Après la préfecture de Kérouané, première étape de la tournée du chef de file de l’opposition guinéenne dans la région de la Haute Guinée, Elhadj Cellou Dalein Diallo a bénéficié d’un accueil historique à l’entrée de la ville de Kankan, dans la soirée de ce samedi 29 avril 2017. Quelques minutes après la réception, le président de l’UFDG a livré à notre envoyé spécial ses premiers sentiments de cette tournée. Il a aussi été question de l’actualité nationale, des manifestations qui ont eu lieu à Boké et qui ont fait des morts, des blessés et de nombreux dégâts matériels, de la crise qui mine la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), entre autres.

Décryptage !

Guineematin.com : bonjour monsieur le président. Vous venez de boucler votre tournée porte-à-porte entamée le 19 avril dernier, en ce qui concerne la région forestière. Dites nous quel sentiment vous anime aujourd’hui ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : D’abord, un sentiment de satisfaction pour la qualité de l’accueil et l’ampleur des mobilisations qui sont suscités pendant ces accueilles pour toutes les villes que nous avons visitées et dans tous les villages : Faranah, Kissidougou, Gueckedou, Macenta, N’zérékoré, Yomou, Diecké, Lola, Beyla. Ce que j’ai noté, c’est que, en parlant avec les gens, j’ai compris que tout le monde souffre dans ce pays. Non seulement la misère, l’absence de perspectives, mais également le sentiment de se sentir abandonné par l’Etat. J’ai discuté avec les menuisiers, les forgerons, les tapissiers, les transporteurs, les maçons, tout le monde se plaint. Et, dans l’ensemble, l’absence de l’Etat à leurs côtés pour aider les artisans à se former, à innover. Il n’y a rien dans toutes les villes. Vous avez vu la forge qu’on a visitée aujourd’hui à Tintiwoulen ? C’est la même forge depuis des siècles. L’Etat devrait prendre des initiatives pour aider ces gens là à s’équiper, à améliorer la qualité des produits qu’ils font pour qu’ils puissent se maintenir pour ce marché qui devient de plus en exigeant. Il y a beaucoup de produits que nous importons. Mais, si nos artisans, nos menuisiers étaient bien équipés, bien formés, on aurait pu créer beaucoup de richesse et d’emploi au niveau de la base, sans attendre les grandes industries, l’investissement des multinationales. Et, ce sont des Guinéens qui vivent là, qui ont besoin de l’aide de l’Etat. Mais, il n’y a rien. Vous avez vu les menuiseries qu’on a visitées, j’ai discuté avec eux. Les gens ont besoin d’un investissement de 15 millions, dans la plupart des cas, 15 à 20 millions au maximum pour acquérir des équipements moderne pour améliorer la qualité des produits qu’ils mettent sur le marché. Le marché des meubles, on important beaucoup d’Italie, de Chine, d’un peu partout et nos ouvriers peuvent améliorer la qualité des produits, les tapissiers. Mais, il n’y a pas l’Etat à côté, il n’y a pas de système de crédit, pas de système de formation, il n’y a pas de système d’accompagnement. J’ai vu aussi les transporteurs, aussi bien du côté de l’Union que du côté du syndicat, se plaindre du côté des infrastructures routières. Parce que des charges d’entretiens routières deviennent insupportables et il y a en plus de ces infrastructures qui sont dans l’état que j’ai décris, il y a l’insécurité sur la voie publique. Eux aussi, non seulement ils ne sont pas soutenus, mais le mauvais état de la route fait que c’est une activité qui devient de moins en moins rentable. Et, donc, j’ai rencontré des femmes qui travaillent mais qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et qui sont obligées de sortir leurs enfants de l’école pour les marier parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement. Et, ça, ce sont des réalités du terrain. Donc, ça m’a permis d’avoir une lecture de la situation actuelle à la base de mes compatriotes et c’est un avantage important parce qu’on ne connait jamais assez son pays. C’est vrai que j’ai travaillé pendant longtemps, j’ai visité la Guinée pendant de longues années, je faisais des études du pays. Mais, aujourd’hui, je sens que dans la plupart de nos villages et dans nos villes, la pauvreté s’est aggravée et l’insécurité avec. Donc, les gens ne sont pas satisfaits, ils se sentent abandonnés et ça été vraiment l’enseignement que je tire de cette tournée. Aussi, du côté du parti, je note que vraiment des structures qu’on a implantées depuis 2008, les gens sont là, dans les sections, ils sont toujours déterminés à poursuivre le combat avec l’UFDG. Et, je note qu’il y a beaucoup d’adhésions qui sont intervenues d’abord au niveau de la base et ça me réconforte de sentir que l’UFDG continue de bénéficier d’une grande crédibilité au niveau de la population et la confiance est là. Les gens font confiance au parti et à son président, je ne peux pas cacher ma joie de me sentir dans cette situation à laquelle l’écrasante majorité des guinéens me font confiance. Et, naturellement, les gens ont raconté comment les élections se sont déroulées en 2015 et j’ai eu la confirmation que vraiment il y a eu une mascarade. Le coup KO était préparé à tous les niveaux, vous avez vu au niveau de Kérouané, dans une des sous-préfectures où l’UFDG avait gagné 500 voix et au niveau de la commission, ils ont dit qu’on ne peut maintenir que 100. Et, lorsque le secrétaire général de la commission a protesté, on l’a mis en prison jusqu’à la fin de la centralisation et en définitive, on a retenu que 100, là où on avait eu 500 voix. C’est comme ça dans la plupart des cas, ça aussi ma permis effectivement de m’entretenir avec les généraux de toutes les sections et circonscriptions traversées et j’ai été vraiment très fier de constater que ces gens-là continuent de croire en moi, de croire à l’UFDG et sont tous déterminés à apporter leurs contributions aux prochaines victoires de l’UFDG.

Guineematin.com : dans vos discours, chaque fois que vous rencontré vos démembrements à la base, vous avez parlé des préparatifs des prochaines élections ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : Bien entendu, je leur ai dit de préparer les élections et vraiment j’ai senti que dans beaucoup de communes urbaines et rurales, les gens sont déjà prêts et il y a de l’espoir que nous gagnions certaines communes urbaines dans la région forestière et beaucoup d’autres communes rurales. Les gens nous ont rassurés, aujourd’hui avec les adhésions massives qu’on enregistre au niveau de l’UFDG, nous sommes convaincus que les listes que le parti présentera passeront dans la plupart des communes urbaines et rurales si ces élections ont lieu et je pense qu’elles doivent avoir lieux. Je les ai également invités à rester mobilisés pour exiger que ces élections soient enfin organisées dans notre pays. Et, j’ai senti partout une volonté justement pour exiger le respect de l’accord du 12 octobre, mais aussi pour refuser, le cas échéant, le tripatouillage de notre constitution.

Guineematin.com : l’autre chose, c’est qu’on a senti qu’il y a des adhésions, il y a aussi des structures qui arrivent comme vous le dites. Est-ce que cette visite sera une occasion de procéder à une restructuration interne du parti en tenant compte des adhésions ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : Bien entendu, comme à N’zérékoré, on a enregistré une quarantaine d’adhésions de cadres de très haut niveau, des ingénieurs, des économistes, des avocats, des magistrats. Et aussi, le mandat de la fédération est échu depuis un moment. Donc, on a demandé d’aller d’abord restructurer les comités de base, restructurer les sections pour qu’on puisse organiser un congrès fédéral conformément aux statuts et règlements intérieurs du parti. Et, ça sera l’occasion naturellement d’insérer ces nouveaux cadres qui arrivent et qui sont issus dans leur écrasante majorité des communautés autochtones pour les intégrer au niveau des structures du parti.

Guineematin.com : vous commencez votre tournée en Haute Guinée, vous avez été bien accueilli à Kankan. Qu’est-ce que vous avez ressenti ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : c’est le même bonheur. Je ne m’attendais pas à ce que Kankan se mobilise autant pour m’applaudir, m’accueillir, m’aduler. J’ai vu ceux qui n’étaient pas dans le cortège, le cortège était suffisamment fort. Mais, toute la population de Kankan était pratiquement sortie au bord de la route pour applaudir le cortège de l’UFDG, applaudir le président de l’UFDG. Je dois vous avouer que j’en étais très fier puisque je considérais que Kankan n’était peut-être pas mon premier fief. Aujourd’hui, je me rends compte qu’il n’y a plus de fief et qu’à Kankan, la population a compris ; surtout les propos qui ont été tenus, disaient que le mensonge est terminé ; maintenant, c’est la vérité. On le disait en Malinké, j’étais très fier de sentir que la population de Kankan a pris conscience de l’incapacité du professeur d’assumer cette haute fonction présidentielle et qu’elle est disposée maintenant à faire cela sur une base plus objective.

Guineematin.com : l’avant dernière question peut-être, ce sont les émeutes à Boké. Quelle est votre lecture de ces événements ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : Vous savez déjà que j’étais très critique vis-à-vis de la politique minière du gouvernement Alpha Condé. Je considère que ce qui devrait être fait n’a pas été fait. Il ne s’agit pas de donner cent millions, deux cent millions aux collectivités pour dire que toutes les questions liées à l’impact environnemental et social sont réglées. Lorsque le gouvernement met en place un projet minier comme ceux qui sont en cours, qui ont été mis à Boké, il y a d’abord la loi qui exige qu’il y ait une étude de l’impact environnemental et social. Une fois que cette étude pour identifier tous les impacts négatifs sur l’environnement (c’est-à-dire aussi bien sur l’écosystème, sur les cours d’eau, sur l’ensemble des éléments qui constituent l’environnement), mais aussi, il y a le côté social comme ce projet qui affecte la vie des populations qui vivent dans l’environnement. Après, il y a un programme qui est élaboré avec les autorités en place pour minimiser l’impact du projet sur les communautés qui vivent dans la localité. Je crois que cela n’a pas été fait de manière rigoureuse et responsable. Avec la corruption, les gens ont pu s’exonérer. Pourtant, c’est cette démarche qui est imposée par la loi. L’étude de l’impact environnemental n’est pas menée par l’entreprise elle-même, c’est un cabinet international qui est choisie de commun accord par le gouvernement qui va faire l’étude elle-même. Et, maintenant, on va définir ce qu’on impose à l’entreprise pour annuler ou en tout cas atténuer fortement l’impact. Vous voyez la poussière, les camions qui traversent la ville de Boké, je ne sais pas si les cent millions, les deux cent millions ou cinq cent millions qu’on distribue aux collectivités puissent effectivement faire face aux besoins de santé et aux désagréments que l’exploitation et le transport de cette bauxite génèrent pour les populations. Donc, c’était tout à fait normal que les populations qui estiment que les avantages qu’elles tirent de l’exploitation sont de loin inférieur aux inconvénients, puissent revendiquer leur droit. Ça, c’est du côté environnemental. J’ai eu l’occasion de dire que monsieur Alpha Condé est très fier de pouvoir atteindre 70 millions de tonnes exportées. D’abord, j’ai rappelé que la Guinée va tirer avantages d’une décision prise par l’Indonésie qui décide d’interdire l’exportation de la bauxite brute. L’Indonésie exportait cinq cent (500) millions de tonnes de bauxite vers la Chine. Dès lors que le gouvernement indonésien s’est rendu compte que la valeur ajoutée tirée par son pays de l’exploitation de la bauxite était faible et les emplois également, le gouvernement a décidé à partir de 2014, de prendre cette décision de ne plus exporter la bauxite pour obliger les sociétés de construire des usines de transformation d’alumine. Alors, les gens ce sont tournés vers la Guinée. Donc, la Guinée effectivement monsieur Alpha Condé a décidé qu’on attendra 70 millions de tonnes. Alors, ce qu’il faut rappeler, c’est qu’il a désengagé toutes les compagnies qui, dans leur convention de base, étaient engagées à construire des usines d’alumine. Si on transformait ici ces 70 millions de tonnes en alumine, c’est 35 fois Fria qu’on aurait dans la région de Boké ; 35 fois Fria en termes d’emplois, de développement industriel, de valeur ajoutée, c’est cent mille emplois au moins que ça aurait généré. Parce que Fria transforme deux (2) millions de tonnes de bauxite par an pour produire 600 à 700 mille tonnes par mois. Mais, Fria emploie 1 200 personnes en direct et 200 mille personnes en indirect. Donc, pour deux (2) millions de tonnes, si on fait 70 millions de tonnes, c’est-à-dire c’est 35 fois Fria qu’on aurait et on aurait beaucoup plus de bénéfices de bauxite en termes d’emplois, de valeur ajoutée et d’industrialisation. Parce que nous avons déjà une certaine expérience en la matière. Il faut rappeler que Fria est la première usine en terre africaine. Mais, le fait d’avoir désengagé les multinationales de cette obligation de la transformation de notre bauxite sur place fait perdre à la Guinée cent mille emplois, alors qu’aujourd’hui il y a nos jeunes qui affrontent le désert et la Méditerranée pour aller en Europe pour chercher de l’emploi. Si on avait eu le courage, le sens de responsabilité d’exiger que ces sociétés transforment au moins en alumine, on aurait pu créer suffisamment d’emplois pour notre jeunesse et le gouvernement aurait tiré beaucoup plus de bénéfices que par cette exportation de bauxite de manière primaire. Parce que la bauxite qui est exportée ne fait l’objet d’aucune transformation sur place, elle n’est pas nettoyée, elle n’est pas calcinée, elle n’est pas calibrée. Alors que la CBG au-moins fait mieux. Mais, les nouvelles sociétés qui viennent de s’implanter, c’est de la carrière aux débarcadères. On parle parfois de port en eau profonde, il n’y a pas d’eau profonde dans notre port, c’est des débarcadères, pare qu’ils prennent la bauxite, ils envoient en haute mer pour la déverser. Toutes les sociétés, par exemple RUSAL devait construire une usine d’alumine en 2011, dans la convention signée en 2002, qui s’était engagée à construire une usine en 2011. Et, l’usine d’aluminium en 2013, elle devait produire un million 200 mille tonnes d’alumine, ce qui demanderait environ cent millions de tonnes de bauxite transformées sur place à 3 millions. Pour ce qui est de Global, à la convention de base, elle s’est engagée à construire immédiatement une usine d’alumine, ils ont renégocié toutes ces conventions pour dispenser ces multinationales de la construction des usines d’alumine et pour exporter la bauxite brute. Donc, sans valeur ajoutée pour le pays, sans emplois pour les jeunes, ça c’est quelque chose de déplorable aussi parce que vraiment ce sont des opportunités qu’on a fait perdre à la Guinée et tout ça est fait sur l’effet de la corruption…

Guineematin.com : monsieur le président, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) est minée par une crise. Quel regard en faites-vous ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : je vais attendre pour savoir si ce n’est pas un autre coup KO que monsieur Alpha Condé et Bakary Fofana sont entrain d’organiser. Pour le moment, je n’ai pas d’informations suffisantes… Donc, je suis en train de réunir les informations parce que je sais que le pouvoir actuel ne veut pas organiser les élections locales ; chaque fois, il invente quelque chose pour ne pas organiser les élections…

Guineematin.com : Merci monsieur le présent d’avoir répondu à nos questions.

Elhadj Cellou Dalein Diallo : merci.

Propos recueillis et décryptés à Kankan par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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