feu Elhadj Mamadou Yaya Bah

Il est né dans cet hameau de Thyaagel (diminutif de ruisseau ou de marigot) dans le district de Wansan, sous-préfecture de Dougountounny, préfecture de Mali. Cette localité est perdue entre Wora au nord, Dougountounny à l’Ouest et Yembering à l’Est. De ce paradis sur terre, avec ses vallées, ses montagnes et ses rivières, on peut également contempler au Sud certains villages situés de l’autre de rive du fleuve Komba qui est la limite entre la préfecture de Mali et celle de Lelouma.

Wansan, totalement enclavé, manque de tout encore aujourd’hui. A plus forte raison dans les années 50. C’est sans doute à cause de cette situation défavorable que le jeune Mamadou Yaya Bah n’est pas allé à l’école. Du moins celle des Blancs. Car il fera l’école coranique comme tous les enfants de son âge. Du coup, le seul moyen de permettre à ses futurs enfants d’étudier c’était de quitter le village.

Contrairement à la pratique en vogue dans la région à cette époque, avec une ruée de la jeunesse vers le Sénégal pour la culture d’arachide, le choix de Mamadou Yaya se porte sur la capitale guinéenne. Nous sommes dans les années 60. Comme tous ses camarades, qui arrivent du village, il fait le petit commerce.

Mais, quand il fonda un foyer, ses soucis sont ailleurs. Pas dans le commerce. Mamadou Yaya Bah avait une seule obsession : comment former, et même bien former ses enfants pour leur éviter la situation qu’il n’a non pas choisie, mais subie. Il devait atteindre cet objectif. Quel que soit le prix à payer. Pendant que les enfants de ses amis assistent ces derniers au marché, les siens sont à l’école. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Ce villageois, venu de loin, réalise un exploit qu’aucun cadre de sa région voire sa génération n’a fait : tous ses enfants – plus de 10 au total – obtiendront le bac et feront tous l’université.

Parmi eux, le plus est connu est Souleymane Thiâguel Bah. Lorsque le jeune Thiâguel commence à signer la chronique assassine dans le célèbre et incontournable satirique le Lynx, alors qu’il étudiait en France, nombre de ses lecteurs croyaient qu’il était le fils d’un diplomate ou d’un grand cadre de l’administration. Mais Souleymane n’est pas le seul journaliste de la famille. Il y a aussi sa sœur cadette Diamila Thiâguel Bah, journaliste, présentatrice hors pair et Administratrice du site Internet guineedecalee.com.

Pour revenir au défunt, Elhadj Mamadou Yaya Bah, pour une fois que j’ai eu l’occasion de passer un bon moment avec lui, alors que nous revenions de Fria où nous sommes allés pour assister à une cérémonie en novembre 2018, je lui ai demandé quel était le secret de sa réussite dans l’éducation et la formation de ses enfants. Il m’a répondu ceci : « Je n’ai pas eu plusieurs objectifs dans ma vie. Puisque moi je n’ai pas eu la chance d’étudier, j’ai décidé de le faire pour mes enfants. Et pour cela, je n’ai laissé cette tâche ni à leurs mères ni à leurs seuls maîtres. J’en ai fait une affaire personnelle et essentielle ». Un bel exemple à imiter.

Repose en paix oncle. Que le Paradis céleste soit ta demeure éternelle. Amine.

Habib Yembering Diallo

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