Global Water Initiative, GWICommuniqué : Les ministres en charge des ressources en eau des 15 états membres de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont approuvé un projet de directive sur le développement d’infrastructures hydrauliques en Afrique de l’Ouest qui veillera à ce que les aménagements futurs, notamment les grands barrages, respectent l’environnement et profitent à tous, y compris aux populations affectées.

« L’objectif déclaré du dit projet de directive est de faire en sorte que les considérations d’ordre écologique, économique et social soient davantage prises en compte dans le développement de projets transfrontaliers d’infrastructures hydrauliques en Afrique de l’Ouest afin de garantir leur viabilité » explique Mahamane Dédéou Touré, du Centre de Coordination des Ressources en Eau de la CEDEAO.

À travers cette approbation, les gouvernements de la région réitèrent leur engagement envers une approche commune et concertée en matière de gestion durable des ressources en eau dont leurs populations ont besoin pour vivre.

Dans le contexte des changements climatiques, l’énergie et la production alimentaire sont des grandes priorités à l’ordre du jour international de la COP21 à Paris. Ce sont aussi généralement les moteurs derrière l’intérêt national et régional accordé aux projets d’irrigation et de barrage complexes et onéreux —150 barrages sont déjà construits en Afrique de l’Ouest et 40 sont actuellement en construction ou en projet. Mais les expériences passées dans la région révèlent que les bénéfices générés par les barrages atteignent rarement les populations locales dont les droits et les moyens d’existence sont les plus directement affectés.

À Kandadji au Niger et à Samendéni au Burkina Faso, respectivement 38000 et 40000 personnes sont déplacées par des barrages en construction. En Guinée, le barrage de Fomi déplacera 48000 personnes. Les communautés qui accueillent ces personnes déplacées sont également fortement touchées.

Jamie Skinner, directeur de la Global Water Initiative en Afrique de l’Ouest, déclare « si elle est mise en œuvre, la directive marquera un profond changement dans la façon dont les barrages sont conçus et construits en Afrique de l’Ouest, en veillant à ce que les populations aux niveaux local et national aient accès aux bénéfices de manière équitable. »

Parmi les éléments clés de la directive, on peut citer le besoin de garantir la participation des populations affectées aux prises de décision en toute connaissance de cause ainsi que le recours à des cadres juridiques et procéduraux plus robustes pour accorder aux populations locales des bénéfices tels que les terres agricoles, l’électricité, l’eau potable, les pâturages et les zones de pêche.

Suite à cette approbation des ministres sectoriels, le Conseil des Ministres Statutaires de la CEDEAO devra officiellement adopter la directive lors d’une prochaine session pour qu’elle s’impose à ses États membres. Ceux-ci devront ensuite amender ou adapter leurs mesures législatives et réglementaires au besoin, dans un délai de trois ans à compter de son entrée en vigueur. La CEDEAO sera chargée de l’évaluation de la mise en œuvre de la directive tous les cinq ans.

Si les gouvernements et les investisseurs ne respectent pas la directive, ils risquent dans la pratique d’appauvrir davantage les populations locales affectées ou, pire encore, de déclencher des conflits liés aux ressources naturelles et au foncier. Le risque de conflit ne se limite pas aux frontières nationales — la plupart des grands aménagements sur les fleuves d’Afrique de l’Ouest concernent plus d’un pays. Le rôle des organismes de bassin transfrontalier – tels que l’Autorité du Bassin du Niger – est donc reconnu comme extrêmement important.

Le projet de directive a été officiellement approuvé lors de la 4e session du Comité ministériel de suivi de la CEDEAO pour la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) en Afrique de l’Ouest, qui s’est tenue à Dakar, au Sénégal, le vendredi 27 novembre 2015, sous la présidence du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal. Elle est fondée sur les « Lignes directrices pour le développement d’infrastructures hydrauliques en Afrique de l’Ouest » élaborées au terme d’un dialogue régional de deux ans entre les États membres, les organismes de bassin et la société civile démarré en 2009, sous la direction du Centre de Coordination des Ressources en Eau de la CEDEAO, avec le soutien de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED).

Communiqué transmis par le service de communication de Global Water Initiative (GWI) en Afrique de l’Ouest

International Institute for Environment and Development (IIED)

www.iied.org | @iied | www.gwiwestafrica.org 

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin