Depuis la signature du dernier accord politique, le mercredi 12 octobre 2016, des débats futiles sont alimentés par les frustrés des négociations (partis politiques et acteurs de la société civile). Jusqu’à ce mardi 27 décembre 2016, personne ne peut jurer que le projet de loi issu de cet accord pourra passer ou pas à l’Assemblée nationale pour devenir loi électorale.

Pourquoi cet accord fait tant jaser ?

Si l’accord politique du 12 octobre fait tant jaser, c’est surtout au niveau de son point 2 qui porte sur le mode désignation des conseils des quartiers et des districts.

Pendant les négociations, la mouvance présidentielle voulait que ces conseils soient désignés par l’autorité administrative. Et, l’opposition demandait une élection. Mais, au fil des discussions, les gouvernants ont convaincu les opposants qu’il est actuellement impossible (à cause des moyens matériels, financiers, etc.) d’organiser les élections dans les quartiers et districts. Finalement, une proposition transitoire a été trouvée : en attendant les moyens de pouvoir organiser ces élections, les conseils des districts et quartiers seront désignés en fonction des résultats des élections communales. Autrement, chacun liste communale (qu’elle soit indépendante ou issue d’un parti politique) dirigera les quartiers et les districts où elle aura gagné. On a alors parlé d’une élection indirecte…

Dans la salle, cette proposition n’a pas fait l’unanimité des participants. Mais, les deux plus grands partis (le RPG et l’UFDG), qui totalisent plus de 80 pour cent de l’électorat guinéen ont accepté. Ils ont signé et les autres (qui sont contre) ont promis de faire capoter l’accord.

Depuis, n’ayant pas suffisamment de militants pour occuper les espaces publics, ce sont les médias que les contestataires ont pris d’assaut pour crier leur désaccord avec de gros maux et beaucoup de tintamarres. Aucune manifestation n’a été essayée ; même pas un meeting ! Ils se sont limités à une pétition qui n’a, elle aussi, recueilli que deux mille signatures sur plus de douze millions de Guinéens…

Le tâtonnement du pouvoir

Bizarrement, depuis la signature de cet accord, c’est le principal parti de l’opposition, l’UFDG, qui s’est mis à le défendre et justifier son acceptation. Il y a aussi le président de l’UFC et porte parole de l’opposition qui s’est battu avec becs et ongles pour le succès de cet accord dont il est d’ailleurs l’un des signataires

Mais, au moment de traduire cet accord par un projet de loi, le gouvernement a déposé un texte qui propose une nomination des conseillers des quartiers et des districts. Après les cris des opposants, le gouvernement a minimisé, disant que qu’il y a juste eu une erreur sur le texte (plusieurs projets ayant été déjà préparés). Mais, quand le bon document a été déposé, des juristes-constitutionnalistes se sont érigés en défenseurs d’une loi de la constitution qui serait gravement atteint si le projet de loi était adopté. Même la pétition de deux mille signatures aurait pesé un peu plus que la signature de l’accord par les mastodontes politiques, tellement que nos juristes étaient devenus inspirés ! « Mais, entre une loi de la constitution et la paix dans le pays, qu’est-ce qui doit primer ? », interroge un député. « Les lois sont faites pour les hommes et surtout pour la paix. Ce qui veut dire que même si cette prétendue loi existait, elle ne devait pas empêcher un accord politique qui va sauver la paix dans notre pays pour que la Guinée puisse se tourner vers les objectifs de développement comme les autres pays », a ajouté notre interlocuteur.

L’échange entre Cellou Dalein et Alpha Condé qui aurait sauvé l’accord

A en croire une source consultée par Guineematin.com, c’est après le changement de ton des opposants que le chef de l’Etat s’est rappelé du numéro de téléphone de Cellou Dalein Diallo, peu avant son voyage turc. Le boss de l’UFDG (et de l’opposition) aurait répondu au président Alpha Condé que ce n’est pas l’accord politique seulement qui était menacé, mais tout espoir de négocier désormais avec le régime… Les arguments du président pour rejeter ce tâtonnement à quelques extrémistes du RPG arc-en-ciel n’aurait pas suffit.

« Nous avons signé cet accord pour la paix. Nous aurions souhaité des élections dans les quartiers et les districts. Désormais, nous allons nous retirer de toutes les instances de cet accord », aurait menacé l’opposant.

Le professeur aurait alors « ordonné » à ses partisans de l’Assemblée nationale de se mettre dans les rangs pour faire en sorte que cette partie de l’accord politique devienne une loi électorale. A eux de trouver la formule qu’il faudra…

Evidemment, dans la Guinée actuelle, ce que le RPG et l’UFDG décident de faire devient force de loi dès qu’ils le veulent et comme ils le souhaitent. Les autres ne pouvant que crier, mais ne seront audibles que dans les médias ; aucun n’ayant aujourd’hui des militants suffisants même pour faire un meeting à plus forte raison une manifestation de rue pour exprimer une quelconque frustration.

A suivre !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

 

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin