Elhadj Momo Bangoura, ancien gouverneur de région, président d’honneur du PDG-RDA

Le 03 avril 1984, une semaine après la mort d’Ahmed Sékou Touré, l’armée guinéenne, avec à tête le Colonel Lansana Conté, prenait le pouvoir en Guinée après 26 ans de règne sans partage du PDG-RDA. Trente six ans après ce coup d’Etat, les anciens dignitaires du parti unique ont encore en mémoire les événements de ce jour, véritable tournant de leur vie et de celle de la Guinée.

Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com hier, mardi 02 avril 2020, Elhadj Momo Bangoura, ancien gouverneur de région, actuel président d’honneur du PDG-RDA, a dit ce qu’il retient de cette date historique.

Décryptage !

Guineematin.com : il y a 36 ans, depuis que le CMRN (Comité Militaire de Redressement National), dirigé par le Colonel Lansana Conté prenait le pouvoir. En tant qu’ancien dignitaire de ce régime, qu’est-ce que vous retenez de cette date ?

Elhadj Momo Bangoura : dans mon entendement, le coup d’Etat du 3 avril 1984, a été la finalité des démarches poursuivies par le régime du gouvernement français contre Sékou Touré en personne. Mais ce gouvernement-là du vivant d’Ahmed Sékou Touré n’avait pas eu le moyen de le mettre à l’écart à plus forte raison de le tuer. Le Coup d’Etat du 3 avril 1984 a été préparé humainement et matériellement par la France en complicité avec les militaires guinéens. Ça a été un coup d’Etat, mais avec des propos mensongers. Parce qu’ils ont fait savoir qu’après la mort du président Ahmed Sékou Touré à l’hôpital à Cleveland, aux Etats Unis d’Amérique, qu’il n’y avait pas d’entente au sein même de l’équipe de celui-ci. Et cette équipe-là a été dirigée par Lansana Béavogui, Premier ministre d’alors. Les putschistes ont fait savoir qu’ils ont pris le pouvoir parce qu’il n’y avait pas d’entente entre le Premier ministre d’alors et Ismaël Touré, un des jeunes frères d’Ahmed Sékou Touré. Ce qui était faux. Lansana Béavogui et Ismaël Touré s’entendaient parfaitement, il n’y avait pas de conflit entre eux. J’ai la preuve irréfutable de cela.

Guineematin.com : vous pointez du doigt la responsabilité de la France dans la prise du pouvoir par l’armée le 03 avril 1984. Qu’est-ce que la France avait à gagner en aidant les militaires guinéens à prendre le pouvoir ?

Elhadj Momo Bangoura : ce que la France avait à gagner dans ce coup d’Etat, était que le régime d’Ahmed Sékou Touré ne devait pas continuer à gérer la Guinée même après la mort du Camarade Sékou Touré ; il fallait changer complètement de régime. C’est la raison pour laquelle le coup d’Etat a eu lieu le 3 avril, une semaine seulement après la mort d’Ahmed Sékou Touré.

Guineematin.com : qu’est-ce que la prise du pouvoir par l’armée guinéenne a apporté au pays. Est-ce que l’arrivée des militaires au pouvoir a changé positivement la vie des guinéens ?

Elhadj Momo Bangoura, ancien gouverneur de région, président d’honneur du PDG-RDA

Elhadj Momo Bangoura : Ahmed Sékou Touré, pendant 26 ans, son équipe a géré la Guinée et le bilan de cette gestion est exhaustif. Sur le plan social, sur le plan industriel, sur le plan économique, du travail a été fait sous l’ère Sékou Touré. Quand les militaires ont pris le pouvoir, la centaine d’industries installées dans le pays, de Conakry jusqu’à Yomou, ont été supprimées. Ces usines ont été supprimées au nom d’un système libéral dit-on. A Entag par exemple, il y a avait une usine de fabrication de la cigarette et d’allumettes, elle a été fermée au temps des militaires. Le complexe textile de Sanoyah construit par Sékou Touré a été supprimé par les militaires. Sékou Touré avait installé et baptisée l’imprimerie Patrice Lumumba. Le Sénégal, la Sierra-Leone, le Mali, tous ces pays venaient acheter les cahiers ici en Guinée. Les élèves de la Guinée ne payaient pas le cahier, c’est cette imprimerie d’Ahmed Sékou Touré qui fabriquait les cahiers pour l’ensemble des apprenants c’est-à-dire du préscolaire au supérieur. Mais, cette imprimerie a été supprimée par ces militaires.

Guineematin.com : pourtant on dit que c’est l’arrivée des militaires qui a permis d’ouvrir le pays au monde, avec notamment le multipartisme. Qu’est-ce que vous en dites ?

Elhadj Momo Bangoura : à l’heure actuelle nous parlons de combien de partis politiques en Guinée ? Actuellement nous en avons 1000, il y a environ 1000 partis politiques dans le pays. Mais qu’est-ce que c’est que la démocratie ? Ce n’est pas un terme français. La démocratie vient de l’antiquité grecque. C’est cette démocratie que nous avons essayé de faire ici avec Ahmed Sékou Touré. Il s’agit du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C’est le peuple qui gérait de la base au sommet ses affaires ici en Guinée au temps d’Ahmed Sékou Touré.

Guineematin.com : vous avez vécu les deux précédents régimes : Sékou Touré et Lansana Conté. Il y a également près de 10 ans qu’Alpha Condé dirige la Guinée. Qu’est-ce que vous retenez de ces trois (3) régimes ?

Elhadj Momo Bangoura, ancien gouverneur de région, président d’honneur du PDG-RDA

Elhadj Momo Bangoura : le régime d’Alpha Condé n’a fait que prolonger le désordre qui a été instauré pas en Guinée seulement, mais dans tous les pays africains par la France. Avant, il n’y avait pas tous ces partis en Guinée et dans les autres pays africains. C’était le monopartisme. C’est à partir de 1990 que le président Français, François Mitterrand, a réuni les chefs d’Etat pour créer le multipartisme. C’est très regrettable d’avoir abandonné ce que faisait Ahmed Sékou Touré pour la gestion du peuple par le peuple et pour le peuple. On a abandonné ça pour aller dans un multipartisme basé sur l’ethno-stratégie. Les partis politiques qui sont en Guinée aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont basés sur l’ethnocentrisme. C’est très regrettable.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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