Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Sachant que tu t’intéresses de très à ce qui se passe dans notre pays, je suis sûr que tu suis avec la plus grande attention l’évolution de la situation dans ce pays. Après la formation du nouveau gouvernement, qui continue à faire couler tant d’encore et de salive, l’heure est au règlement de compte contre certains ministres reconduits. Particulièrement moi.

Comme si le fait de dépecer mon ministère en morceau ne suffisait pas, je fais face à plusieurs fronts. Tout d’abord celui de la défaite de l’équipe nationale. Comme si j’étais le responsable ou le seul responsable de cette défaite. Il y a même parmi mes collègues qui veulent profiter de cette affaire pour m’abattre. Mais comme on dit, Dieu ne dort pas. Au moment où la défaite était sur toutes les lèvres, la victoire est intervenue. Du coup, le dernier évènement a volé la vedette au premier.

Mais le plus navrant dans ce projet inavouable c’est l’implication de certains journalistes et mêmes des artistes. Tout ce petit monde a dû recevoir sa part de gâteau pour jouer le jeu de mes adversaires. Entre autres attaques dont je fais l’objet, tu as dû entendre ou lire les propos d’une artiste qui fait de très graves insinuations contre moi. Selon elle, je lui ai dit si tu avais fait ceci j’aurais fait cela. Des propos qui n’ont aucun sens. Mais puisqu’elle a insinué j’ai préféré garder un silence jusqu’à ce qu’elle soit plus explicite.

Après l’artiste c’est un journaliste qui entre dans la danse. Ou plus exactement un militant déguisé. Mais pour celui-ci je ne compte pas laisser tomber. Certains amis m’ont dissuadé de porter plainte contre lui. Estimant que ma démarche était contreproductive. Voire de la publicité gratuite pour l’intéressé. Mais je ne vais pas baisser les bras. A moins que ta réponse à cette lettre emboite le pas à tous les autres.

Décidément, tu diras que je suis sur tous les fronts. Mais ces problèmes sont les plus petits auxquels je fais face. Ce n’est que la partie visible de l’Iceberg. Les véritables problèmes auxquels je suis confronté sont ceux qui concernent le parti. Comme l’a écrit un chroniqueur de la place cette semaine, l’arroseur est en train d’être arrosé. Tu diras que moi qui suis si médiocre en français je commence à vous imiter en employant de gros mots. En réalité, c’est quand j’ai écouté le chroniqueur que j’ai cherché à savoir ce que cela veut dire

Cette d’histoire d’arroseur arrosé est bien évidemment celle de mon mentor. Celui qui fut, pour moi et pour beaucoup d’autres, une idole. Tu comprends de qui il s’agit. Cet homme a fait de l’affaiblissement de l’opposition une priorité voire une obsession. Il a débauché les cadres d’autres partis politiques pour les embaucher. Cela a été applaudi dans notre camp. Le grand patron a été qualifié de grand stratège. Paradoxalement aucun d’entre nous ne s’était rendu compte que ce succès serait notre échec. Il n’est point besoin d’être un politologue pour se rendre à l’évidence : chaque opposant qui nous rejoint prend la place d’un partisan.

Peu à peu, ceux qui ont fait le martyr depuis 1990 se sont retrouvés à la touche au profit de gens qui, jusqu’il y a un ou deux ans, étaient dans deux camps : soit celui qui nous a gazés, réprimés, arrêtés et emprisonnés. Soit celui qui nous a empêchés de jouir de notre victoire et de notre consécration depuis 2010. Quand le parti fait la part belle à ces deux types de personnes pendant que ceux qui ont subi les pires atrocités au nom du parti sont écartés, il y a de quoi s’indigner. Voire se rebeller. Nous sommes dans cette situation où, désormais certains symboles vivants du parti font l’objet de suspension et même d’arrestation.

Pour ces hommes et ces femmes, c’est véritablement le ciel qui leur tombe sur la tête. Cette situation inacceptable me donne finalement raison. Parce que de tous les temps, j’ai été opposé aux opportunistes qui rejoignent le parti pour se faire une place au soleil au détriment de ceux-là qui ont fait parfois l’ultime sacrifice pour que ce parti soit ce qu’il est aujourd’hui. Mais c’est cela aussi la leçon de la vie pour ceux qui veulent méditer.

Quand quelqu’un qui a rejoint notre parti hier estime aujourd’hui avoir mouillé le maillot, c’est un mépris pour ceux qui ont vendu leur maison. Ou ont versé leur sang pour ce parti. Quand ces gens-là entendent parler de récompense pour un maillot mouillé, ils se mordent le doigt. D’autres font un AVC. Parce qu’ils ont été trahis. Désormais ils ne voient leur ancienne idole qu’à la télévision.

J’ai une profonde empathie pour ces gens que certains appellent des frustrés. Moi je les appelle les symboles vivants, les artisans et les partisans de la liberté. Mais aussi les damnés de notre système. Un système dans lequel l’opportunisme, la flagornerie et la duplicité ont toujours pris le dessus sur la fidélité et la loyauté.

Ton ami le ministre frustré.

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence

Facebook Comments Box

Commentaires

Guineematin