Boubacar Sanso Barry, journaliste et administrateur général du site d’informations ledjely.com

L’humanité a célébré le jeudi dernier, 3 décembre 2020, la journée internationale des personnes handicapées. Une journée qui vise à sensibiliser les gens sur le respect des droits des personnes vivant avec un handicap à travers le monde. A cette occasion, un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre d’un modèle de réussite des personnes handicapées en Guinée. Il s’agit de Boubacar Sanso Barry, journaliste et administrateur général du site d’informations Ledjely. Il est revenu notamment sur les facteurs qui peuvent permettre aux personnes handicapées de réussir dans la vie.

 

Comme chaque année, c’est avec beaucoup de joie que Boubacar Sanso Barry célèbre la journée internationale des personnes handicapées. Car c’est l’une des rares occasions de parler des droits de cette couche peu considérée dans notre pays. « Je pense que la célébration de cette journée est une initiative à saluer d’autant plus que l’objectif est de mettre à profit ce jour pour faire de la sensibilisation, faire des plaidoyers auprès non seulement de la société mais aussi auprès des décideurs publics pour faire en sorte que le droit des personnes handicapées soient un peu plus reconnus et respectés. Et que la société prenne conscience de la nécessité de considérer cette autre catégorie de notre société comme des êtres humains qui méritent respect et dignité », a-t-il déclaré.

 

Sur le plan de la sensibilisation, reconnaît le journaliste, « beaucoup d’efforts ont été consentis ces dernières années en Guinée ». Il regrette cependant que les droits des personnes handicapées qui sont consacrées par les lois guinéennes tardent encore à être respectés. « Par exemple, selon les dispositions de la loi portant promotion et protection des droits des personnes handicapées adoptée par l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la République, tous les espaces publics : immeubles, espaces de rencontres, de spectacles, doivent être accessibles aux personnes handicapées. Mais je vous laisse imaginer combien d’immeubles sont aujourd’hui adaptés aux personnes handicapées sans qu’elles ne soient obligées de ramper pour monter à l’étage. Donc, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas prises en compte, notamment la prise en charge sanitaire », soutient-il.

 

La famille, un élément déterminant pour réussir

En Guinée, la majeure partie des personnes handicapées sont réduites à faire la mendicité. Boubacar Sanso Barry est l’un des rares qui ont réussi à sortir du lot, en ayant une bonne formation et un travail lui permettant de vivre décemment. A travers son excellente plume, il s’est fait une grande place dans le monde médiatique guinéen. Aujourd’hui, il est l’administrateur général du site d’informations Ledjely.com et ses éditoriaux sont régulièrement cités dans la revue de presse de RFI (Radio France Internationale). Une réussite, dit-il, qu’il doit surtout à sa famille.

 

« Moi, je pense que toute personne handicapée qui s’en sort dans le contexte guinéen, peut-être qu’elle a le mérite de son succès, mais le plus grand mérite revient à sa famille. Car la façon dont la famille considère ou perçoit la personne handicapée à la base est fondamentale. Et pour moi, elle dicte le reste du destin de la personne. Moi par exemple, quand on me dit que j’ai réussi dans ma vie, je le dois d’abord à mes parents qui m’ont envoyé à l’école, qui ne se sont pas dit que je devais être dans la rue. Donc, ce premier choix est un choix fondateur dans la vie d’un handicapé. Ensuite, quand la scolarité réussit à votre enfant handicapé, il y a un second plan qui est au niveau de la société.

 

Il se trouve que vous avez bien étudié comme tous les autres, mais si les employeurs ont une autre conception de vous comme quoi vous ne pouvez pas être aussi efficace comme les personnes valides, ou encore qu’en vous recrutant ils dépenseraient un peu plus sur vous qu’ils ne dépenseraient sur les personnes valides, ça devient compliqué. C’est pourquoi d’ailleurs, je salue l’ancien ministre Justin Morel Junior qui a cru en moi et qui m’a employé. Sinon, j’ai tapé à la porte de plusieurs employeurs qui ne m’ont pas engagé, je l’imagine, à cause de mon handicap physique », a-t-il confié.

 

D’où la nécessité, selon notre confrère, d’éduquer et de sensibiliser davantage l’ensemble de la société guinéenne, en vue de changer le regard des gens sur les personnes vivant avec un handicap. Il souhaite aussi une meilleure implication de l’Etat pour aider les personnes handicapées à sortir progressivement de la mendicité. « Pour moi, la mendicité, qu’elle soit faite par une personne valide ou handicapée n’a rien d’honorable, ça réduit l’être humain. Il faut dire que la mendicité des handicapés est le résultat de plusieurs facteurs, notamment la démission des parents et la démission de l’État aussi.

 

Voyez-vous aujourd’hui, il y a des personnes qui mendient dans la rue et qui ont tellement développé cette pratique qu’elles ne s’imaginent ou n’envisagent pas faire autre chose. Donc, ces personnes nécessitent l’attention de l’État. Qu’on vienne vers elles pour leur dire que la mendicité n’est pas un travail et qu’il y a une autre façon de gagner sa vie. C’est pourquoi tout ne doit pas se limiter à la sensibilisation. Il faut de temps en autre des formations. Une prise en charge dans les projets à travers le financement des partenaires. Sinon, on va beau appeler à la fin de la mendicité mais on ne viendra pas à bout de cette pratique aussi longtemps qu’on n’aura pas agi sur l’ensemble des facteurs », estime Boubacar Sanso Barry.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tél. : 626 66 29 27

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