Saïd Nour Bokoum

Avertissment

Il y un peu plus d’un mois à Conakry, un proche d’Alpha m’a appelé pour me dire que ce dernier aurait demandé de « localiser Bokoum ». En effet, après quelques péripéties, Kiridi Bangoura m’a invité à un déjeuner au Petit palais, Après m’avoir fait poirauter une heure dans son bureau, le voilà qui débarque en s’excusant

  • Désolé grand frère, c’est ton ami qi m’a mis dans un autre programme, on n’a plus le temps d’aller déjeuner au Petit bateau.. Insatallez le Doyen..

Une heure pendant laquelle il m’a proposé de participer à un ensemble de missions (financées par Tokten, entre autres parties prenantes) pour l’organisation d’une commission sur la « Réconciliation nationale ».

Mon premier « contact » m’avait laissé entendre qu’il s’agissait d’un ministère, devinez lequel..

  • Je pensais à un grand ministère d’Etat..
  • Tout à fait, fit-il.

Qu’est-ce que Malraux a de plus que moi.. Je lui ai donné mon accord de principe, à condition de rencontrer Alpha pour lui dire une ou deux choses d’ordre privé, et une autre pour laquelle il pourrait me faire pendre. (ainsi que l’Opposition). C’est justement, en substance, le poisson d’avril que Nouhou Baldé (www.guineematin.com) vient de publier. Un texte auquel je réfléchis depuis plus d’un an, dont la teneur n’est connue que de Boubacar Doumba Diallo et Benté Diallo qui ne l’ont reçu qu’avant-hier et hier (30 et 31 mars) ! Je n’en ai jamais parlé à Nouhou Baldé ni à personne d’autre, même pas à Kiridi Bangoura !

Maintenant je ne vais plus me gêner, ni hésiter à rendre public mon texte qui n’est pas du tout un poisson d’avril, au pire on le prendrait pour une grosse baleine échouée au large de nos côtes polluées par des montagnes d’espoirs inextricablement embourbés dans les détritus.

Voici donc mes deux vœux pieux et tardifs ( ?) pour 2015 qui s’annonce avec huit constats irréfutables, tirés d’une situation concrète, palpable par n’importe quel Guinéen.

Comment combattre le premier ennemi tapis en nous-mêmes

  1. Le président de la République, chef de l’Etat, devant qui est responsable le gouvernement, commandant en chef des armées, gouverne, règne sans conteste, avec une assemblée qui lui est acquise.
  2. Les acteurs des institutions publiques avec les autres acteurs politiques ou non, qui ne sont pas « aux affaires », sont ceux-là mêmes qui ont contribué à conduire ce pays, de relais en relais depuis 1956-1958, jusqu’à le jeter devant l’impasse actuelle derrière laquelle se cache un abîme.
  3. Ce pouvoir présidentiel sans contrepoids réel a, ceci étant plus ou moins lié à cela, en face de lui, des responsables d’une Opposition qui ont largement contribué à mettre ce pays au bord de ce même cul-de-basse-fosse.
  4. En somme, le président Alpha Condé gouverne avec le même appareil d’Etat, habillé d’une literie rapiécée par Lansana Conté, avec la friperie héritée de la « Révolution », indirectement aidé par la veulerie des opposants d’aujourd’hui, – il y a des exceptions individuelles ! -, les mêmes que se dispute « l’opposant historique » d’hier, qui font l’essentiel de sa garde rapprochée et de sa basse-cour.
  5. L’Opposition quant à elle, s’oppose avec le même vide « idéologie » (tactique, stratégie inféconds) qui l’animait quand elle était aux affaires, cependant qu’elle constituait l’essentiel de ce même appareil d’Etat.
  1. Alpha, l’Opposition, les Guinéens, nous sommes tous captifs des mêmes, ces quelque 200 prédateurs qui ont ruiné ce pays.
  2. Donc Alpha et « l’Opposition » sont objectivement solidaires dans leur fantasia. Montés sur des chevaux de feu, ils nous font tourner en rond autour d’un abyme de pauvreté, un cimetière d’espoirs.

Que faire ?

Lutter pour balayer cet appareil d’Etat au sens large, puisqu’il déborde la gouvernance au sens strict, ses protagonistes étant assimilables aux métastases disséminées dans le corps social, irrigant tous ses organes : Mouvance, Opposition, Syndicats et Société civile. Le meeting inutile du 7 janvier dernier, et le renoncement pitoyable de la dernière grève « illimitée », sont une maquette grandeur nature de ce château de cartes qu’est la maison Guinée.

Mais même gagnée, cette victoire contre l’appareil d’Etat serait un pis-aller avec un ennemi extérieur autrement plus dangereux, non seulement pour la Guinée, mais pour nos voisins de Sierra Leone et du Libéria, voire pour d’autres.

Ainsi, le Guinéen a le choix entre s’ensevelir dans un gigantesque dépotoir ou se saisir d’un immense balai citoyen, drame cornélien qui mène au même ou presque : le chaos ou la guerre civile. Il semble en effet qu’Alpha ne pourra plus reculer et l’Opposition a fini sa fuite en avant, au bout d’un tunnel fermé au bas d’une montagne de stratégies effondrées.

Aussi voici mon rêve, en attendant un roman qui pourrait restituer 80 jours autour d’un monde interlope dont je viens de m’extirper il y a quelques heures, un monde qui s’effondre (Things fall apart, Chinua Achebe).

Adresse du chef de l’Etat

« Ebola, une opportunité pour sortir d’un tunnel long d’un demi-siècle » (Alpha Condé).

Guinéennes, Guinéens,

Mettons-nous debout, unis pour combattre et vaincre un seul ennemi, qui a pris les apparences du virus Ebola.

Ebola a trouvé en Guinée des alliés qui lui font le lit depuis plus de cinquante ans. Ils ont nom : corruption, crimes économiques et de sang, impunité, mal gouvernance.

Ebola est un criminel contre l’humanité, un envahisseur, comparable à ces monstres venus de l’espace, popularisés par le cinéma. Mais Ebola n’est pas une fiction, et la guerre totale que nous devons lui livrer, qui est déjà – et c’est heureux ! – devenue planétaire, cette guerre doit mobiliser chaque Guinéenne, chaque Guinéen devenus soldats.

Guinéennes, Guinéens,

J’ai décidé d’élargir tous les condamnés, tous les détenus jugés ou pas encore pour des faits réputés commis à l’encontre de ce que j’incarne depuis mon investiture le 21 décembre 2010.

Je demande au ministre d’Etat de la justice, Garde des sceaux, à messieurs le Procureur de la république, l’agent judiciaire de l’Etat, de diligenter toutes actions pour que les susmentionnés soient libérés et dédommagé en conséquence, soit à titre gracieux, soit selon toute autre procédure de rétablissement de droits et de réhabilitation.

Ceux qui se trouvent sous les contraintes de tous ordres, notamment liées à un mandat d’arrêt international, sont libres de rentrer en Guinée quand il leur plaira. Le Garde des sceaux, l’agent judiciaire de l’Etat et M. le procureur, veilleront à ce que cette disposition soit diligentée dans le cadre de la loi.

J’invite MM. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté et Saloum Cissé, à nous rencontrer le plus rapidement possible pour faire un tour d’horizon complet de la situation actuelle, avec comme objectifs :

La mise en place d’un organe de commandement et de gestion de la guerre que nous devons mener contre cet ennemi qui ne connaît ni les frontières politiques, ni les frontières socioculturelles, ni même les frontières géographiques. Ce sera un Conseil National de Défense et de Paix (CNDP)

Le CNDP aura pour mission :

  • Le commandement militaire, la direction politique et la gestion économique et sanitaire de la guerre contre l’ennemi étranger.
  • J’en assumerai le commandement en chef, ainsi qu’un cabinet dont la composition tiendra compte de l’avis du CNDP
  • La formation d’un gouvernement d’union nationale, dirigé par un Premier ministre issu de l’Opposition, qui déterminera et définira les axes et les priorités, sous la haute autorité du CNDP.
  • Ce gouvernement ne sera responsable que devant le CNDP dont le vice-président sera issu de l’Opposition représentée par l’UFDG, l’UFR et le PEDN.
  • Le commandant en chef (en l’occurrence le Chef de l’Etat) et le vice-président du CNDP jouissent d’un droit de véto à l’encontre de toute décision ou toute action entreprise par le gouvernement d’union nationale, mais ce droit de véto ne saurait s’exercer contre l’avis unanime des autres membres du CNDP.

Mission et attributions du gouvernement d’union nationale.

  • Diligenter l’enquête en cours pour identifier les auteurs présumés des crimes commis depuis l’avènement du CNDD, jusqu’au jour d’aujourd’hui, les juger et les mettre, le cas échéant, à la disposition de la justice soit nationale, soit internationale, selon les crimes établis par le juge national en dernier ressort.
  • Après revue et audits des chiffres et des maîtres d’œuvre et d’ouvrage, reprendre et conduire les chantiers en cours, selon un nouveau chronogramme, eu égard à l’état de guerre déjà décrété : en même temps que la lutte contre Ebola, il s’agira des chantiers pour la satisfaction des besoins sociaux de base, l’emploi-jeunes, la lutte contre le grand banditisme généralisé, les infrastructures liées aux transports.
  • En étroite concertation avec le CNDP, mettre en place de façon consensuelle, un comité d’organisation d’assises nationales qui feront la lumière sur les évènements douloureux survenus depuis le gouvernement de la Loi-cadre Gaston Deferre, jusqu’au jour d’aujourd’hui, qui fera le point des crimes économiques et des crimes de guerre.

En conséquence, je demanderai à tous les députés, toutes sensibilités confondues, de voter une loi organique à caractère constitutionnel, que je compte soumettre à l’assemblée.

Dès la promulgation de cette loi, le CDNP sera l’unique organe qui cumulera les pouvoirs de l’Exécutif, du Législatif et du Judiciaire.

En attendant et suite à cette loi organique, les prochaines échéances communautaires, puis présidentielles, devraient être reportées successivement de 3 mois.

Guinéennes, Guinéens,

Cet appel aux présidents des trois premières formations politiques de l’Opposition n’est pas une manière de minimiser, encore moins d’exclure les autres grands acteurs de la vie politiques et du changement social de notre cher pays, notamment les responsables des autres Partis politiques, ni d’autres anciens premiers ministres, d’une part ; ni les institutions sociales (syndicats, société civile, journaliste et personnalités) d’autre part, ne seront écartées de ce sursaut national auquel Guinéennes et Guinéens je vous convie.

Vive l’unité nationale !

Vive la Guinée !

Wa Salam,

Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com

PS : je suis conscient de la probabilité que le chef de l’Etat me fasse pendre en cas de refus et que l’Opposition me fasse lyncher pour la même raison, inverse. J’aurais au moins ouvert un débat, qui je l’espère ne sera pas couvert par les cantiques, resucées de deux Lazare vêtus d’un toge et d’une djellaba, à nouveau ressuscités.

 

 

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