«Alpha Condé n’a plus les mains propres», dit Papa Koly Kourouma (interview)

Elhadj Papa Koly Kourouma, président du GRUP
Elhadj Papa Koly Kourouma, président du GRUP

Dans une interview accordée à Guineematin.com dans la matinée de ce samedi 2 juillet 2016, le leader du parti Génération pour la Réconciliation, l’Union et la Prospérité (GRUP), Elhadj Papa Koly Kourouma, a dit que son « ancien » allié et patron, le président Alpha Condé est un homme aux « mains sales ».

Décryptage !

Guineematin.com : Bonjour monsieur le Président du GRUP

Elhadj Papa Koly Kourouma : Bonjour !

Guineematin.com : Dites-nous quel était l’objectif de votre rencontre de ce matin avec les responsables à la base de votre parti ?

L’assemblée d’aujourd’hui est une assemblée extraordinaire. Nos assemblées générales, on les suspend très généralement pendant les mois de carême. Mais, dans quelques jours, le mois de carême va prendre fin. Donc, il fallait appeler les responsables des différents groupements pour annoncer la nouvelle méthode de travail que nous allons adopter cette année après notre rentrée politique.

Guineematin.com : Et, quelle est cette nouvelle méthode ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : La nouvelle méthode c’est quoi ? Les groupements et les associations sont des structures d’appui du parti. Alors, en général, ils sont organisés par corporation, recensés au niveau du parti et travaillent dans le cadre de l’amélioration de leur condition de vie. Il arrive que le parti, à travers ses structures d’assistance, assiste les femmes et les jeunes dans la mise en œuvre de leurs différents projets qu’ils présentent au niveau du parti. Et, nous avons déjà des exemples d’assistance aux femmes et aux jeunes qui ont porté. Aujourd’hui, nous sommes entrain de voir comment est-ce qu’il faut multiplier cette assistance et comment est-ce qu’il faut trouver plus de financement pour ces associations et pour ces groupements.

Guineematin.com : Vous appartenez désormais à l’opposition. Dites-nous les raisons de ce brusque changement ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Notre appartenance à l’opposition est claire. On l’a déjà dit, c’est un positionnement politique. Vous comprendrez qu’il y a le fait que nous sommes désormais de l’opposition.

Guineematin.com : Aujourd’hui, qu’est ce que vous allez apporter à l’opposition ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Pour pouvoir apporter quelque chose à l’opposition, il faut d’abord faire un constat de l’échec de l’opposition. Qu’est-ce qui nous a amené à cet échec ? Nous, le peu de temps que nous avons passé entrain de regarder comment est-ce que l’opposition fonctionnait, c’est qu’elle s’attaquait à des questions satellites qui ne sont pas des questions essentielles. Aujourd’hui, vous avez vu, j’ai posé la question à mes militants c’est quoi l’opposition ? Parce que pour le guinéen, dès qu’on parle de l’opposition, c’est ceux qui marchent. Ce n’est pas ça l’opposition. Le rôle de l’opposition, c’est d’apporter la contradiction à la gouvernance de la mouvance présidentielle. Mais, cette contradiction n’est pas aujourd’hui portée dans la règle de l’art.  L’opposition s’était confortée tout simplement dans la réclamation. Or, cette réclamation n’est pas une réclamation qui va dans le sens de compréhension de la population à la base. C’est pourquoi, les populations n’adhèrent pas généralement à leur marche. Mais, quand toutes les questions soulevées sont des questions d’intérêt commun, vous verrez que la marche connaîtra l’adhésion de tout le monde. Si on devait marcher un jour à cause de la cherté de la vie, tout le monde va marcher. Si on devait marcher un jour à cause de la précarité de la vie, tout le monde va marcher. Si on devait marcher un jour à cause du manque de centre santé, tout le monde va marcher. Et le fait d’être conforté dans cette réclamation, fait aujourd’hui que le pouvoir fait ce qu’il veut. Fait que pouvoir ne respecte pas les lois guinéennes. Donc, il y a une violation répétée des lois. Le Président de la République viole  la constitution à tout moment. Voilà des questions qu’on devait pouvoir soulever. Des questions qu’on devrait expliquer aux militants pour qu’ils comprennent que cela ne se doit pas. Donc, c’est d’abord la formation des militants, l’information des militants et après la marche. Voilà des choses que nous allons instaurer. Il faut que les militants sachent que s’il y a de l’argent volé, c’est son argent parce que c’est lui qui paye. Il faut que le citoyen sache que si on vole l’argent, que ce qu’on construit dans les quartiers, c’est son argent, c’est lui qui paye. Il faut qu’il dénonce. Et s’il dénonce, il y a des procédures de saisie, il ne faut pas qu’il se rende justice. Donc, nous allons donner plus de formation et d’information à nos militants et ensuite, la marche viendra quand on finira d’épuiser toutes les voies de recours.

Guineematin.com : Justement, parlant de l’opposition, elle projette la reprise de ses manifestations dès la fin du mois de ramadan. Est-ce que vous partagez son avis ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Pourquoi pas ? Nous partageons très bien cet avis.

Guineematin.com : Vous allez participer à la marche ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : On va participer à la marche dans la mesure où c’est un combat de toute l’opposition. Mais, vous m’avez entendu dire que la marche d’une opposition ne signifie pas la casse, ne signifie pas un combat de rue, ne signifie pas jet de pierres. Il y a ce qu’on appelle la marche civilisée. Quand on doit marcher, notre condition, nous voulons que ça soit une marche civilisée. Et, on a remarqué que très souvent, il faut qu’on le dise, le citoyen a peur de la marche de l’opposition. Parce qu’à chaque fois qu’il y a marche, il y a casse. Mais, qui casse ? C’est un point d’interrogation. C’est pourquoi, il faut que l’opposition s’organise pour faire en sorte qu’elle organise des marches civilisées. Qu’elle encadre sa marche et que les forces de l’ordre viennent en appui. C’est la première condition que nous, nous posons pour participer à la marche parce qu’il y a des infiltrations. En général, il y a des brebis galeuses qui s’invitent dans la marche alors qu’ils ne sont pas invités. Il faut qu’on ait le pouvoir de détecter ces brebis galeuses et de les sortir des rangs de nos citoyens et de nos militants.

Guineematin.com : Tout à l’heure dans votre intervention devant vos militants vous avez dit que le Président Alpha Condé est venu dire qu’il a les mains propres, mais finalement il a les mains sales. Vous voulez dire qu’il détourne de l’argent aussi ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Non ! Vous savez, en fait, c’est ce qui a été vendu au peuple de Guinée. C’est cette main propre là que nous avons vendu. Nous avons dit : voilà une gestion de type nouveau que nous voulons instaurer en République de Guinée. Nous voulons faire changer les choses en Guinée. Mais, le changement ayant échoué, qu’est-ce qu’on va dire ? Est-ce que cette main est propre maintenant ? Elle n’est plus propre dans la mesure où la main propre qui est venue apporter le changement n’a pas apporté le changement. Elle l’a piétiné et elle n’a pas apporté aux Guinéens ce qu’ils attendaient.

Guineematin.com : Vous continuez toujours à porter votre casquette de ministre ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Mais, je suis ministre à vie. Je suis ministre d’Etat d’ailleurs.

Guineematin.com : Vous percevez votre salaire ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Non ! On est ministre d’Etat, ce n’est pas une question de salaire. C’est une question de grade. On est ministre d’Etat à vie quand on a déjà été ministre d’Etat. C’est comme quand on a été colonel, on est colonel à vie. On ne devient plus caporal. Je suis ministre d’Etat ; mais, dites moi si je suis toujours conseiller.

Guineematin.com : Mais les ministres sont aussi payés, quand même ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Non ! Je suis désolé, quand vous n’êtes pas en fonction, vous n’êtes pas payé.

Guineematin.com : Vous êtes toujours conseiller ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Non, je ne suis plus conseiller.

Guineematin.com : Mais pourquoi on ne prend toujours pas de décret pour annoncer votre limogeage ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Posez la question à monsieur le Président de la République qui est mon employeur. Ça, je ne peux pas répondre ; mais, moi, en tout cas, j’ai pris mon recul. J’ai désisté.

Guineematin.com : Vous avez aussi parlé d’un détournement de 40 milliards au ministère de l’enseignement pré-universitaire chaque année et cela depuis 5 ans. Est-ce que vous pouvez nous donner de détails ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le Président de la République et vous avez tous entendu comme moi. Moi, je suis surpris qu’à la date d’aujourd’hui, on n’a pas présenté au peuple de Guinée quels sont ceux qui ont fait ce vol et quelles sont les sanctions qui ont été prises à leur rencontre. C’est ce que je dénonce.

Guineematin.com : monsieur le Président, une année après le lancement du barrage de Kaléta, l’électricité devient de plus en plus rare à Conakry. Vous qui aviez ce dossier en main à un certain moment donné, expliquez-nous comment on est retombé à ce niveau.

Elhadj Papa Koly Kourouma : Les raisons sont multiples. La première raison, c’est le fait que le barrage de Kaléta est un barrage au fil de l’eau. Il n’y a pas de réservoir. Or, le réservoir permet de réserver une certaine quantité d’eau pour qu’en période d’étiage cette eau puisse servir de relaie au fil de l’eau. Malheureusement, il n’y a pas de réservoir et donc, à l’étiage la quantité d’eau est insuffisante. Au lieu de 240 MW qui tourne, nous pouvons tourner jusqu’à 60 MW. Ça, c’est un premier aspect. Le second aspect, le barrage de Kaléta ne fait que 240 MW. Ce n’est pas suffisant à la demande d’aujourd’hui. La demande est supérieure à 240 MW. Il n’y a pas eu de solution de rechange en cas d’étiage. On a eu des installations qui sont ici mais, ces installations, il n’y a pas de carburant pour les faire tourner. Ce sont des installations thermiques. L’Etat n’a pas d’argent pour payer le Gasoil, l’Etat n’a pas d’argent pour payer le Mazout. Voilà les rasions fondamentales qui nous ramènes aujourd’hui encore au délestage. Donc, même si Kaléta fournissait encore ces 240 MW, c’est insuffisant.

Guineematin.com : Quel regard portez-vous sur la situation qui prévaut au sein du RPG Arc-en-ciel où on assiste à des suspensions ou de séparation avec des partis alliés comme ce fut le cas du PTS de Mamady Diawara ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Sur cette question, je m’abstiens de me prononcer dessus parce que c’est une question interne à un parti. Ce n’est pas une question d’ordre national. Je ne peux pas me prononcer dessus parce que je ne connais pas le contenu de leur règlement intérieur au quel il impose ses militants. Et, les militants  adhèrent.

Guineematin.com : Mais, vous étiez un allié au RPG ?

Elhadj Papa Koly Kourouma : Etre allié et être militant font deux. Je n’ai jamais été un militant du RPG.

Guineematin.com : Peut-être une dernière question. Après un long séjour à l’étranger, comment avez-vous retrouvez le parti GRUP ? Comment se porte-t-il sur le terrain ?

Elhadj Papa koly Kourouma : Mais, je vous pose la même question. Vous avez vu, ça c’est juste les responsables des groupements, pas les responsables des structures de base à Conakry. C’est juste les structures d’appui. Pas le samedi à venir, mais le samedi suivant venez voir. Vous verrez que le parti GRUP est un grand parti et il se porte bien. Comme je le disais à vos confrères, le parti GRUP est la 5ème force politique de la République. Quand un parti a été crédité 5ème force de la République, ce n’est pas un petit parti. Ce n’est pas un parti satellite.

Guineematin.com : Merci monsieur le président

Elhadj Papa Koly Kourouma : Je vous remercie.

Interview réalisée et décryptée par Mamadou Alpha Baldé pour Guineematin.com

Tél. : 622 68 00 41

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