Un jour seulement après la condamnation de Guillaume Soro à 20 ans de prison, la Côte d’Ivoire a annoncé ce mercredi le retrait de sa reconnaissance de la compétence de la cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Laquelle cour lui avait intimé l’ordre de suspendre le mandat d’arrêt international lancé contre l’ancien président de l’assemblée nationale, et candidat déclaré à l’élection présidentielle d’octobre prochain, Guillaume Soro.

Cette condamnation n’a d’autre objectif que d’empêcher l’ancien président de l’assemblée nationale de se présenter à l’élection présidentielle. Depuis plusieurs mois, Ouattara et Soro sont à couteaux tirés. Chacun est prêt à liquider l’autre. Politiquement voire physiquement. Soro, autrefois allié de Ouattara contre le trio, Bédié, Gbagbo et Blé Goudé, bénéficie, sinon du soutien, tout au moins de la sympathie et de la bienveillance de ces trois personnalités. On n’est pas loin d’un autre concept d’ivoirité pour trouver que, Ouattara, fils de Boyorondian, – terme utilisé pour qualifier les Ivoiriens d’origine malienne, guinéenne ou voltaïque- en fait de trop.

Dans ce pays l’intérêt personnel prime sur toute autre considération. Après avoir instauré le concept d’ivoirité pour écarter Ouattara, Bédié s’était coalisé avec le même Ouattara contre Gbagbo dans ce qu’ils ont appelé le Rassemblement des Houphétistes pour la Paix (RHDP). En s’associant avec Bédié contre Gbagbo, Ouattara aussi avait oublié que c’est le même Bédié qui était à l’origine de l’ivoirité et par conséquent celui par qui le conflit avait éclaté.
Laurent Gbagbo, principale victime du tandem Ouattara-Soro, serait aujourd’hui prêt à rejoindre ce dernier pour combattre Ouattara. Lequel, ne trouve pas meilleure récompense pour Soro qu’une condamnation. Un autre procès est prévu, cette fois avec une accusation de déstabilisation de l’Etat ivoirien.

Le duel sans merci qui oppose Alassane Ouattara et Guillaume Soro constitue l’illustration la plus parfaite qu’il n’y a aucune logique en politique. Surtout sous les tropiques. En 1990, le président Félix Houphouët-Boigny est de plus en plus absent sur la scène politique. Il nomme Alassane Ouattara, premier Africain directeur général adjoint du Fonds monétaire international, Premier ministre. Ce dernier assume correctement ses fonctions jusqu’à la disparition du « vieux » en 1993. Henri Konan Bédié, successeur désigné du père de l’indépendance, voit en Ouattara un obstacle pour accéder au palais. Il crée l’ivoirité, une arme redoutable pour barrer le chemin de la présidence à Ouattara.

En 1995, Ouattara s’abstient de se présenter à la présidentielle, laissant le champ libre à Henri Konan Bédié, candidat naturel du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI. En 1999, Ouattara tente sa première candidature à la magistrature suprême. Mais cette candidature est rejetée pour cause de « nationalité douteuse ». Pour la première fois l’ivoirité a eu raison de lui. Henri Konan Bédié sera renversé au mois de décembre de la même année par Robert Gueï.

Après l’instauration du concept d’ivoirité dont l’objectif était d’empêcher Ouattara de se présenter à la présidentielle, la Côte d’Ivoire fait face, pour la première fois, à une rébellion au nord du pays. Simple coïncidence ou pas, celui qui est visé par cet ostracisme est soupçonné à tort ou à raison d’être le parrain de la rébellion des forces nouvelles dirigée par un certain Guillaume Soro.

La Côte d’Ivoire est profondément divisée entre ceux qui se considèrent comme les vrais Ivoiriens et ceux dont les parents ou les grands-parents se sont installés dans le pays depuis son indépendance grâce à sa prospérité économique et sa liberté dans une sous-région en proie à la pauvreté et à la persécution politique.

Le tandem Ouattara-Soro, maintient la pression sur le régime. Le premier sur le plan politique. Le second dans le domaine militaire. Obligeant Laurent Gbagbo, arrivé au pouvoir après l’élection présidentielle contestée de 2000 où il avait comme seul concurrent le général Gueï, à abandonner le suicidaire concept d’ivoirité.

Fragilisé par la crise et la pression de la communauté internationale, notamment l’ancienne puissance coloniale, Laurent Gbagbo n’a plus le choix. Après de multiples reports de la présentielle, Alassane Ouattara sera bel et bien candidat à cette élection en 2010. Et il a un soutien de taille : celui d’Henri Konan Bédié, son « aîné » leader du PDCI et autrefois ennemi politique. ADO déclare « Le président Bédié et moi nous sommes tous des enfants du président Félix Houphouët-Boigny ».

Les résultats de cette présidentielles seront contestés. Plongeant le pays dans des violences post-électorales qui auraient fait près de 3 000 morts. Finalement avec l’aide de la France, qui a anéanti l’aviation Gbagbo, Ouattara sera déclaré vainqueur de la présidentielle. Le duo, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, leader des jeunes patriotes, expédié à la CPI à La Haye. Pendant que l’autre duo, Ouattara et Soro s’installe respectivement à la présidence de la République et à l’Assemblée nationale.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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