Alpha Boubacar Bah de l'UFDGCrise à l’UFDG, menace d’implosion du parti, dualité Cellou Dalein Diallo/Bah Oury, rumeurs sur deux cent mille euros de Bah Oury, cinq mille dollars de Cellou Dalein Diallo… Un reporter de Guineematin.com a rencontré, dans la journée de ce jeudi 24 décembre 2015, un des responsables de l’UFDG. Monsieur Alpha Boubacar Bah, membre du bureau exécutif national de l’UFDG.

Guineematin.com : Monsieur Bah, l’UFDG va-t-elle imploser ?

L’UFDG est loin d’exploser ! Au contraire, notre formation politique se renforce. Nous sortons d’une élection présidentielle au bout de la quelle nous n’avons certes pas atteint l’objectif qui était celui de conquérir et exercer le pouvoir, mais nous ne sommes pas pour autant abattu, loin de là. Nous sommes toujours surpris quand on lit certains articles de la presse guinéenne, qui parlent d’une explosion toute proche de notre Parti.

Ceci dit, je dois reconnaître, que le Parti fait face à des dissensions en son sein et son leadership ouvertement mis en cause par Mr Bah Oury et ses proches. Ces dissensions ont existé depuis 2011, nous avions pu les faire revenir à la raison en 2014 en faveur de l’accord de Dakar. Fort malheureusement, dès le lendemain de l’élection présidentielle du 11 Octobre dernier, comme si cela faisait partie de leur agenda caché, les mêmes personnes évoquent les mêmes raisons pour créer et entretenir une crise interne à l’UFDG. A mon humble avis, ces soubresauts sont dus à une divergence de vue qui du reste est commune à tous les grands partis, chacun voulant être celui ou celle qui dirige la machine électorale qui a  toutes les chances de porter son candidat au pouvoir. Dans le cas de l’UFDG, il n’est pas à exclure que des forces obscures soient entrain de manœuvrer pour déstabiliser le parti et isoler Cellou Dalein Diallo en préparation dès maintenant de l’élection présidentielle de 2020. Comme vous le savez, en 2020, en plus du RPG et de son Président, il y’en aura plusieurs autres partis et personnalités qui ne souhaiteraient pas avoir Cellou Dalein en face.

Guineematin.com : Sincèrement, est-ce que Cellou Dalein ne doit-il pas tirer les leçons de ses défaites et céder la place à Bah Oury ?

Premièrement, Cellou Dalein n’a jamais perdu une élection en Guinée. En 2010, alors qu’il participait pour la première fois à une élection présidentielle, il fut premier avec 44% contre 23 autres concurrents. N’eut été l’annulation des résultats de Ratoma, Cellou Dalein Diallo aurait gagné cette élection dès le premier tour. La suite, nous savons le 2eme tour aura lieu 4 mois après contre deux semaines indiqué par la constitution guinéenne.

En 2013, à l’issu des législatives, l’UFDG gagne malgré toute la fraude, 14 circonscriptions sur les 18 où elle a présenté des candidats à l’uninominale et 23 députés à la proportionnelle, soit 37 sièges qui correspondent au nombre total de sièges obtenu en juin 1995 par le RPG d’Alpha Condé (19), le PRP de Siradiou Diallo (9) et l’UNR de Bâ Mamadou (9).

Le 11 octobre 2015, à l’occasion de l’élection présidentielle, le monde entier fut témoin de la grande mascarade d’élection qui a été organisé par Alpha Condé et ses amis guinéens et étrangers. Tout a été fait, pour faire réélire Alpha Condé dès le premier tour au mépris de la loi et de l’image de la Guinée. Toute l’administration, toutes nos forces de défenses et de sécurité, nos magistrats, nos députés avec à leur tête le président de l’AN et toutes les institutions de la République utilisèrent les moyens de l’Etat pour frauder en faveur du Président candidat. La communauté internationale, n’a malheureusement pas daigné jouer pleinement son rôle d’arbitre neutre. C’était l’Etat appuyés par certains représentants de la communauté internationale contre les autres candidats. Les guinéens que nous sommes, devraient s’indigner de cela et en avoir honte.

Deuxièmement, d’où tenons-nous cette approche qui veut qu’un candidat qui perd deux ou trois fois une élection doit forcément céder sa place à un autre et pour quelle raison ?

Les exemples ne finissent pas, en France, d’où nous avons copié presque tous nos textes et modèles, François Mitterrand (1965, 74 et 81), Jacques Chirac (1981, 88 et 95) ont tous les deux gagné à la troisième tentative et après des décennies de combat politique. En Afrique du sud, le grand Nelson Mandela s’est battu pendant près de trois décennies avant de conquérir le pouvoir et réconcilier les siens. Maitre Wade au Sénégal, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, tous se sont battu pendant des décennies avant de gagner. Chez nous en Guinée, Alpha Condé se vante de plus de 40 ans de combat, Sydia Touré dit à qui veut l’entendre qu’il était là longtemps avant Cellou Dalein Diallo. Et même notre Bah Oury et amis se battent depuis les années 90 sans jamais atteindre l’objectif qui est celui de la conquête et l’exercice du pouvoir. Il faut noter de passage, que l’UFDG, depuis sa création en 1991, n’avait participé qu’à une seule élection avant l’arrivée de Cellou Dalein, c’était aux élections communales de 2005 avec Bah Oury comme candidat malheureux pour la mairie de Ratoma.

Pourquoi alors, bon sang, cette règle ne serait valable que pour Cellou Dalein Diallo, venu en politique seulement en Novembre 2007 ?

Sur le plan juridique, quel est le texte de loi de notre pays, qui stipule qu’un leader qui ne gagne pas une, deux ou trois élections doit céder sa place à un autre. Et admettons que Cellou Dalein décidait de se retirer comme nos amis le souhaitent, les statuts sont claires sur la procédure de son remplacement. Ceux qui croient à l’automatisme se trompent.

Pour conclure sur cette question, je suis catégorique la dessus, il y’a eu un Congrès en Juillet 2015, au quel Bah Oury et amis n’étaient candidats qu’à leur propre succession. Le Président Cellou Dalein Diallo a été reconduit jusqu’en juillet 2020. Il n’y aura donc pas de changement de leadership à l’UFDG avant le prochain congrès du Parti. Il n’est pas question de changer les règles pour faire plaisir à un petit clan qui du reste ont plutôt manœuvré en faveur de la défaite du candidat de l’UFDG. Qu’ils prennent leur mal en patience.

Guineematin.com : Comment l’UFDG va-t-elle gérer ses relations avec Bah Oury et ses amis ?

Les Etats ont été fondés par des hommes qui en ont posé les fondamentaux à partir de la loi.  Cependant, aucun d’entre eux n’est au-dessus de la loi.  On nous apprend qu’obéir à la loi que l’on s’est prescrite est liberté.  Si dans un Etat nul n’est au-dessus de la loi qui est l’expression de la volonté générale,  pourquoi dans un parti politique un individu devrait être au-dessus des règles qu’il a lui-même participé à établir?  Nous avons beaucoup de respect pour Mr Bah Oury pour son parcours, pour sa participation à l’émergence de la démocratie dans notre pays.  Mais nous avons beaucoup plus de respect pour les valeurs qu’il nous a appris avec d’autres à incarner: l’intégrité,  la lutte pour la cause juste,  la loyauté et le dévouement sans condition à la bonne marche du parti.  Il s’agit pour nous ici de principe directeur.  Vous ne pouvez pas valablement dire à votre enfant d’être loyal, sérieux et fidèle et être vous-même déloyal et infidèle.  L’UFDG est régit par les règles,  et ce sera ainsi.

Maintenant si Mr Bah Oury pense soit de bonne foi, soit par propagande politicienne que la solidarité des militants de l’UFDG en sa faveur, se transformera en soutien à son projet de « récupération de ce qu’il appelle son parti », autant dire que et lui et ses communicateurs ne comprennent pas combien les grands ensembles politiques se forment au prix de multiples douleurs internes, au prix même de l’adversité entre les acteurs d’un même objectif politique.

Ceci dit.  L’opinion ne doit pas se laisser corrompre par le tapage médiatique. Il serait naïf de penser que des gens qui ont mouille ensemble le boubou et la veste,  qui ont risque ensemble leur vie pour une cause soient en des situations irréversibles.  Ne dit-on pas que les dents font souvent mal à la langue,  mais cela n’a jamais créé une explosion de la bouche.

Je reste convaincu, que Mr Bah Oury, une fois en Guinée ne fera rien qui puisse affaiblir notre grand Parti. En tout état de cause, personne à l’UFDG ne blâme le VP Bah Oury pour avoir négocié son retour en Guinée avec son bourreau. C’est quand même Alpha Condé qui lui a accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat, lui a envoyé en exil forcé avant de lui faire condamner.

Guineematin.com : On apprend que Cellou Dalein aurait détourné 5 millions de dollars ! Qu’est-ce que vous en dites ?

(Sourire), soyons quand même assez sage dans ce que nous avançons.  En Guinée, s’il y a bien un homme qui a été matraqué médiatiquement et moralement sur son patrimoine propre et sur sa capacité à gérer les biens dans les règles de l’art, c’est bien Cellou Dalein Diallo. Les audits de l’Etat Guinéen le plus souvent taillé à sa mesure, eux-mêmes ont abouti à un non-lieu honteux. Quelqu’un qui a été ministre et Premier Ministre pendant des années n’a pas détourné 5 millions,  comment peut-on imaginer que cette même personne détourne 5 millions de son propre Parti ? Le candidat Cellou, se serait-il volé lui-même ? Ceci est tout simplement ridicule et honteux.

A l’UFDG, il y a des militants dévoués à notre cause qui mènent des actions de campagne même indépendantes des caisses du parti…

Guineematin.com : Que dites-vous de la rumeur parlant de Bah Oury qui aurait reçu deux cent milles euros du président Alpha Condé ?

Nous ne rentrons pas dans ces polémiques inutiles.  Ce que nous savons, les militants de l’UFDG ne sont pas achetables, des milliards de dollars ne nous feront pas changer de conviction et nous faire perdre la raison. Alpha Condé devrait apprendre de ses erreurs. Combien de personnes lui ont promis la déstabilisation de l’UFDG, l’isolement de Cellou Dalein Diallo et la démobilisation de ses militants. Combien lui ont promis de faire basculer tel ou tel fief du parti au baobab en sa faveur. Nous disons que si ces rumeurs se confirment, Alpha Condé peut considérer ces 200.000 euros comme un cadeau inutile. Nous le disons haut et fort, même le Président Cellou Dalein, s’il se détourne de l’objectif, il ne sera pas suivi par les militants de l’UFDG.

Par ailleurs, depuis plusieurs années de l’intérieur comme de l’extérieur le parti vient en aide sous diverses formes à son vice-président.  Jamais nous n’avons publié quoi que ce soit en dépit de tous les soubresauts.  Nous pouvions le faire.  Mais par respect pour sa fonction et pour préserver sa dignité d’homme nous nous sommes résolus à garder ce que nous faisons pour lui dans le secret de la confidence.  Pourquoi est-ce aujourd’hui que nous raconterions qu’il a reçu ceci de celui-ci.  Rétrospectivement je pense que nous aurions dû publier beaucoup de choses.  Mais si des intérêts obscurs et des commanditaires mal intentionnés continuent de polluer l’opinion avec des rumeurs pour s’arroger des droits de réponses dans la logique de leur funeste projet, la Direction Nationale du parti sera dans l’obligation de tout publier.

Guineematin.com : Votre dernier mot ?

L’UFDG est un parti dirigé par ses militants qui choisissent ses responsables conformément aux textes.  Nous appelons à la discipline et la continuation du combat dans la cohésion.  Il n y a pas d’organisation parfaite.  Mais une organisation où des gens sont indisciplinés ne crée jamais les conditions de la perfection.  Si des responsables ont quelques griefs que ce soit sur le fonctionnement du parti, qu’ils l’affirment au sein des instances du Parti, qu’ils critiquent et suggèrent de nouvelles voies. S’ils ne sont pas entendus, alors qu’ils demandent aux militants dans l’esprit des textes du parti de changer le leadership… Je ne sais pas pourquoi on aurait peur de boire un médicament qui nous ferait retrouver notre équilibre…

Propos recueillis par Abdoul Rahimy Diallo pour Guineematin.com

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