Abdoul Gadiry Diallo

Malgré ses effets dévastateurs, la pandémie du coronavirus a révélé un aspect positif au sein de la communauté guinéenne vivant à New York, aux Etats-Unis. Il s’agit du sens d’humanité des membres de cette communauté et leur sens d’humilité. Ils se sont organisés, se sont donné les mains pour faire face à cette crise sanitaire qui a ébranlé le monde entier. Pour en parler, le correspondant local de Guineematin.com a rencontré Monsieur Abdoul Gadiry Diallo, président de « Action Guinée » et ancien président de la GUICA, la communauté guinéenne de New York, New Jersey et Connecticut. Ce consultant basé à New York City est revenu sur l’impact du Covid-19 sur les Guinéens vivant aux Etats-Unis et la bataille qu’ils mènent pour y faire face.

Décryptage !

Guineematin.com : une forte communauté guinéenne vit à New York, l’un des Etats les plus touchés par le coronavirus aux Etats-Unis. Parlez-nous des impacts de cette pandémie sur les Guinéens vivant ici.

Abdoul Gadiry Diallo : effectivement, nous traversons une période très difficile à cause de ce virus qui a complètement bouleversé notre vie. Beaucoup de guinéens, une trentaine au total, en sont décédés. Nous prions pour le repos de leurs âmes et pour le rétablissement de tous les malades. Malheureusement, jusqu’au moment où nous parlons, je ne suis pas informé d’un soutien quelconque de notre ambassade à la communauté guinéenne vivant à New York. A part les présentations de condoléances de monsieur Kerfalla Yansané (l’ambassadeur de Guinée aux Etats-Unis, ndlr) à travers un communiqué radiodiffusé, il n’y a pas une action qui tend à venir au secours des malades où des familles des victimes.

Je suis sûr que s’il y avait eu quelque chose dans ce sens on l’aurait su, parce que nous sommes dans ce combat pour enterrer nos morts et supporter les familles des victimes. Mais jusque-là, on n’a rien vu des autorités guinéennes comme support à la communauté. A New York où je suis, personne ne m’a dit voici ce que nos autorités ont fait pour nous, contrairement aux autres communautés que nous voyons ici et qui sont soutenues par les autorités de leurs pays. Ça c’est vraiment malheureux pour nous.

Guineematin.com : devant cette situation, on apprend que la communauté guinéenne a décidé de s’organiser pour faire face à cette crise.

Abdoul Gadiry Diallo : absolument. Vous savez, la communauté guinéenne aux Etats-Unis est déjà habituée à se prendre en charge. On est habitué à ne pas toujours attendre nos autorités qui viennent toujours en retard ou ne viennent jamais. Nous avons appris donc à nous organiser et à nous prendre en charge. Toutes les communautés vivant ici se sont organisées en leur sein pour essayer de s’entraider afin de supporter les frais funéraires et les familles des victimes. Il y a beaucoup d’organisations ici, dont l’une des plus grandes réussites est la commission Fouta Covid-19.

Elle a été créée grâce à l’entente et la collaboration des deux plus grandes organisations du Fouta aux Etats-Unis. Je parle là de Pottal Fii Bhantal Fouta et de l’Union Fouta. Les responsables de ces organisations se sont mis ensemble, on a appelé toute la communauté et tout le monde est venu pour qu’on se donne les mains afin de faire face à cette épidémie. Les gens ont massivement répondu et ils ont cotisé beaucoup d’argent. En plus de ces cotisations, on cherche à exploiter d’autres possibilités qui existent sur le terrain.

Moi par exemple, je fais partie d’une commission qui est chargée de voir quelles sont les opportunités, quelles sont les aides et quels sont les autres aspects d’assistance qui sont offerts par l’Etat de New York et l’Etat fédéral pour envoyer cela au niveau de la communauté guinéenne. On parle d’aide funéraire, de nourriture pour les familles des victimes, etc. Ce n’est seulement les morts, au sein de notre communauté, on a des gens qui ne travaillent pas depuis des mois, ils ont besoin de se nourrir, de s’occuper de leurs familles et beaucoup d’autres choses. Donc, le Fouta Covid-19 est en train de faire un travail exemplaire, exceptionnel.

Mon souhait, c’est de voir ce travail continuer au-delà de cette situation actuelle. Et ce n’est pas propre qu’au Fouta seulement : le Manding, la Basse côte et la Forêt s’organisent tous de la même façon. Au début de cette crise, j’ai eu à appeler le président du Manding, ceux de la Basse côte, du Fouta et de la Forêt, tous sont mis en rapport avec l’actuel président de la GUICA et avec le consul qui était là. Nous avons réellement exprimé l’idée de collaborer ensemble pour s’occuper de la communauté guinéenne dans son ensemble. Donc, vous parlez-là d’un succès total dont je suis très fier.

Guineematin.com : vous avez parlé notamment de contributions financières de la part des membres de la communauté guinéenne. Au niveau de la structure appelée Fouta Covid-19 dont vous êtes membre, quel est le montant que vous avez réussi à mobiliser aujourd’hui ?

Abdoul Gadiry Diallo : je précise que la contribution a été fixée par sous-préfecture. Chaque sous-préfecture est appelée à verser 1000 dollars US au minimum. A ma dernière nouvelle, il y avait plus de 100 mille dollars qui ont été mobilisés. Il y a déjà eu des dépenses qui ont été effectuées pour assister les familles qui en ont besoin mais les cotisations se poursuivent toujours. Le Fouta Covid-19 paye les frais funéraires de chaque personne décédée, en raison de 50% pour chaque décès. La commission qui s’occupe de ça a commencé à travailler avec les familles qui ont perdu des proches, de façon très bien organisée.

Guineematin.com : qu’en est-il du travail de la commission à laquelle vous personnellement vous appartenez et qui est chargée de chercher des aides auprès des autorités américaines ? Est-ce que vous avez pu avoir quelque chose de ce côté ?

Abdoul Gadiry Diallo : notre commission a pu avoir des informations pour contacter le gouvernement local (de l’Etat de New York, ndlr) qui offre une assistance pour les frais d’enterrement, s’il y a un décès. Nous avons obtenu toutes les informations nécessaires qui permettront à ces familles d’appliquer tout le processus pour qu’on leur rembourse une partie des frais. Ce processus est actuellement en cours et il va se poursuivre jusqu’à ce que les familles concernées puissent bénéficier de ces aides.

Actuellement, il y a aussi des offres alimentaires qui sont accordées aux communautés, surtout aux musulmans à cause du ramadan et le Covid-19. Nous sommes chargés également de prendre certaines de ces informations pour rendre compte à la commission ou bien donner aux communicants qui, à leur tour, partagent les mêmes informations à la communauté africaine en général et celle guinéenne en particulier. Donc, il ne s’agit pas seulement d’enterrer nos morts, ceux qui survivent ont aussi des problèmes. Et nous voulons donner les informations nécessaires qui sont disponibles pour que ces personnes puissent utiliser cela en leur faveur.

Guineematin.com : avec les différentes demandes que vous avez eu à faire jusque-là, est-ce qu’il y en a eu qui ont déjà été satisfaites ?

Abdoul Gadiry Diallo : bien sûr. Si vous parlez de l’assistance aux familles des victimes, je connais au moins deux qui en ont déjà bénéficié. En ce qui concerne les vivres, vous-mêmes vous l’avez vu au niveau des mosquées. Ça s’est fait à Brooklyn et un peu partout. Et notre mosquée centrale ne sert pas seulement qu’aux Guinéens, d’autres africains viennent là-bas aussi pour profiter de ces aides. Donc, c’est en bonne voie et nous attendons les autres familles pour qu’elles viennent vers nous pour demander de l’aide. Si elles ont besoin d’autres informations, nous sommes là également pour les aider.

Guineematin.com : même si vous pensez que les autorités guinéennes ont abandonné leurs compatriotes vivant ici, est-ce que vous avez tout de même un message à leur endroit ?

Abdoul Gadiry Diallo : regardez ce qui se passe en Guinée, l’irresponsabilité dont ils ont fait montre. On voit une maladie venir, on fait comme si on est sourd et on continue à organiser des activités qui ont contribué à accélérer la propagation de ce virus dans le pays. Pendant que d’autres pays commençaient à dire à leur population de s’isoler et d’éviter les regroupements, la Guinée tient ses élections. Après ça, nous voyons ce qui se passe en Guinée. Si nos autorités n’ont la compétence ou bien ne parviennent pas à s’occuper des malades qui sont dans le pays, est-ce que nous qui sommes aux Etats-Unis on peut compter sur elles ? On ne peut pas. Je ne peux pas compter sur quelqu’un qui n’arrive pas à gérer son propre foyer pour dire qu’il peut me venir en aide.

Par contre, je lance un appel à nos autorités pour dire d’arrêter de faire de la politique pour des intérêts personnels. Il faut utiliser les ressources du pays au profit du peuple. Il est temps qu’il y ait du sérieux, des personnes capables de gérer cette crise. Ce virus ne connait pas qui est blanc et qui est noir. Il ne connait pas qui est soussou, peulh, malinké ou forestier. Donc, que nos dirigeants mettent la vie du Guinéen comme prioritaire. Quand un peuple n’a pas confiance à ses dirigeants, il ne peut pas avoir confiance à ce que son gouvernement dit. Il est temps donc qu’ils prennent des mesures draconiennes pour isoler Conakry et étudier d’autres aspects pour contrôler ce virus.

Malheureusement, ils ont vidé les caisses de l’Etat pour organiser des élections, ils ont gaspillé l’argent et cela n’a servi à rien. Maintenant, on s’assoit pour monter un plan surfacturé pour le soumettre à la Banque mondiale. Quelle inconscience ? Au moment où il faut faire du sérieux, dire la vérité au peuple, on profite pour encore détourner de l’argent. C’est de l’irresponsabilité, et c’est écœurant. Je prie Dieu qu’il sauve notre peuple. Malheureusement, nous avons nos parents là-bas qui ne comprennent pas combien de fois ils sont exposés à ce virus. J’espère que le président de la République et son Premier ministre vont prendre conscience de la dangerosité de ce virus pour mettre en place des Hommes sérieux pour une gestion transparente afin de contrôler cette maladie.

Guineematin.com : avez-vous un message à l’endroit des Guinéens qui sont à New York et qui contribuent dans cette lutte en cours ?

Abdoul Gadiry Diallo : quand je vois souvent la liste des personnes qui sont là, qui sont en train de contribuer, je me rends compte combien de fois l’humanité existe encore dans ce monde. Ce sont là des choses qui encouragent et qui vous disent que tout n’est pas encore perdu dans ce monde. Les gens contribuent pour aider les familles victimes, et c’est Dieu qui va les payer. Nous les encourageons et nous remercions tous ceux qui ont déjà contribué de près ou de loin. Il y a plusieurs façons de contribuer, ça peut être financier, physique, etc. On a des gens qui te disent qu’ils vont aller récupérer les cartons et les livrer aux personnes qui en ont besoin.

Nous avons aussi des jeunes qui sont en train de prendre des masques pour les envoyer à nos aînés qui sont les plus exposés à la maladie avant d’envoyer aux autres. Vraiment, quand vous voyez cela, ça vous encourage et ça vous dit que jusqu’à présent, il y a de l’humanisme qui reste. A tous les Guinéens qui sont ici, je demande de continuer à se donner les mains, à se supporter. Ici, il n’y pas de soussou, de peulh, de malinké ou de forestier. Nous sommes tous confrontés au même problème. Aux différents leaders, je demande de se donner les mains, de se donner des conseils et de se supporter.

Nous voyons cela quand même à New York. Les leaders des communautés des quatre régions naturelles de la Guinée vivant ici plus d’autres organisations ainsi que le président de la communauté guinéenne se concertent régulièrement. Même le consul vient donner un support moral. Les leaders se donnent des idées pour savoir quelles sont les informations qui sont bonnes et qu’est-ce qu’on observe dans chaque communauté. C’est vraiment encourageant et je remercie tout le monde pour cela.

Entretien réalisé par Mamadou Diouma Diallo, correspondant de Guineematin.com aux Etats-Unis

Téléphone : +1 646 591 2659

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