Sur un nuage depuis quelques années, le prix de l’anacarde a connu une baisse considérable cette année. Et malgré cette chute des prix, les producteurs de noix de cajou de notre pays ont toujours du mal à écouler leurs produits. Quelles sont les raisons de cette situation et quelles en sont les conséquences sur les producteurs ? Pour en parler, Guineematin.com a reçu le vice-président de la fédération nationale des producteurs de noix de cajou de Guinée, Elhadj Mamadou Saliou Kaltamba.

Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de notre entretien.

Guineematin.com : cette année, le prix de l’anacarde a chuté considérablement, alors que les producteurs de noix de cajou peinent toujours à écouler leurs produits. Qu’’est-ce qui explique réellement cette situation ?

Elhadj Mamadou Saliou Kaltamba

Mamadou Saliou Kaltamba : je vous remercie. Vous savez, dans toute chose, il y a des règles et des opportunités. Pour ce qui est de la culture d’anacarde, chaque année, les prix changent. Il y a des années où c’est bon pour les producteurs et moins bon pour les acheteurs et vice-versa. Cette année, les gros producteurs comme le Vietnam, le Brésil et l’Inde ont eu des conditions climatiques assez favorables et leurs récoltes ont été très bonnes.

Et sur le plan local, la production de l’année dernière, estimée à 80 mille tonnes, a connu une transformation que la commercialisation et la consommation n’ont pas suivie sur le marché. Et les deux récoltes de l’année dernière et de cette année (qui peuvent avoisiner les 100 mille tonnes), se retrouvent en même temps sur le marché. Cette année, la surproduction fait qu’on n’arrive pas à écouler. On n’arrive pas du tout à vendre. Cela nous inquiète à plus d’un titre.

Guineematin.com : pourtant des acheteurs étrangers sont allés à Boké en mars dernier, mais ils ont été contraints de retourner sans pouvoir faire leurs achats. C’est quand même paradoxal qu’il y ait surproduction et qu’on ne puisse pas vendre ces produits aux étrangers !

Mamadou Saliou Kaltamba : oui, au départ des indiens sont venus à Boké. Mais il y a eu de la désinformation. Nous à la fédération, nous avons voulu privilégier les acheteurs guinéens et que les exportateurs ne viennent pas jusque dans les champs de nos paysans pour discuter du prix. Ce n’est pas du tout normal. Nous avons des frères et sœurs guinéens qui vivent de ça et que nous appelons des intermédiaires, des pisteurs et des collecteurs qui ont besoin d’avoir d’acheteurs. En Côte d’Ivoire par exemple, vous avez un prix bord champ, vous avez le prix au magasin et un troisième à l’exportation. En Guinée aussi, on doit avoir ces trois prix. Un prix avec les paysans, un autre à Boké au magasin et un 3ème destiné à l’exportation à partir de Conakry.

Guineematin.com : maintenant que vous êtes en face d’une surproduction et que vous n’arrivez pas à écouler vos produits malgré la baisse des prix, que compte faire votre structure faîtière ?

Elhadj Mamadou Saliou Kaltamba

Mamadou Saliou Kaltamba : face à cette situation malheureusement, nous n’avons pas de solution. Nous n’avons pas de moyens. Nous sommes là pour défendre les paysans, nous avons contacté l’Etat, à travers le département du commerce. Quand de tels cas se produisent, dans les pays normaux, c’est l’Etat qui doit venir en aide en subventionnant les paysans ou en rachetant toute la production. Et c’est tout le monde qui a des problèmes. En Côte d’Ivoire par exemple, il y a plus de 400 mille tonnes d’invendues sur le marché.

Guineematin.com : est-ce que l’Etat guinéen a fait quelque chose pour aider les petits producteurs, les paysans en un mot ?

Mamadou Saliou Kaltamba : Rien du tout. Cette année, l’Etat n’a même pas procédé au lancement de la campagne de commercialisation. Et nous avons fait plusieurs démarches qui sont restées sans résultat, du moins pour le moment.

Guineematin.com : Comment est-ce vous avez saisi les autorités ?

Mamadou Saliou Kaltamba : Nous avons écrit aux départements du commerce et de l’agriculture. Nous avons rencontré les ministres en question, mais tout le monde était préoccupé par le remaniement annoncé en mars dernier et qui vient de voir le jour. Soit près de trois mois après. On est resté dans l’expectative, et les producteurs tout comme les acheteurs se sont retrouvés finalement dans cet imbroglio. Nous ne nous décourageons pas par contre, et nous continuons à croire que le gouvernement, comme il est mis en place, viendra en aide aux pauvres paysans qui voient leurs ressources et leurs économies fortement mises en mal par cette désastreuse campagne agricole de noix de cajou.

Propos recueillis et décryptés par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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