Alpha Amadou Baldé, membre du bureau fédéral UFDG de Dakar« La voie la plus courte pour Alpha Condé d’anticiper sa retraite politique serait d’envisager le report de l’élection présidentielle », dit Alpha Amadou Baldé, membre du bureau fédéral UFDG de Dakar

Rencontré au siège de la Fédération dakaroise de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, à l’orée du nouvel an, le Secrétaire Général du Bureau des Jeunes, par ailleurs membre charismatique de la fédération supra-mentionnée et du Comité National des Jeunes de la plus grande formation politique de la Guinée, Monsieur Alpha Amadou Baldé, évoque dans cet entretien à bâtons rompus, le fonctionnement de son parti à Dakar et une kyrielle de sujets portant notamment sur la vie sociopolitique et économique de notre pays, le bilan du Professeur Alpha Condé comptant pour 2014, le récent séjour de El Hadj Cellou Dalein dans la capitale sénégalaise, les actions en cours pour la réorganisation des instances de l’UFDG en prélude aux prochaines consultations électorales et les gravissimes dysfonctionnements qui caractérisent l’Administration de notre Représentation Diplomatique au Sénégal. A lire absolument. Décapant !

Monsieur Baldé, en  votre qualité de membre très influent de la Fédération UFDG du Sénégal, dites-nous comment se porte cette formation politique à Dakar ?

La Fédération de l’UFDG du Sénégal se porte bien. Elle est  en pleine réorganisation avec le renouvellement de ses instances et la création de nouvelles sections. Elle est, de par sa taille, la première fédération de l’UFDG basée à l’extérieur. De ce fait, elle a donc un rôle prépondérant à jouer. Sous la direction de notre dynamique et vaillant Secrétaire Fédéral, El Hadj Boubacar Sidy Bah, nous préparons activement l’année 2015 qui verra se tenir l’élection présidentielle.

Quelles ont été les activités menées par la Fédération UFDG du Sénégal durant l’année 2014 et quel bilan en tirez-vous  globalement ?

En cette année pré-électorale nous avons surtout mis l’accent sur la sensibilisation, la mobilisation et la réorganisation. Il est important que nos militants et sympathisants soient sensibilisés sur ce qui se passe en Guinée et sur la nécessité de rester mobilisés dans la préparation de l’élection présidentielle de 2015. C’est ce que nous avons fait en menant des campagnes d’information et de sensibilisation au niveau de la base. Nous avons également travaillé à la création de trois nouvelles sections,  portant le nombre total à douze. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le  maintien de la cohésion au sein de la fédération pour que nos forces soient concentrées à la lutte pour le départ d’Alpha Condé. Le renouvellement des instances de la fédération est toujours en cours,  avec à la clé la mise en place prochaine d’un directoire et d’un programme de campagne.

Quelles sont les activités programmées par votre Fédération en 2015 qui est une année électorale ?

Notre objectif principal est de jouer un rôle majeur dans l’alternance démocratique qui interviendra en 2015. La mobilisation, la sensibilisation et la formation de nos militants sont les priorités dans notre préparation. Nos militants sont déterminés à veiller à la transparence du scrutin, mais aussi et surtout à la protection des résultats du vote. Pour cette élection, nous comptons aussi participer directement aux activités en Guinée, en apportant une assistance à la jeunesse de notre parti, d’autant que le gros du travail à faire se trouve là-bas. Le Sénégal est un bastion imprenable de l’UFDG.

Le leader de votre formation politique, El Hadj Cellou Dalein Diallo en l’occurrence, a récemment séjourné à Dakar. Il avait mis ce bref séjour à profit pour rencontrer les responsables du Bureau Fédéral, ceux des Jeunes et des Femmes de son parti. De quoi a-t-il été question à la faveur de ces différentes rencontres ?

Le Président Cellou Dalein Diallo séjourne régulièrement au Sénégal pour échanger avec  les responsables de la fédération, il était venu pour nous renouveler sa confiance et tenir des séances de travail sur les priorités de notre formation politique à la veille de la présidentielle de 2015. Nous avons eu à parler des sujets brûlants de l’actualité guinéenne, du renouvellement des instances en cours, de la réorganisation, mais aussi, de l’attitude de notre représentation diplomatique. Comme vous le savez,  l’UFDG est un parti démocrate où la consultation de tous les responsables est de rigueur. C’est dans cette logique que le Président Cellou Dalein Diallo est venu nous entretenir sur des sujets importants, notamment sur le processus électoral, la situation des prisonniers politiques, le financement de la campagne présidentielle de 2015, la sécurité de nos militants, mais également les relations entre les partis de l’opposition.

Alpha Amadou BaldéQuelles sont les relations des partis politiques de l’opposition, notamment l’UFDG, avec la Représentation diplomatique de notre pays au Sénégal ?

D’abord entre l’UFDG et avec les autres partis de l’opposition représentés au Sénégal les relations très bonnes relations, je rappelle que nous avons travaillé ensemble pour le départ des militaires et la tenue d’une élection présidentielle démocratique et apaisée. Nous avons apprécié les accords de soutien qui ont été établie lors des élections législatives et grâce aux quels l’opposition républicaine dispose de 2 groupes parlementaires.

Par contre nos rapports avec l’Ambassade de Guinée au Sénégal sont assez compliqués du fait que nos représentants ont d’autres objectifs qui ne sont pas ceux de défendre les intérêts de la Guinée et des guinéens. Je commencerais d’abord par évoquer leur système de gestion qui n’obéit pas aux standards élémentaires d’administration. A ce jour, aucun paiement pour un service sollicité, sans compter à leur niveau, les régularisations de factures ne font guère l’objet de délivrance d’une quelconque quittance valable avec entête et numéro d’ordre. Ils travaillent dans une Opacité indescriptible, se refusant à moderniser leur matériel de travail. Ce qui favorise la corruption et les détournements de fonds. L’Ambassadeur, lui-même, fait obstruction à la délivrance de la carte consulaire en violation de toutes les dispositions légales. Aucune assistance n’est apportée aux Guinéens résidant au Sénégal, la quasi-totalité de  leurs sollicitations sont restés souvent sans suite favorable. Même dans la situation de crise afférente au cas du jeune Guinéen atteint du virus Ebola, l’Ambassade n’a pas voulu s’impliquer, s’abstenant même de remercier les autorités sénégalaises pour l’aide apportée à notre compatriote.

Mais, nous lui avons envoyé un message clair, en lui signifiant que l’Ambassade n’est pas le siège d’un parti politique et son personnel bien que majoritairement issu du Bureau du RPG à Dakar, doit être au service des Guinéens. Nous avons dénoncé cette attitude irresponsable et nous sommes déterminés à l’affronter et à le faire partir s’il ne se ressaisit pas. L’Ambassade de Guinée est la seule Représentation diplomatique qui refuse de recenser et de délivrer des cartes consulaires à ses citoyens.

De votre pays de résidence qu’est le Sénégal, vous avez un penchant patriotique indescriptible pour la Guinée dont vous suivez de près toutes les actualités. A cet égard, quel bilan dressez-vous, en tant qu’homme politique, de la gouvernance du Professeur Alpha Condé, en 2014, sur les plans : politique, économique, social, sécurité, droits humains, liberté de presse, diplomatique, etc.

Le bilan d’Alpha Condé et de son gouvernement pour l’année 2014 est, à tous les niveaux, catastrophique.

Sur le plan politique, aucune évolution positive de la situation n’a été enregistrée, l’arrêt du dialogue politique, le blocage du processus électoral avec l’obstination du pouvoir à mener de manière unilatérale les activités de préparation des élections locales et de la présidentielle exacerbent la crise dans le pays.

Le refus du Président Condé d’installer la Cour Constitutionnelle et l’institution  nationale indépendante des Droits de l’Humains (INIDH) dont  il vient de falsifier la loi en toute illégalité est une preuve de sa volonté d’organiser des élections frauduleuses, car la Cour Suprême se déclare chaque fois incompétente à juger les contentieux électoraux.

L’économie de la Guinée a été fortement affectée par la mauvaise gouvernance qui est érigé en méthode de gestion, à cela s’ajoute la gestion catastrophique de la fièvre hémorragique à virus Ebola qui a fait plus de 1.250 morts malgré les aides financières directes de plus de 120 millions de dollars, des laboratoires et des centres de traitement construits par nos partenaires.

Il n’y a pas eu de nouvelles infrastructures routières (moins de 300 km construites en 4 ans), scolaires et universitaires, hospitalières et industrielles, il n’y a ni eau ni électricité (Malgré l’utilisation de plus 1 milliard de dollars dans le secteur de l’énergie); le salaire minimum du fonctionnaire guinéen n’a pas évolué. Enfin, il n’y a pas eu un vrai recrutement dans la fonction publique.

La croissance économique du pays a considérablement chuté, tous les secteurs sont affectés, le départ des sociétés minières et la fermeture de l’usine Friguia entre 2012 et 2013 du fait de la pression constante du gouvernement, avec pour conséquences la perte de 45.000 emplois directes et indirectes. Les détournements de fonds sont légion, le scandale des 20 millions de dollars interceptés à Dakar est encore frais dans les mémoires.

L’insécurité a atteint son paroxysme, avec à la clé des assassinats ciblés, le pillage des commerces par certains délinquants,  des hommes en tenue ont fini de terroriser les populations abandonnées à elles mêmes.

Les criminels ne sont pas inquiétés. Et, même jugés, ils sont libérés. A titre d’exemple, cet officier qui a agressé un magistrat dans l’exercice de ses fonctions qui, après avoir été condamné, fut libéré. L’impunité, la corruption, le clientélisme, les détentions arbitraires et les détournements de fonds publics sont les règles de gestion dans l’administration Condé.

Le pouvoir tente par tous les moyens de museler les médias, lorsque la corruption et l’intimidation ne marchent pas. Il contraint les hommes de presse à l’exil, non sans menacer leur intégrité physique ou même attenter à leur vie.

Enfin, la diplomatie guinéenne est malade de l’incompétence de ses responsables, la conséquence directe est le recul de notre Représentation au sein des institutions internationales. Nous avons moins de fonctionnaires internationaux maintenant que sous le régime militaire de Lansana Conté. L’influence de la Guinée dans la géopolitique et la géostratégie en Afrique et dans le monde est presque négligeable, les conditions des Guinéens de l’Etranger se détériorent au jour le jour. J’en veux pour preuve le cas des Guinéens d’Angola qui subissent les pires traitements inhumains (assassinats, vol, destruction de biens, tortures etc.) sans que le gouvernement ne réagisse. Il y a également le cas de nos compatriotes de la Belgique qui sont régulièrement rapatriés du fait d’accords signés par nos propres autorités.

Avez-vous l’espoir que les élections se tiennent à date, d’autant plus qu’on est tenté de croire que celles-ci semblent déjà piégées, comme l’a récemment dit l’opposant Bah Oury, par le Professeur Alpha Condé via la gestion de la fièvre hémorragique à virus Ebola ?

Alpha Amadou Baldé, membre du bureau fédéral UFDG de DakarLa voie la plus courte pour Alpha Condé d’anticiper sa retraite politique serait d’envisager le report de l’élection présidentielle…  Ce qui s’est passé au Kenya, en Cote d’Ivoire et récemment au Burkina Faso doit lui servir de leçon. C’est la sagesse du Président Cellou Dalein Diallo qui, en acceptant les résultats truqués de l’élection en 2010, a permis de préserver la paix sociale dans notre pays et nous l’avions apprécié à sa juste valeur. Tout le monde pensait qu’après cela, Alpha Condé allait œuvrer pour la réconciliation et le bien-être des Guinéens, le décollage économique et industriel de la Guinée. Mais, trois fois hélas ! Il a fait tout le contraire, trahissant du coup la confiance de ses maigres électeurs.

Cette fois-ci, la jeunesse guinéenne a pris l’engagement ferme d’assumer pleinement ses responsabilités face à l’histoire, en cas de fraudes électorales ou de non respect des délais constitutionnels.

La Guinée a bénéficié d’une aide financière et matérielle suffisante pour faire face à la fièvre hémorragique à virus Ebola, mais le gouvernement n’a pas la volonté de lutter efficacement contre l’épidémie. On aurait pu la contenir en trois mois avec une bonne gestion.

Le Vice-président, Monsieur Bah Oury, a toujours prévenu sur les intentions réelles d’Alpha Condé, tant il est vrai que les élections sont déjà piégées. Le choix unilatéral de l’opérateur GEMALTO et le refus de l’implication de la communauté internationale sont des preuves de la mascarade que prépare le pouvoir. Mais nous lui apporterons une réponse à la hauteur du forfait qu’il prépare.

Pour sauver son honneur Alpha Condé ne devrait pas briguer un second mandat,  ni son bilan catastrophique, ni les fonds publics détournés encore moins sa haute trahison en falsifiant illégalement la loi sur l’INIDH  ne l’aideront à convaincre les guinéens.

Quelle stratégie l’opposition doit-elle s’adjuger pour contraindre le pouvoir à respecter les délais constitutionnels des élections, favoriser la transparence de celles-ci et obtenir l’alternance démocratique ?

L’objectif que nous recherchons à travers notre combat est l’instauration de la démocratie au vrai sens du mot, la création d’un Etat de droit, le bien-être des Guinéens et le développement de notre pays.

Nous userons de toutes les voies légales pour le respect du calendrier électoral consacré par Constitution. Les manifestations de rue, la saisine de la Communauté Internationale, l’appel à la désobéissance civile …

Quel est votre mot de la fin ?

Je saisis cette occasion pour souhaiter au Peuple de Guinée une bonne et heureuse année 2015. Je lui adresse mes vœux de paix, de sécurité et de concorde nationale. Je prie Dieu qu’il nous aide à vaincre la maladie hémorragique à virus Ébola et que notre pays connaisse une prospérité économique. Je lance également un appel  solennel à la jeunesse guinéenne pour qu’elle soit unie et plus vigilante, car elle est l’héroïne de nos quelques acquis démocratiques.

A mes frères et sœurs sénégalais, je dis : « Yala na diam yague si deuk bi », le peuple de Guinée les remercie et leur exprime sa reconnaissance pour son soutien constant dans les moments difficiles de la dictature de Sékou Touré qui a fait des centaines de milliers d’exilés guinéens accueillis au Sénégal en passant par l’intervention du Président Abdoulaye Wade pour sauver le Président Cellou Dalein Diallo de la barbarie du régime militaire de la transition mais aussi de la prise en charge totale de notre compatriote malade du virus Ebola. Nous remercions le Président Macky Sall et son gouvernement et saluons les Guides religieux.

A vous aussi Monsieur Mandian Sidibé, la Fédération de l’UFDG  de Dakar, par ma voix, vous souhaite de pouvoir rentrer très bientôt, sans aucune crainte, en Guinée, pour continuer à servir loyalement votre patrie et tout le Peuple de Guinée que vous aimez tant et si bien que vous avez  frôlé tous genres de risques dans l’exercice honorable de votre noble métier.

Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens. Amen !

Bonne et Heureuse Année 2015

Entretien réalisé par Mandian SIDIBE

  Journaliste en exil forcé à Dakar 

           

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