Pas de sortie ni d’entrée à Conakry, c’est la mesure en vigueur actuellement au barrage de Bangouyah, dans la préfecture de Coyah. Les agents de sécurité déployés sur les lieux refusent tout passage, invoquant l’isolement de Conakry par rapport aux villes de l’intérieur. Conséquence, de nombreuses personnes se retrouvent bloquées à cet endroit. Certains d’entre eux ont exprimé leur désarroi face à cette situation au micro d’un reporter de Guineematin.com qui s’est rendu sur place ce mercredi, 08 avril 2020.

Parmi la batterie de mesures annoncées par le président de la République dans le cadre de la lutte contre la propagation de la pandémie du coronavirus en Guinée, figure l’isolement de la capitale. Isolement partiel, puisque le décret d’Alpha Condé n’avait interdit que les sorties de Conakry vers les villes de l’intérieur. Mais au barrage de Bangouyah, situé dans la préfecture de Coyah, aux portes de Conakry, ni les sorties ni les entrées ne sont autorisées aujourd’hui. Depuis quelques jours, bloquent tous ceux qui arrivent sur les lieux dans l’intention de passer. C’est le cas de Ramata Sylla, en provenance de Conakry pour l’intérieur du pays.

Ramata Sylla

« Nous demandons au président de libérer la route. Nous souffrons, les femmes guinéennes souffrent de cette mesure. Les agents nous empêchent de circuler. Personne n’est épargné. Même les motards ne sont pas épargnés. Si on continue d’interdire aux gens de circuler, ce n’est pas le coronavirus qui va nous tuer, mais nous allons plutôt mourir de la faim. Le président de la République doit revoir sa mesure, il doit alléger la mesure liée à la circulation des personnes. Nous souffrons énormément de cette interdiction de sortir et de rentrer de Conakry », se plaint cette dame.

Mme Lucie Camara

Lucy Camara, elle, a quitté N’Zérékoré pour Conakry. Elle est aussi bloquée avec ses bagages au niveau du barrage de Bangouyah. « Comme vous le voyez, je suis une vieille, je viens de N’Zérékoré. En plus de ces nombreux bagages en ma possession, j’ai en ma charge mes six (6) petites filles. Nous avons été bloquées par les agents de sécurité ici. Il y a trois jours que j’ai quitté N’Zérékoré, mon argent est fini. Depuis hier, on a rien eu à manger. Et, j’ai essayé de négocier avec un conducteur de moto taxi pour voir s’il va m’aider à transporter mes bagages vers Conakry, mais il me parle de 100 mille francs. J’exhorte les autorités à nous aider à quitter ici, sinon c’est la catastrophe », a-t-elle lancé.

Lasso Camara, chauffeur de minibus

Lasso Camara, chauffeur de minibus, en provenance de N’Zérékoré, se retrouve également dans cette situation. « Je viens de N’Zérékoré. Arrivé au barrage ici, les agents m’ont dit de débarquer tous les passagers, et je l’ai fait. Ils m’ont dit ensuite que si je rentre à Conakry, je ne pourrai plus ressortir. Cette mesure nous affecte parce que nous vivons de ce transport. Si on nous empêche de travailler, ça devient compliqué pour nous. Avec la crise qui a secoué N’Zérékoré ces derniers temps, nous n’avons pas pu travailler pendant un long moment.

Et aussitôt que nous avons repris le boulot, on nous dit encore que nous ne pouvons pas travailler sur cette ligne Conakry-N’Zérékoré. C’est difficile, c’est contraignant. Maintenant, puisqu’on ne peut pas passer tout notre temps ici, nous sommes obligés de rebrousser chemin malgré la crise qu’il y a à N’Zérékoré. Mais, je prie le gouvernement ne revoir sa mesure. Nous vivons de ce transport, si nous ne travaillons pas, nous n’aurons pas la possibilité de nourrir nos familles », a laissé entendre ce transporteur.

Alain Kourouma

Alain Kourouma est lui aussi dans ce « pétrin ». Il est partagé entre désolation et colère. « Je viens de Man (Côte d’Ivoire). On est arrivés là depuis le matin. Mais avec les mesures prises par le gouvernement, on a été empêchés de passer. Hier d’abord, on a été bloqués à Mamou la nuit à cause du couvre-feu instauré. Et ce matin, on nous dit que notre véhicule ne peut pas rentrer à Conakry. C’est vraiment pénible. On parle d’urgence sanitaire, mais je ne vois même pas de kits de lavage des mains. Je pense que les autorités doivent changer de stratégie dans la lutte contre cette épidémie. Elles doivent renforcer le contrôle sanitaire à travers un dépistage systématique des passagers mais elles ne doivent pas empêcher les gens de circuler », estime ce citoyen.

Par ailleurs, il faut noter que les agents déployés au niveau de ce barrage sont laissés pour compte. Avec le flux de passagers qu’ils gèrent, ils ne disposent d’aucun matériel de protection contre l’épidémie du coronavirus. Selon des indiscrétions, ce sont les agents eux-mêmes qui sortent de leurs poches pour s’acheter des kits de lavage des mains et des masques de protection.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin