit toujours prendre comme un partenaire au lieu de le radicaliser comme cela a été le cas de Lansana Conté dans la période devenue historique de 2006-2007 ?

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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