En prélude à l’investiture du président Alpha Condé pour son premier mandat de la quatrième république (son 3ème mandat présidentiel depuis 2010 à la tête de la Guinée), la ceinture de sécurité se serre autour de la presqu’île de Kaloum (centre administratif des affaires à Conakry). Des unités mixtes (policiers et gendarmes) étaient postées hier, lundi 14 décembre 2020, au niveau du ‘’pont 8 Novembre’’ pour filtrer l’accès à cette commune de la capitale guinéenne. Et, les conducteurs de motos sont les plus impactés par cette mesure qui restreint la liberté de circuler, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Pour un observateur non averti, la présence massive de ces agents de sécurité au niveau du pont 8 Novembre peut facilement donner l’illusion d’une manifestation dans les parages (surtout en cette période de crise politique où les manifestations de rue rythment le quotidien des habitants de Conakry). Mais, en réalité, il n’en rien ! Ces agents ont été déployés sur ces lieux pour filtrer le passage et empêcher les motards d’accéder au centre-ville de Kaloum.

Officiellement, cet exercice de contrôle vise à mieux garantir la sécurité de cette commune pour empêcher toute perturbation dans cette commune qui abrite le palais où se déroulera la cérémonie d’investiture du président Alpha Condé. Mais, cette mesure n’est pas sans conséquence pour les populations. Car, pour des raisons diverses, une majeure partie des habitants de Conakry foule chaque jour le sol de ce centre administratif.

Ibrahima Barry, conducteur de Moto

« Moi, je ne fais pas le taxi. Je suis juste venu accompagner ma sœur à l’hôpital Ignace Deen, elle a une fracture au niveau de son pied. Mais, à notre arrivée au niveau du pont ici, les policiers m’ont interdit l’accès, avant de me retirer ma moto. Ils m’ont arrêté sans me demander les papiers de la moto et sans me dire pourquoi je suis arrêté. C’est juste incroyable. Ma sœur a été obligée d’emprunter une autre moto pour ne pas rater le rendez-vous », a confié Ibrahima Barry, alors qu’il négociait pour récupérer sa moto des mains des policiers.

Sur place, on apprend que seuls les détenteurs de « carte professionnelle » justifiant qu’ils travaillent à Kaloum passent les points de contrôle avec leurs motos. Les autres usagers et les conducteurs de taxi-moto sont sommés de rebrousser chemin. Certains se voient même retirer leurs motos par les agents. Il faut payer un montant (qui varie en fonction de la négociation) pour récupérer son engin.

Saïdou N’Diaye, conducteur de taxi-moto

« Depuis ce matin, il y a des agents de la police et de la gendarmerie sur les trois issues de Kaloum. Les motos personnelles entrent si le conducteur à un badge professionnel. Mais, nous, les taxi-motards, on nous refuse l’accès. Cette mesure nous cause assez de préjudices. Parce que c’est dans ça que nous aussi nous gagnons notre vie », a expliqué Saïdou N’Diaye, conducteur de taxi-moto.

Rencontré sous le pont où il vient à peine de descendre de la moto qui devait le conduire à Tombo, Laye Sandiana Camara ne cache pas son désarroi. Il doit faire le reste du trajet à pied ou cherche un autre taxi pour rallier son lieu de travail.

Laye Sandiana Camara

« C’est vraiment frustrant. Parce que je suis obligé de descendre au niveau du pont 8 novembre ici pour chercher un autre moyen de déplacement afin de me rendre à ma destination. Dans ce cas, je ne vois aucune liberté de circulation des citoyens. C’est une véritable restriction des libertés des uns et des autres. Vous-même vous le savez, presque tout le monde se dirige à Kaloum le matin pour aller travailler. Et, si les gens ne peuvent pas rejoindre leur lieu de travail, c’est compliqué… », s’offusque Laye Sandiana Camara.

Apparemment, retirer les motos des usagers ne fait pas partie des instructions données aux agents de sécurité par la hiérarchie. Car, l’arrivée inattendue d’une officière de policier (une Générale, nous précis-t-on) a subitement interrompu le business (moto contre argent) des agents qui y étaient postés.

« Je viens d’une réunion où on nous a appris que vous êtes en train de confisquer les engins des motards. Mais, que cela soit très clair pour vous : vous n’êtes pas là pour demander les dossiers ou de l’argent aux taxi-motards. Quand ils arrivent, dites leur simplement que l’accès est interdit. Ne laissez personne entrer », a-t-elle lancé avec un ton ferme aux agents qui ont su cacher leur infraction…

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tél. : 626-66-29-27

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