Situé entre le secteur Foula Madina, dans le quartier Yattayah Centre, et Sonfonia, dans la commune de Ratoma, le lac de Sonfonia est transformé en dépotoir d’ordures. Les riverains de ce site, impuissants face à ce drame, ne savent plus aujourd’hui à quel saint se vouer surtout que la pratique continue inexorablement. Interrogés sur la question par un reporter de Guineematin.com dans la journée du vendredi, 03 juillet 2020, autochtones et riverains ont exprimé leurs préoccupations.

Le lac de Sonfonia est devenu un dépotoir d’ordures et se trouve être occupé par des constructions anarchiques. Une situation qui préoccupe les habitants des lieux qui assistent impuissants à la dégradation de cette réserve d’eau fortement menacée par les actions de l’homme.

Mamadou Camara, chef du secteur de Foula Madina

C’est le cas de Mamadou Camara, chef du secteur de Foula Madina, qui ne cache pas son amertume. « C’est écœurant pour moi en tant que natif d’ici, mais pas en tant que chef secteur. Mon grand-père est venu ici en 1930. Mon père est né ici en 1937. J’ai grandi au bord du lac-là. Je n’ai connu d’autres lieux qu’ici. Au temps colonial, il y avait une plantation de bananes ici et une usine de la savonnerie de Guinée. Ceux-ci ont installé un barrage pour alimenter la plantation. C’était une usine qui appartenait à des Français. Après le départ des Français, l’usine est restée dans les mains du gouvernement guinéen. Comme vous le savez on sait combien de fois nous entretenons nos bien. Ça été abandonné, le manque de financement et finalement la plantation et l’usine ont été détruites. Le lac n’a plus travaillé. Le lac était réservé simplement pour servir l’usine et la plantation de bananerais. En 1970, la zone n’était pas lotie. Notre maison était la dernière case du village. C’était une brousse entre nous et le lac. En 1999, les arbres ont été coupés à cause du lotissement. Une marge de 50 mètres était laissée entre le lac et le lotissement. Mais vous connaissez le guinéen. Ils ont dépassé les 50 mètres pour construire jusqu’au bord du lac. Non seulement la source a été détruite mais il y a eu la déforestation totale. Le lac était tout le temps rempli et c’était clair. Celui qui s’intéresse à ce lac, s’intéresse à ma vie », raconte-t-il.

Selon le Chef secteur de Foula Madina, des investisseurs étrangers et nationaux, comme la SEG, ont tenté d’exploiter la zone. Mais à cause de la pollution de l’eau, ça n’a pas abouti. « Les Suisses ont voulu prendre ici comme site touristique, mais on ne les voit pas jusqu’à présent. La SEG aussi a voulu utiliser l’eau qui est là, mais elle ne pouvait pas. Parce qu’il n’y a pas de sécurité sanitaire, l’eau est vraiment polluée. Ils l’ont filtré, ils ont tout fait, mais impossible. Donc, ils l’ont fermé. Parce ce que c’est ce site qui alimentait Sangoyah jusqu’à Kissosso. Je ne veux pas jeter un coup d’œil parce que c’est très énervant. C’est cette eau-là qu’on buvait avant », a-t-il lissé entendre.

Pourtant, Mamadou Camara dit avoir mené des démarches pour arrêter la pollution des lieux par les ordures. Une démarche infructueuse, se désole-t-il. « Depuis que la zone a été peuplée, les gens profitent pour venir mettre les ordures. On a tout fait, avec les chefs de quartier et chefs secteurs, de Yattaya, Sonfonia et Foula Madina pour que les gens s’abonnent. Mais, tous ceux qui se trouvent autour du lac ne s’abonnent pas. Alors, c’est écœurant pour nous quand on voit ça. Chaque fois, on entend dire qu’ils viendront dégager les abords du lac, tous ceux qui se trouvent dans les 50 mètres. On a tout fait avec la population, mais impossible », regrette-t-il.

Kondiano Jacques Lamine Tamba, gérant d’un hôtel situé aux abords de ce lac

Pour sa part, Kondiano Jacques Lamine Tamba, gérant d’un hôtel situé aux abords de ce lac, ne cache pas ses difficultés. « Nous rencontrons énormément de difficultés par rapport à ça. Dès qu’il y a une pluie, le lac est souvent envahi par les ordures. Nous, devant notre hôtel, nous sommes obligés à tout moment de nettoyer profondément. Les populations déversent les ordures dans les eaux de ruissellement. C’est ce qui vient chez nous ici. L’eau n’aime pas la saleté. A son tour, elle rejette tout aux abords. Quand le mois d’août va arriver, on ne pourra pas travailler convenablement. Parce qu’il y a souvent une partie de l’hôtel qui est envahie par les ordures emportées par l’eau… ».

Mohamed DORE, pour Guineematin.com

Tel: +224 622 07 93 59

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