Abdoul Ghadiri Diallo, président de l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH)


L’arrestation et la déportation à Kankan d’une quarantaine d’opposants à un éventuel 3ème mandat pour le président Alpha Condé continuent d’alimenter la chronique et de susciter des inquiétudes au sein de l’opinion. Interrogé par un reporter de Guineematin.com ce mardi, 05 mai 2020, Abdoul Ghadiri Diallo, président de l’Organisation Guinéenne pour la Défense des Droits de l’Homme (OGDH), a dénoncé l’arrestation sélective de ces opposants à N’zérékoré.  

La semaine dernière, au moins 42 personnes supposées êtres des militants du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) ont été arrêtés à N’zérékoré et conduits à Kankan. Ils sont soupçonnés d’être impliqués dans les violences meurtrières survenues dans la capitale de la Guinée Forestière.

Ces arrestations « ciblées » inquiètent Abdoul Ghadiri Diallo de l’OGDH. « Ce que nous, nous relevons et  qui est pertinent, c’est le fait que la liste qui nous a été communiquée ne semble concernée que des individus de la même communauté. Est-ce que ce sont les seuls qui ont été arrêtés et transférés à Kankan ? Nous n’avons pas encore de précisions là-dessus. Mais, si tel est le cas, ça sera du deux poids, deux mesures dans la mesure où ce ne sont pas les seuls qui doivent être responsables de ce qui s’est passé à N’Nzérékoré ».

Détenus à la maison centrale de Kankan, les 42 compagnons d’infortune devraient être présentés à un pool de juges d’instruction venus de N’zérékoré. « Ce qui nous inquiétait, c’est lorsqu’il nous a été dit qu’ils avaient été déférés au camp de Soronkoni.

Heureusement, l’un des avocats de la défense s’est prononcé pour dire que leurs clients ne sont pas dans un camp. Et là, nous estimons que c’est une information importante qu’il faut prendre », estime Abdoul Ghadiri Diallo.

L’autre aspect que dénonce le président de l’OGDH, c’est le fait que les autorités profitent de la situation sanitaire du pays pour régler des comptes à d’autres citoyens. « Le problème qui se pose aujourd’hui en Guinée, c’est que nous sommes à l’ère du confinement. Vouloir encore incarcérer des personnes dans des maisons d’arrêt crée des conditions d’une aggravation de la contamination des individus sains par ceux qui sont jugés positifs par les analyses. Deuxièmement, au moment où tout le monde est préoccupé par le Covid 19, il faut que l’Etat arrête de profiter de cette petite trêve pour régler des comptes à des individus », conseille-t-il.

Par rapport au renforcement des mesures de confinement de Conakry, le président de l’ODGH trouve qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire ; mais, il craint que la mesure se transforme en un moyen d’arnaque des citoyens par les agents de la sécurité. « Ça peut ne pas être une mesure qui puisse être considérée comme une mesure prise au moment où il le faut ; mais, à partir du moment où elle a été prise, il faut quand même s’en réjouir. Seulement, le problème n’est pas à ce niveau, c’est qu’il ne faut pas que les agents de sécurité mettent aussi à profit cette situation pour faire de l’arnaque et de rançonnement. Il faut qu’on fasse preuve de rigueur et d’exigence ; mais aussi et surtout mettre de côté ses intérêts personnels pour sauvegarder l’intérêt général.»

Pour ce qui est des travailleurs qui font la navette entre Conakry et Coyah ou Dubréka, Abdoul Ghadiri Diallo souhaite que l’Etat fasse également preuve de discernement. « A cet niveau, il faut que l’Etat fasse la part des choses. C’est-à-dire que tout travailleur est censé disposer d’une carte professionnelle. Donc, il faut savoir filtré à partir de la carte professionnelle, s’assurer que ceux qui viennent à Conakry et repartent vers Coyah où Dubréka le font dans le cadre de leurs activités professionnelles pour éviter les violations des droits de l’homme », conseille-t-il.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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