Election de Macron en France : « Ce n’est pas à lui d’empêcher un 3ème mandat en Guinée », prévient Faya Millimono

Dans la journée d’hier dimanche, 07 mai 2017, le peuple français a porté au pouvoir Emmanuel Macron avec plus de 60% des voix contre sa rivale du Front National, Marine Le Pen. Pour analyser cette victoire de Macron qui n’a que 39 ans devant des candidats « traditionnels » et surtout l’impact de ce changement pour l’Afrique en général et la Guinée en particulier, Guineematin.com a joint au téléphone, le leader du Bloc libéral Docteur Faya Millimono.  Au bout du fil, le président du BL a parlé d’un vent nouveau avant de renvoyer les leaders guinéens devant leur responsabilité pour « empêcher » un 3ème mandat pour le Président Alpha Condé.  

Décryptage !

Guineematin.com : Quel regard portez-vous sur l’élection d’Emmanuel Macron hier en France ?

Docteur Faya Millimono : L’élection d’Emanuel Macron n’est pas une surprise. Le monde dans le quel nous vivons actuellement et cela dans beaucoup de pays, il y a une révolution douce qui est entrain de s’opérer. Il faut remonter à l’an 2008 quand Obama a créé la surprise aux Etats Unis contre la volonté des ténors démocrates. Huit ans plus tard, cet homme a réédité l’exploit. Si on demandait aux ténors républicains, ils ne vous diraient pas qui ils voulaient être Président parce qu’ils ne prononceraient non pas Hilary Clinton. C’était contre leur volonté que le peuple américain a fait son choix. C’est après ce qui s’est passé en France. Les partis traditionnels qui sont nés et qui ont baigné dans le machiavélisme, les partis qui pensent que la diversion est la seule chose qui compte sont en passe d’être dépassés parce que leur préoccupation, leur discours semblent être aux antipodes des vraies préoccupations des populations.

Dans le cas de notre pays, les préoccupations des populations, c’est comment trouver de l’emploi pour ses enfants, trouver à manger pour sa famille, vivre dans un environnement propre, avoir un abris décent, circuler sur une route relativement bonne, dans un véhicule relativement bon avec un chauffeur qui va obéir aux standards. C’est être dans une situation où on a  de l’eau potable, de l’électricité, où on peut fonder une famille et vivre normalement comme tout le monde.

Guineematin.com : Sur la question de la France-Afrique, selon-vous quelle doit être la ligne de conduite du nouveau président français ?

Docteur Faya Millimono : Je fonde seulement un espoir. Macron n’est pas un politicien traditionnel. Il est jeune et a évolué dans le monde des affaires. Il a travaillé comme banquier et est venu dans la gouvernance politique il y a seulement trois ans. Il est vrai que l’administration française qui est une continuité va demeurer. Mais, ça pourrait être l’occasion d’imprimer une nouvelle vision des relations entre la France et l’Afrique.  Mais, les déterminants en dernière instance, ce sont les africains eux-mêmes. Nous sommes appelés et nous sommes obligés de nous assumer au-delà de toutes les relations, l’Afrique doit se donner un chemin. L’Afrique doit se comporter de manière responsable. Le jour qu’il y aura cela, même les relations vont s’améliorer. Aussi longtemps que nous aurons l’espoir que le Président français aura comme vocation de développer l’Afrique, on se trompe. Un gouvernement n’a pas pour vocation de développer un autre pays. Tout ce qu’on peut exprimer c’est un souhait, un espoir par rapport à ce qui va être l’attitude, le comportement du dirigeant français vis-à-vis de l’Afrique. Mais, c’est d’abord à l’Afrique de s’assumer en sortant des politiques de diversion pour aborder avec responsabilité ce qui concerne l’avenir des peuples africains.

Guineematin.com : Généralement, dans les Etats africains francophones, les dirigeants se livrent très souvent à des modifications de leurs constitutions pour rester au pouvoir pendant longtemps. Actuellement, dans notre pays, les gens redoutent un scénario de ce genre par monsieur Alpha Condé. Est-ce que vous pensez que la France d’Emmanuel Macron sera celle qui dira non pour une fois ?

Docteur Faya Millimono : Tout à l’heure, j’ai mis l’accent sur le fait que nous devons nous assumer en tant qu’africain. Nous avons une coopération avec la France et beaucoup d’autres pays. Nous avons de la coopération multilatérale. Tout ça, c’est bon. Mais, cela doit être vu comme étant des facteurs accompagnateurs de nos pays dans le choix que nous faisons nous-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes face à un risque de modification constitutionnelle. J’entends beaucoup espérer que le Président français ne va pas vouloir cela. Ce n’est pas le rôle du Président français de dire oui ou non les guinéens doivent changer la Constitution ou pas. Il peut donner son point de vue ; mais, c’est à nous les Guinéens, qui avons mis dans notre Constitution son intangibilité pour éviter un 3ème mandat de nous assumer. Il ne suffit pas simplement d’exprimer des vœux. Il faut qu’on se mette au travail pour empêcher. Le jour où nous aurons cette détermination, nous aurons des gens pour nous accompagner. Mais, l’erreur que nous commettons est de penser que ce sont les autres pays qui doivent nous guider vers là où nous voulons aller. C’est nous qui devons prendre nos responsabilités par rapport à l’avenir de notre pays.

Entretien réalisé et décrypté au téléphone par Mamadou Alpha Assia Baldé

Tél : 622 68 00 41

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