Elhadj Ousmane Fatako Baldé, opérateur économique et président de la Coordination nationale des Foulbhés et Haali Poular de Guinée

Après la fermeture de ses bureaux et magasins à Matam et à Coronthie (à Conakry), Elhadj Ousmane Fatako Baldé vient d’enregistrer la perte de 25 magasins à Sanoyah, dans la préfecture de Coyah. Ces magasins ont été démolis par des bulldozers du ministère de la ville et de l’aménagement du territoire, officiellement dans le cadre de la libération des emprises de la route. Mais, dans un entretien accordé à Guineematin.com samedi dernier, 6 mars 2021, la victime a dénoncé un « acharnement ». L’opérateur économique soutient que l’Etat a démoli ses magasins dans le but unique de lui porter préjudice.

Décryptage !

Guineematin.com : on apprend que plusieurs de vos bâtiments viennent démolis à Sanoyah, dans la préfecture de Coyah. Parlez-nous de cette situation.

Elhadj Ousmane Fatako Baldé : effectivement, des agents du ministère de la ville et de l’aménagement du territoire se sont rendus dans mon domaine à Sanoyah, ils ont coché la partie proche de la route où se trouvent des magasins de stockage et des hangars que je suis en train de construire pour implanter une usine sur les lieux. La partie de 50 cm qu’ils ont cochée et qu’ils ont demandé d’enlever, je l’ai enlevé. Après avoir cassé cette partie, nous avons reconstruit une partie des magasins pour qu’ils continuent à fonctionner.

Quand ils sont revenus, ils ont trouvé qu’il y avait des gens qui ont construit des places qui sont collées au mur de la cour du domaine. Ils ont enlevé cela. Après, d’autres sont venus nous dire de déguerpir des lieux dans 72 heures tout en insistant que si nous ne quittons pas dans les 72 heures indiquées, ils viendraient casser tous les magasins avec leurs contenus. Ces magasins sont au nombre de 25. Quand je suis venu voir ce qu’ils ont cassé, je ne pouvais croire qu’ils peuvent se permettre de venir casser le reste, puisque le reste du domaine se situe à 15 mètres de la route. Sur place, les occupants des lieux m’ont demandé s’ils devaient partir ou non.

Je leur ai répondu que c’est compliqué pour moi de dire quoi que ce soit là-dessus, puisque ce n’est pas moi qui leur ai demandé de quitter. Finalement, ceux qui occupaient les magasins ont quitté. C’est ainsi que le lundi le 1er mars, ils (les agents) sont allés pour casser les magasins et leurs contenus. Mais il s’est trouvé que les machines qui ont été envoyées ne pouvaient pas casser certaines parties. Les jours qui ont suivi, c’est-à-dire le mardi et le mercredi, ils ont envoyé 3 autres machines qui ont finalement cassé tout le reste des bâtiments qui se trouvaient dans le domaine.

Guineematin.com : après ces casses dont vous avez été victime, quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Elhadj Ousmane Fatako Baldé : moi, cette situation me dépasse. Je sais qu’on ne l’a fait que pour gâter, me faire du mal, me créer des difficultés. Mais j’ai confié cette peine à Dieu. Je m’en remets à Dieu. Ce qu’on a cassé là-bas, c’est important, mais c’est moins par rapport à ceux qui sont en prison, ceux qui ont été tués, ceux qui sont blessés et ceux qui meurent en prison. Ceux-là, si on leur avait dit que c’est ce qu’ils ont comme bien qu’on allait casser pour qu’ils ne subissent pas ce sort, ils allaient tout donner volontairement pour épargner leur vie.

En ce qui me concerne, ce sont mes biens qu’ils ont détruits. Et ces biens, je n’en suis pas venu avec dans ce monde, je n’irai non plus avec à l’au-delà. Donc je m’en remets entièrement à la volonté de Dieu. Selon mon constat, dans les autres pays, on aide le secteur privé à se développer pour enfin développer le pays. Mais ce que je vois actuellement en Guinée, surtout en ce qui concerne ma personne, c’est de la haine bien orientée. Mais, je confie mon sort à Dieu. C’est le seul qui peut juger cela. Et moi, je ne peux rien pour lutter contre ça.

Quand un citoyen qui assiste l’Etat dans le cadre du développement du pays subit du tort, ce citoyen ne peut que s’en remettre à Dieu. On a cassé mes places à Kindia où plus de trois mille personnes travaillaient et gagnaient leur vie. De là-bas, ils sont venus à Matam pour là aussi casser mes places. Les dégâts sont là, militaires et gendarmes occupent la zone. A Coronthie, dans la commune de Kaloum, des militaires et gendarmes ont fermé mes places et confisqué les clés. Ils occupent les lieux. Donc je suis une cible des autorités. Et je laisse tout à Dieu.

Guineematin.com : quelle est l’ampleur des dégâts que vous avez subis suite à la fermeture de vos places et les casses de bâtiments dont vous avez été victimes ?

Elhadj Ousmane Fatako Baldé : à Sanoyah où ils ont cassé récemment, je construisais un bâtiment pour des magasins dont la longueur est de 100 mètres et la largeur 30 mètres. Il y avait un deuxième bâtiment de 120 mètres de long et 35 mètres de large. Donc la réalisation qui est entamée à Sanoyah aura des effets positifs considérables pour le développement du pays. Ce sont 25 personnes qui travaillent dans les magasins du bâtiment en construction. Il y a au moins 300 personnes qui travaillent dans les autres magasins qui ont été fermés. Ce que je n’ai pas compris, au lieu de construire, on casse ce qui est construit. Je ne pense pas que ce soit la bonne option de la part de ceux qui le font.

Moi, j’ai commencé à travailler pour avoir de l’argent quand je n’avais que 8 ans. Si je construis aujourd’hui des supermarchés dans le pays, c’est pour bien mener ma retraite et donner l’opportunité à beaucoup de Guinéens de prospérer en vue de contribuer au développement du pays. Dans ma vie, je n’ai rien à regretter, parce que tout ce que j’ai gagné, j’ai investi dans mon pays. Je n’ai investi dans quoi que ce soit qui puisse détruire le pays. Donc, je suis sûr que ce que j’ai fait dans ce pays n’est pas de nature à ternir mon image et l’image du pays. Cela consiste à améliorer la vie économique et sociale de la nation.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tél : +224622919225

 

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