C’est un secret de polichinelle ! Depuis un peu plus d’un an, le président Alpha Condé (âgé de plus de 83 ans) se bat pour proroger son bail à la tête de la République de Guinée, malgré une forte opposition des Guinéens qui rêvent de voir une alternance démocratique et paisible. Pour changer la constitution (qu’il a juré par deux fois de protéger et de faire respecter- et qui lui interdit de faire plus de deux mandats-), il a fait arrêter les adversaires et réprimé les manifestations dans le sang. Les huit dernières victimes des manifestations contre le changement de la constitution ont été inhumées que le 03 juillet dernier au cimetière de Bambéto

Aujourd’hui, des ministres, chefs des régies financières et autres hauts cadres de l’Etat sont déployés dans les différentes régions du pays pour faire accepter sa candidature. Au même moment, les voix dissidentes sont étranglées ; des acteurs de la société civile, opposés à un pouvoir à vie dans leur pays, sont arrêtés et détenus contre tous les principes de droit. Ce qui ne peut qu’inquiéter les défenseurs des droits humains et en particulier Amnesty International. « La détention arbitraire et le harcèlement judiciaire de militants traduisent la volonté des autorités d’étouffer les voix dissidentes », écrit l’ONG International dans un communiqué publié sur la Guinée ce vendredi 17 juillet 2020.

« Oumar Sylla boucle son troisième mois en prison aujourd’hui, ses trois demandes de liberté provisoire refusées ; Saïkou Yaya Diallo maintenu en détention avec un état de santé inquiétant », déplore Amnesty International qui le souligne au gras.

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, ce communiqué d’Amnesty International :

Guinée. La détention arbitraire et le harcèlement judiciaire de militants traduisent la volonté des autorités d’étouffer les voix dissidentes 

  • Oumar Sylla boucle son troisième mois en prison aujourd’hui
  • Ses trois demandes de liberté provisoire refusées
  • Saïkou Yaya Diallo maintenu en détention avec un état de santé inquiétant

La détention arbitraire et le harcèlement judiciaire de militants traduisent la volonté des autorités d’étouffer les voix dissidentes en Guinée, ont déclaré Amnesty International et Tournons la Page aujourd’hui.

Oumar Sylla alias Foninké Mengué qui passe ce jour son troisième mois derrière les barreaux doit être libéré immédiatement et sans condition. Arrêté après une intervention dans une émission de radio le 17 avril, il a été inculpé une semaine plus tard pour « communication et diffusion de fausses informations ».

Depuis le 21 mai, un autre activiste, Saïkou Yaya Diallo s’est vu refuser la liberté provisoire pourtant ordonnée par la cour d’appel. Arrêté le 7 mai et inculpé pour « voie de fait, violences, menaces et injures publiques », il souffre de diabète, et son état requiert un régime alimentaire strict et un traitement médical approprié.

« Oumar Sylla et toutes les personnes emprisonnées pour avoir simplement exercé leur liberté d’expression, sont les cibles d’une stratégie des autorités   visant à étouffer les voix dissidentes, » a déclaré Kiné-Fatim Diop, chargée de campagne sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International. « Quand ce ne sont pas des arrestations arbitraires, ce sont des interdictions de manifestations ou des actes d’intimidation ou de violence. Les autorités doivent impérativement respecter leurs engagements en matière de protection des droits humains ».

Coordonnateur adjoint de Tournons la Page en Guinée et responsable de la mobilisation du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), Oumar Sylla avait appelé au cours d’une émission de radio le 17 avril dernier, les membres du Front à se préparer à reprendre les manifestations pour s’opposer à la « nouvelle » constitution qui modifie le nombre maximum de mandats présidentiels pour permettre au président Alpha Condé de se représenter une troisième fois.

Il avait aussi dénoncé les homicides, les actes de torture, la détention arbitraire et le harcèlement dont ont été victimes des membres du FNDC dans la ville de N’Zérékoré, dans le sud du pays, lors des élections législatives du 22 mars, et désigné des membres du parti au pouvoir et des autorités locales qu’il jugeait responsables de violations des droits humains.

Arrêté le même jour, Oumar Sylla a d’abord été détenu à la Direction générale du renseignement intérieur, avant d’être transféré à la Direction centrale de la police judiciaire. Depuis le 28 avril de nouvelles charges de « violences et menace de mort » pèsent sur lui. Les trois demandes de liberté provisoire déposées par ses avocats ont été rejetées. Une quatrième datant du 9 juillet n’a pas encore reçu de réponse de la cour d’appel.

« Les autorités s’acharnent contre les activistes pro-démocratie en fabriquant des charges et en alourdissant le processus judiciaire afin de prolonger leur temps de détention. Ces activistes n’auraient pas dû passer un seul jour en prison, » a déclaré Ibrahima Diallo, coordinateur de TLP-Guinée. « Le maintien en détention de Oumar Sylla est l’expression de leur volonté de faire taire toutes les opinions qui s’expriment contre une candidature à un troisième mandat du président Alpha Condé avant la prochaine élection présidentielle. Il doit être libéré et doit pouvoir exprimer ses opinions et poursuivre ses activités librement ».

Les organisations signataires appellent également les autorités à libérer immédiatement et sans condition Saïkou Yaya Diallo, chargé des questions juridiques du FNDC. La cour d’appel a ordonné sa remise en liberté sous caution et sous contrôle le 21 mai, mais cette ordonnance est maintenant en appel devant la cour de cassation. Transféré à la prison de Conakry, Saïkou Yaya Diallo est diabétique et suis un traitement médical.

A la date du 5 juin, les autorités guinéennes avaient officiellement confirmé 68 cas de COVID-19 et trois décès à la prison de Conakry. « Alors que la COVID-19 est toujours présent en Guinée, les personnes en détention doivent être protégées contre le risque de contamination et doivent avoir accès à des soins adéquats, » a déclaré Kine-Fatim Diop.

Communiqué transmis par le Service de presse pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale d’Amnesty International

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